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  Essai Magura Laurin 100


(9/06/2008)

Ah Laurine... une bonne copine du lycée...
Mais même pour moi, ces années sont loin.
Aujourd’hui, Laurin, c’est la fourche suspendue remplaçante de la Ronin qui est apparue en 2004 au catalogue de l’allemand Magura.

Après quelques mois et un peu plus de 1500km de test, voilà les résultats de cet essai à travers monts et forêts.


Présentation générale / statique

La génération précédente des fourches Magura portait le nom de terrifiants dieux scandinaves... mais cette demoiselle les renvoie à la case "débutants" au rayon physique ! plongeurs de 32mm, fourreaux anguleux imposants en magnésium, double arceau rigidificateur, pattes qui respirent la santé,...

La Laurin (comme ses soeurs Menja, Odur et maintenant la Durin) en impose et ne semble pas vouloir plier de rire sous les efforts du pilote, des obstacles ou des freins.
Bon, ça se ressent un peu sur le poids : environ 1kg900 (pivot de 260mm) + 50g de commande au guidon contre 1750g pour la Ronin 110.
Cette Laurin de début de production est à priori plus lourde que les suivantes : elle dispose de plongeurs qui permettent de modifier le débattement en 130mm, ce qui est impossible avec les suivantes (plongeurs plus courts et donc plus légers).

La Menja, qui dispose du même châssis mais avec une hydraulique plus simple, conserve le poids de la Ronin.

La nouvelle génération de fourches Magura a abandonné le T vissé pour un T serti, en théorie plus rigide et plus léger.
On y perd un peu en modularité : en cas de changement de vélo, quand il faut un pivot plus long, il y aura plus de frais à prévoir. Mais ce n’est généralement pas une manipulation quotidienne !
Le staff Magura prend en compte le retour des utilisateurs pour faire évoluer ses produits, les rendre plus fiables, plus adaptés aux besoins des VTTistes que nous sommes, et la demande du T vissé devait être marginale.

Comme sur la Ronin, tous les composants de la fourche sont des pièces usinées (à part le T et les fourreaux bien sur), il n’y a pas de plastique. Cela représente un beau gage de fiabilité ! (et une molette en alu anodisée est bien plus qualitative qu’une en plastique peint)

Au rayon des "détails", mais qui montre le soin apporté au produit, on peut noter les inserts métalliques au niveau des pattes de la roue et de la fixation de l’étrier de frein à disque, pour éviter d’attaquer le magnésium (sensible à la corrosion de l’air rappelons le, et il s’use assez facilement sous les contraintes des axes et serrages de roues) et pour assurer une bonne géométrie moyeu / étrier de frein (ça évite les freins qui couinent).

Les pattes sont inclinées, pour en théorie empêcher que la roue ne se sépare de la fourche si le serrage venait à avoir un problème (en plus des petits ergots qu’on retrouve sur bon nombre de fourches).
Là, j’ai failli dans mon rôle de testeur... je n’ai pas tenté de rouler avec le serrage ouvert... j’attends un test de casque intégral et de protections "robocop" diverses pour faire un baptême d’hélicoptère !

Enfin, la fourche est livrée avec une pompe haute pression très pratique qui empêche les fuites d’air au niveau de la valve quand on la visse / dévisse.

La boite contient également une fixation pour la durite du frein à disque et la commande au cintre Albert Select (toute en alu usiné / anodisé sur le crû 2007).

Magura a effectivement mis de coté la cartouche AlbertPlus de la Ronin qui permettait un réglage dissocié de la compression lente et de la compression rapide suivant le comportement désiré de la fourche.
Pour info, avec la Ronin, je roulais avec une faible pression pour utiliser tout le débattement, mais avec une compression lente très freinée pour éviter au maximum le pompage. Ma Ronin n’était pas donc pas très sensible sur les petits chocs.

La cartouche Albert Select fonctionne différemment : en mode "off", la compression basse n’est pas freinée et la fourche est très réactive.
En, mode "on", on peut régler sur une plage très large le seuil de déclenchement sur les petits chocs, pour avoir une fourche entre "très souple" ou "très ferme" (presque bloquée).
Le mode se sélectionne sur notre modèle via la commande au cintre, et le réglage du seuil se fait sur la fourche (molette dorée).

On verra tout ceci en détail sur le terrain.

En 100mm, la fourche a une hauteur de 473mm, à comparer aux 472mm d’une Fox 100mm, 470 d’une Manitou R7 80mm, 465 / 500 d’une Marzocchi 100mm, 475 d’une Rock Shox Reba 100 et 483 d’une Ronin 110. On est dans le standard, il n’y a pas de modification de géométrie du VTT à craindre !

Le montage de la fourche ne pose pas de problème (heureusement d’ailleurs !).
Seul le positionnement de la commande de l’Albert Select est délicat, entre le levier de frein et la manette de vitesse (suivant les combinaisons freins / vitesses, il y a peut être plus ou moins de soucis).

Montage du frein avant (un Magura HS33 Firm Tech sur jante pour l’instant) et de la roue, un coup de pompe haute pression selon les préconisations Magura, et en rout... euh en chemin !

A noter, déjà en statique, la fourche semble très fluide. Il n’y a pas un seuil de déclenchement à cause des frictions comme sur une Ronin avant rodage.
On se rapproche du comportement d’une Fox.

La fourche a été montée à la place d’une Magura Ronin 110 de 2004 sur un Klein Palomino (voir les Vélodepotes).

La Laurin cru 2008 est proposée à la vente à 649€. Prix comparable à une Reba... incomparable à celui d’une Fox (en magasin en tout cas).
Et Magura fait profiter d’une remise de 15% celles et ceux qui échangeraient leur fourche actuelle contre une Laurin.

La fourche est noire d’origine, mais Magura propose un programme "custom" qui permet de choisir parmi 9 couleurs, des plus classiques aux plus exotiques.

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Sur le terrain

Hop, dès les premiers tours de manivelles, on sent que la Laurin est rigide, directionnelle et qu’elle est sensible.
Tellement sensible d’ailleurs, avec l’Albert Select "off", que l’on pourrait presque avoir le mal de mer sur les portions roulantes tant la fourche oscille, pompe quand on pédale par à coup ou en danseuse.
Un petit coup de levier, et le cerveau d’Albert s’occupe de tout. La fourche devient ferme, fini le pompage.

Albert Select "on"

Pour me rapprocher des sensations de la Ronin, j’ai tout d’abord opté pour une compression très freinée en mode "on", à la limite du blocage.

La molette dorée de réglage de l’amortissement en
compression lente "sort" de la fourche en mode "on".

Les bosses passent sans soucis, la fourche se fait oublier... sauf quand le terrain devient cassant. Là, ça serait bien d’avoir une fourche qui amortit le relief. Un nouveau coup de levier au cintre, et on se retrouve sur un tapis volant !!!

Albert Select "off"

Le single track légèrement descendant qui suit met en avant la rigidité de la fourche et sa capacité d’amortissement : il faut zigzaguer plus ou moins vite entre les cailloux et les racines.
Quoique... en fait, je prend un malin plaisir à viser les obstacles qui ne me font pas trop peur (traduire par ceux qui ne sont pas trop hauts ;-)). La fourche avale les pièges et je me mets à regretter le manque de sensibilité de la suspension arrière de mon Palomino.
Ca tape derrière, alors que ça ne le faisait pas avec la Ronin. Je devais certainement aller moins vite ou chercher des trajectoires plus propres.

D’ailleurs, à propos de la Ronin : j’ai l’impression que la Laurin a plus de débattement que sa soeur aînée alors qu’en réalité la Ronin dispose de 10mm de plus. Comme quoi, l’amortissement, la sensibilité,... sont tout aussi importants que le débattement.
Ce n’est pas la taille qui compte, mais la façon de s’en servir !!!

Avec son châssis très rigide, la Laurin est très directive : on la place là où on veut, et on pousse les obstacles en tournant le guidon. Pour un "pilote" qui ne choisit pas toujours très bien ses trajectoires, c’est sécurisant.
La Ronin n’est pourtant pas faite en chewing gum, mais en comparaison à la Laurin, il n’y a pas photo.
Il faudra un de ces quatre que je me monte un petit banc de mesure de rigidité de nos proues.

La descente continue, plus roulante et avec plus de pente. Ca va plus vite, mais la Laurin continue de bien se comporter, pas de vibration parasite ou de réaction bizarre.
Le seul point négatif se situe pour moi dans la trop grande linéarité du ressort pneumatique : quand la pente s’accentue, la fourche s’enfonce assez facilement et fait plonger l’avant du VTT, d’où un pilotage un peu hasardeux.
Mais c’est à confirmer sur un autre cadre que mon Palomino (dont je trouve l’angle de direction trop redressé par rapport à d’autres tout mous 100mm que j’ai pu tester) et peut-être avec un autre VTTiste, plus à l’aise dans la pente que moi (je ne vous cacherais pas que je préfère le technique trialisant à la pente, même si mon bagage technique est limitée par rapport à certains d’entre vous ;-))
Retour à la maison avec le sourire : cette fourche m’a agréablement surpris et se fait facilement oublier.

Les sorties suivantes (200 / 300km) n’ont que confirmé ces premières impressions.
Et à noter, pas de trace d’huile sur les joints ou de perte de pression d’air.

Pas de trace d’huile sur les plongeurs
Et le pneu Schwalbe Albert en 2"25 passe sans soucis

Néanmoins, même si l’AlbertSelect permet d’avoir 2 fourches aux comportements différents en une, je trouvais dommage d’avoir 2 modes trop différents.
Après ces premières sorties, je me suis mis à jouer avec la molette de réglage de l’AlbertSelect : 1 clic, 2 clics, 3 clics... et beaucoup de clics !
Comme le pompage de la Laurin n’est vraiment sensible et pénalisant qu’en danseuse, autant profiter d’une fourche souple, smoooooooth, et d’une deuxième fourche plus ferme, mais qui conserve quand même sa capacité d’amortissement.

En position "off", ça ne change rien.
Par contre en mode "on", on se retrouve avec une fourche adaptée à un pilotage plus agressif. La fourche est un peu moins sensible qu’en "off", s’enfonce moins sur les petits chocs et surtout est moins pénalisante sur les relances vigoureuses.
En montée, ou en faux plat technique, la Laurin devient ainsi une fourche beaucoup plus sportive, avec toujours la possibilité de repasser en "off", de libérer la compression basse, et de retrouver notre tapis volant.
Dans les passages trialisants, la Laurin est parfois même plus efficace en "on" réglée moyennement souple qu’en "off" où elle s’enfonce de trop et surprend le pilote.

Bien sur, suivant le terrain, la région, on a une très large plage de réglages possible.
Le seul regret est qu’il est difficile, voir impossible, de manipuler la molette dorée de réglage en roulant. Ca permettrait sur un tour, ou un demi-tour de molette, de régler la compression basse en fonction de la taille des cailloux des 200 prochains mètres ;-)

Finalement, depuis plusieurs mois, j’ai adopté ce réglage avec l’AlbertSelect pas trop ferme, qui passe partout, qui ne pénalise pas le rendement du vélo et qui permet de fluidifier la fourche plus ou moins en un coup de levier au cintre suivant le terrain.

Sur mon VTT de rando sportive, XC, marathon,... à environ 12kg, le poids un peu trop élevé de la Laurin ne s’est pas fait ressentir.
Même si dans les longues montées, on aimerait toujours avoir une monture de 8kg ;-)

Plus je roule, et plus je me dis que ça doit pouvoir passer plus vite dans les descentes techniques !
La Laurin m’a mis en confiance (et mes potes VTTistes trouvent que je roule plus vite qu’avant, n’est ce pas Fab’ !)
Les freins sont l’élément limitant, ils me retiennent un peu. Les HS33 vont bientôt faire de la place à des disques :D
C’est Pâques... autant en profiter... je passe commande d’une paire de Marta auprès du lapin... euh de mon vélociste préféré. 4 jours plus tard ils sont là, attendant sagement dans leurs boites.
D’ailleurs ils vont devoir attendre : la poste m’a fait la surprise d’égarer une partie de mes roues... pas top quelques jours avant d’aller tester les singletracks des Pyrénées et du Diois !
Merci au passage à Mavic qui m’a dépanné d’une paire de roues disques... une épine en moins dans le pied qui n’est pas tubeless ;)

Avec ces freins assez puissant et sec, je n’ai pas réussi à prendre en défaut la rigidité de la fourche, elle ne veut pas broncher !
Bien sur, les disques permettent de prendre encore plus de vitesse, de freiner au dernier moment dans le cassant, dans la pente,... et la Laurin se fait toujours encore oublier. Elle fait son travail plus qu’honorablement. Miam !

Incursion de mon 2 roues dans la neige, plus ou moins longtemps : la fourche se raidit à peine, l’huile étant froide et donc plus visqueuse. A la limite il faudrait ouvrir un peu plus la compression et la détente, mais c’est quasiment insensible, alors que dans des conditions similaires la Ronin se trouvait presque bloquée !
Encore un bon point, c’est une fourche pour Vélo Tout Terrain et Vélo Tout Temps ;)

La Laurin est vraiment une très bonne fourche pour un usage randonnée sportive / XC engagé.
Ni son amortissement ni sa rigidité ne surprendront le VTTiste dans des situations imprévues : la Laurin a un fonctionnement constant, souple, sécurisant.
Au niveau fiabilité, il ne semble pas y avoir de problème : en un an et 1500km, la fourche n’a pas été entretenue (juste un coup d’huile et de chiffon sur les plongeurs de temps en temps) et elle fonctionne comme au premier jour :D
Un bon investissement pour celles et ceux qui recherchent l’efficacité, la fiabilité et un produit différent !

Les soeurs

En 2007, la Laurin avait 3 soeurs : la Wotan, la Menja et l’Odur.

La Wotan est un gros gabarit destiné aux pratiques plus descendantes : plongeurs diamètre 36mm, 160mm de débattement (avec réglage possible en 120), cartouche AlbertSelect,...

La Menja et l’Odur disposent du même ensemble Té plongeurs fourreaux que la Laurin, mais avec une hydraulique simplifiée : pas d’AlbertSelect, mais un blocage on/off plus conventionnel (DLO pour Dynamic Lock Out, qui conserve un peu de débattement pour avoir de l’adhérence sur les petits chocs).

L’Odur fera le bonheur des voyageurs au long court avec son ressort hélicoïdal : on doit être proche d’une fourche costaud et zéro entretien.
La Menja à air est plus légère que la Laurin, du fait de sa cartouche hydraulique moins complexe, et pour un prix contenu.
Idéal pour les petits budgets qui choisissent la sécurité du matériel !

2008

Pour 2008, Magura a légèrement modifié la Laurin, en tenant compte des retours des utilisateurs :
* cartouche hydraulique retouchée pour avoir une fourche légèrement plus ferme en "off" (moins de pompage en danseuse, et la fourche devrait rester suffisamment onctueuse)
* volume d’air revu pour avoir un comportement moins linéaire en fin de course
* pièces retravaillées pour alléger l’ensemble
* nouveau levier au guidon, simple, plus facile à installer et réglable dans tous les sens

Ces améliorations se retrouvent sur le reste de la gamme.

En plus, une Laurin FCR apparaît : on peut régler le débattement sur 90 ou 130mm.
L’idéal pour un VTT à tout faire, type Rocky Mountain ETS-X, Titus MotoLite,...

Et pour celles et ceux qui cherchent un modèle plus léger (environ 1450g), moins souple mais plus axé compétition, Magura propose la Durin : châssis assez proche très rigide, hydraulique ferme, sportive, et blocage DLO au guidon.

La gamme 2008 s’élargit pour toucher un panel de pratiquant toujours plus vaste.
Que de chemin accompli depuis la fin des années 90 et la collaboration avec Rond WP.

Conclusion

La Laurin est bien née, pour une pratique VTTesque sportive !
Directive, avec un amortissement efficace, pas de problème de fiabilité,...
Une vraie fourche de VTT en fait, aux réglages simples et efficaces.
Pour changer des traditionnelles Rock Shox et Fox, la Laurin est une très bonne alternative, disponible en de nombreuses couleurs pour s’adapter au cadre et aux autres composants !
Reste la souplesse un peu excessive et la petite surcharge pondérale, mais qui sont corrigées sur la mouture 2008 !
Désolé pour ma Ronin... mais elle prend la poussière, éclipsée par sa sœur !

Prochaine étape du test : essai sur un autre cadre (un Trek TopFuel de 2007 en remplacement d’une Fox F100RL) pour voir si la linéarité de la fourche est uniquement gênante sur le Palomino à cause de sa géométrie.

Pour discuter du test, de la fourche, pour avoir des précisions, n’hésitez pas à poser vos questions sur le forum VTTNet !
par ici !

Un grand merci à Magura France et à David Limaux pour la mise à disposition de la fourche.

Photos / illustrations : Magura et Koyote



Auteur - Koyote




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