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  Championnats de France 2001


(25/07/2001)

<REP|SITE/2001/cdf>

C’est Jérôme ! chantons la victoire
Championnats de France 2001 à Métabief

Métabief vu par J-P Stéphan - Team Lapierre
photos par Thomas Lissajoux et Phillipe Baumel

Je suis désolé, je ne suis pas habitué aux victoires en championnat de France. Alors que faut-il dire ? Faut-il gueuler à tue-tête "on a ga-gné, on a ga-gné", faut-il prendre un air solennel et dire "Jérôme Chiotti, après toutes ses déclarations et son changement de cap, gagne à nouveau le championnat de France, c’est un tournant historique, le cyclisme ne sera plus jamais comme avant" ?ou faut-il assaillir un bar, mettre le feu et faire péter la roteuse en gueulant "vengeance, vengeance !" (c’est une blague entre nous ?). Pourtant, tout ne se présentait pas sous les meilleurs auspices (ou, pour les masters, sous les meilleurs hospices ?) à quelques jours de ce championnat de France.

Championnat !
Masters


Le team arrive progressivement à Métabief le jeudi 19. Personnellement je suis sur place vers midi, soit 20 heures avant la course. Ben oui, en masters, on court le vendredi à 8h30 du mat. On pourrait avoir droit aux frontales et aux couvertures chauffantes avec l’inscription parce que la météo... Il pleut, et on est à quelques encablures de Mouthe, le village le plus froid de France ! J’hésite un peu à aller faire un tour de reconnaissance, moi qui avait bichonné mon vélo la veille. Le terrain est "gras- liquide", on est très souvent à pied mais au moins ça ne bourre pas. Et comme il pleut à nouveau durant la nuit précédant la course, je décide de conserver des pneus de taille moyenne, en dégonflant pas mal (1,8 bar) pour obtenir une motricité maximale.

Je sais que je suis fatigué depuis un moment mais cette météo pourrie et le terrain difficile qui en découle me redonnent le moral. Parce que ce qui compte dans un terrain défoncé, c’est l’expérience autant que la force : ne pas couper les trajectoires, savoir descendre de vélo à temps pour ne pas perdre de temps à vouloir forcer un passage et se bloquer, pédaler en souplesse, arroser le dérailleur arrière avec son bidon, aller chercher les moindres portions qui accrochent, parfois en bordure de trace. La trace ouverte sur le côté, c’est l’intelligence man ?uvrière plutôt que la force brutale ?et ce circuit est exceptionnel dans la mesure où il permet en de nombreux endroits de faire des choix, une dimension qui me paraît essentielle pour que le vtt ne se réduise pas à de la bourrinade.

C’est pourquoi je me couche assez confiant, encore plus quand vers 3h du matin j’entends la pluie tomber. Mais si je suis réveillé à cette heure là, c’est parce que j’ai faim ! Alors je mange un gâteau Punch Power (miam miam), ça arrête de gargouiller dans mon ventre et je peux me rendormir. J’en mange encore deux à 6h du mat (sans sortir du lit), je me repose encore un peu, et debout !

Froid, brouillard, humidité, l’échauffement se fera sur home trainer. 20 minutes à faire le bruit d’un essaim d’abeilles en faisant du rouleau, une dizaine d’accélérations pour faire monter le c ?ur, puis je rejoins la ligne de départ le plus tard possible pour ne pas avoir froid en attendant. J’arrive aux abords de la ligne, j’entends "départ dans 2 minutes trente", et je vois Vincent (Julliot) qui me fait des grands signes, il a cru que j’allais rater le départ ! Mais je ne m’énerve pas, je préfère prendre tranquillement ma place en gardant le c ?ur au ralenti.


Départ ! Une cale qui fait de la résistance, je me retrouve 30ème, pas de panique je remonte tranquille, puis, arrivé sur 200m d’herbe, je me retrouve tout de suite 2ème. Les autres ont dû se mettre dans le rouge pour être collés à ce point après 400m de course ! je rentre illico sur Vallin qui a pris un peu de champ, puis le dépose dans une portion glissante, me voilà seul en tête ! Fin de la 1ère bouclette avec 30 secondes d’avance, je suis content de rouler et plutôt cool car je ne croyais pas trop en mes chances avant la départ. Loiseau revient sur moi au km7, il me prend même

quelques mètres mais crève à la fin de la 1ère boucle de 9km (on en fait trois : 27km en 2h, voyez les conditions ?). Mais au même moment, je glisse dans un virage, emmène une rubalise, m’emmêle un peu, puis j’ai un saut de chaîne. Me voilà 2ème à 30 secondes de Matignon, et Vallin en embuscade. Pas de panique, je rentre sur matignon à la faveur d’un long portage, et je passe à mi-course avec 30 secondes d’avance à nouveau. La vie est belle.
Pas pour longtemps. Le ciel s’est découvert, on a même droit à quelques rayons de soleil, et la section des minières devient lourde, lourde. Le vélo commence à bourrer. Sur le coup je me dis que ça va aller, je m’arrête une fois pour débourrer à la fin de cette section, mais ça racle dans la roue arrière. Matignon m’a repassé sur cet arrêt, et Vallin est proche. J’y crois encore au milieu de la dernière boucle, mais quand je reprends cette section pour la dernière fois, elle est encore plus lourde. J’essaie de ne pas faire rouler le vélo par terre, mais il pèse au moins 16-17 kilos avec

la terre, et le peu de roulage obligé m’oblige à m’arrêter encore cinq fois. Toutes mes chances s’envolent, je me retrouve 5ème à 4’41 derrière Vallin, Matignon, Chavard et Fillaut, dépité, en ayant traîné un boulet pendant les 10 derniers kilomètres. On n’est pas des surhommes. J’aurais dû mettre un pneu fin, mais j’aurais peut être crevé ? De toute manière on ne refait pas une course. à 38 ans, je ne la refais même pas dans ma tête. Je ravale ma frustration en 5 minutes et je vais au lavage vélo puis à la douche, il y a du boulot. Course à oublier, je viens de passer à côté d’une belle opportunité. Reste à faire un bel article...

Élites

Un petit pneu d’hésitation

Le grand sujet de discussion dans le team, c’est la météo et le choix des pneus. Échaudés par ce qui m’est arrivé, Gilles, Jérôme et J-Christophe commencent par opter pour des pneus fins, d’autant que dans l’après-midi il se remet à pleuvoir. Mais le lendemain matin, le grand beau arrive et le terrain évolue vite ! Alors pour être certain de ne pas se tromper, je fais un demi tour de circuit une heure avant le départ des élites. Je constate que si certaines portions commencent à sécher, d’autres vont rester collantes, et que dans celles ci la moindre brindille ou feuille qui remonte reste accroché au bras arrière du vélo. Pneus fins, au moins à l’arrière, pour tout le monde ! Et du boulot pour Manu Antonot pour nous trouver plus de dégagement pour 2002. Pour le reste, même en conditions boueuses, le X-Control est très performant, il permet de passer sur des racines sans glisser, de conserver de la motricité dans les montées, un régal.

Antoine Vayer met le feu

Repas de veille de course. Antoine Vayer, l’entraîneur de Jérôme Chiotti (entre autres) est là, il veut voir ce que va faire son poulain. Il offre l’apéro, puis le repas commence et là ?ça ne se raconte pas, mais disons que si vous êtes stressés une veille de course, il faut manger avec lui ! Pas possible de rester tendu vu la fréquence de ses interventions désopilantes ! Antoine est à la fois quelqu’un de très cultivé et brillant, d’excessif dans certains de ses propos, et d’habile à se sortir de toute impasse par une pirouette (normal, il est prof d’ EPS). Un personnage qu’on aime ou pas, mais qui ne peut laisser indifférent !

Le repas est du genre "débridé", à tel point que J- C Péraud boit un demi verre de vin (d’un trait !), sur le conseil d’ Antoine, en espérant que ça va l’aider à dormir. Voyez comme on peut être influençable quand on stresse la veille d’une course. ça n’empêchera pas J- C de dormir à peine plus de 4 heures. Mais il paraît que la dernière nuit avant une course n’est pas capitale.

Gilles Delion donne l’impression de ne pas vouloir manger ?encore un peu et le gratin de chou fleur (peu volumineux) proposé par le restaurateur lui suffirait. Il semble être resté dans sa démarche de perdre du poids qu’il applique depuis une bonne semaine. Sur le coup je me dis seulement qu’il ange peu pour une veille de course, surtout au vu des conditions qui règnent (froid et boue), mais je ne me permettrais pas de donner un conseil à Gilles, il se connaît. À côté de lui, Jérôme et J-C reprennent des pâtes ?mais au fait, où est Vincent Julliot ?

Vincent Julliot descend... de vélo.

Vincent "multifonction" Julliot est au four et au moulin. Tantôt mécano, public relation, ravitailleur pour ma course, en repérage pour le dual, la descente et le cross, il n’a pas un moment à lui. Rassurez-vous, il va en avoir. Cynique que je suis ?mais autant prendre sa mésaventure le moins mal possible. Hé oui, Vincent est tombé. Un peu sur les nerfs au dual, il manque de peu la qualif en huitième de finale. À l’aise dans les parties aériennes, il se retient plus quand il faut balancer le vélo en entrée de virages relevés. Mais on sent qu’il a besoin de très peu de choses pour (re) devenir un client sérieux dans ce type d’épreuve.

Son deuxième acte, c’est la descente : pas de problème aux différents repérages, il attaque la manche de placement plus confiant que la veille. Avec Petra et sa mère, on monte voir "poussin" aux deux tiers. Mais rien ne vient. Attente, doutes, "il a dû crever, c’est pas lui là haut ??" Soudain, un coup de fil de Max, l’autre mécano : "Vincent a chuté, il a une grosse entorse de la cheville, il faut aller le chercher au cabinet médical". Merde !

Quand j’arrive aux stands, maman Julliot et Petra sont déjà partis chercher notre blessé, qui descend de voiture avec une bonne grosse jambe blanche ?des ligaments sont arrachés, il va falloir opérer (mardi 24 juillet), puis 5 semaines d’arrêt au bas mot. Heureusement qu’on lui a retiré ses chaussettes, sinon il aurait le moral dedans. D’ailleurs, c’est le cas, et c’est bien normal. Rappelle toi Vincent, je me suis fait une grosse entorse au Roc d’ Azur 2000, j’ai un peu galéré dans la foulée, ça ne m’empêche pas de m’éclater à nouveau sur le vélo et ailleurs en 2001. Les plus embêtés seront peut être les dirigeants de l’usine Lapierre, vu l’énergie que Vincent déploie au travail.

Un championnat accessible

Le championnat élite approche maintenant, et le pauvre Vincent va rester au camion au lieu d’enfourcher pour la 3ème fois sa monture. Au moment de jauger les forces en présence, on se rend compte qu’on a vite fait le tour des favoris. Absalon a couru en espoirs, Martinez et Hérisset sont absents, Dupouey n’est plus que l’ombre de lui même, Céard est "collé" en ce moment, Dietsch et Chevallier relèvent de blessure, Frech est arrêté pour quelque temps (et spectateur d’ailleurs) ?qui reste-t-il pour contrer Chiotti et Péraud ? Ludovic Dubau avant tout, qu’un ami journaliste champenois m’a dit en net regain de forme après son passage à vide en juin. Il y a aussi Vollet, qui évolue quand même un ton en dessous de l’an passé, et puis Ravanel qui a quand même fait "3" à Orcières. Ajoutez à cela deux énigmes : Dominique Arnould qui, les années passant, n’est plus motivé que lorsqu’il se bat pour le podium, et Cyril Bonnand dont on se dit que s’il est revenu exprès pour le championnat, ce n’est pas pour rien. Reste le parcours, superbe, bourré de choix de trajectoires, mais aussi de boue et de passages à pied, qu’il faudra maîtriser lui aussi ?

Départ insolite

Qui a bien pu "faire le départ" du championnat, Dupouey, Dubau, Péraud ?
Non, Cédric Sédilleau ! Peu de gens le connaissent, c’est pourtant un bon coureur de l’ouest, placé en première ligne (certainement un titre de champion régional), et qui court vraiment pour le plaisir. En le voyant passer devant tous les ténors au bout de 400m de raide montée, je l’acclame comme s’il venait de remporter le championnat, il répond en levant les deux bras et en rigolant, alors que derrière c’est nettement plus tendu ?


J-Christophe est bien parti, ce qui n’est pas le cas de Gilles (mais c’est son habitude, il remonte habituellement) ni de Jérôme. Alors on va se poster au km3. Là, c’est Dubau qui passe seul en tête, il a creusé un trou d’une dizaine de secondes à la faveur d’une chute de Vollet (il a dû passer pas la fenêtre !), J-C est tout près, Jérôme est aux alentours de la 10ème place et Gilles vers la 20ème.

Et un, et deux !

3km plus loin changement de tableau : un quatuor s’est formé, composé de Dubau, Péraud, Chiotti et Bonnand. Le trou est fait sur Vollet, Dupouey, Ravanel, Arnould, Dietsch...

Ce quatuor ne sera plus revu et va dominer la course. Un moment, J- Christophe prend un léger avantage. Mais vers la mi course, c’est Jérôme qui s’en va seul. Il a l’air à la fois fort et tendu, visiblement trop peu de monde lui donne des écarts fiables. Pourtant il n’a pas à s’inquiéter outre mesure, son avance ne fait que croître au fil des kilomètres, de la boue, des portages et des litres de sueur. Néanmoins, à 10 minutes de l’arrivée, il me demande d’un air assez énervé s’il a de l’avance. je lui réponds qu’à mon dernier pointage il avait 1’30, de quoi voir venir, d’autant que je ne vois rien venir derrière ?en fait, il a 2’49 à ce moment, et va encore augmenter un peu cet avantage, pour le porter à 3’10 sur la ligne.

Sur qui ? Sur J-C Péraud, qui termine lessivé mais bon 2ème. Plutôt content J-C, il n’a rien à regretter, Jérôme était au dessus lors de chaque manche de coupe de France, si l’on décompte les ennuis mécaniques.

La 3ème place de Cyril Bonnand est plus surprenante. Lui n’a fait aucune manche de coupe de France, il est venu au Tour de Haute Loire où il a pris une musette chaque jour, et le voilà costaud en diable 14 jours plus tard. Quand je vous parlais d’énigme ?

Au pied du podium, on est toujours déçu. C’est le cas de Ludo Dubau, qui fait demi tour sitôt la ligne franchie, et accepte mal sa défaite. Pour preuve, à 3km de l’arrivée, il ma lance un "vive l’eau" désabusé qui en dit long sur son incrédulité face aux peformances de ses adversaires. Étonnant dans la mesure où mis à part aux Herbiers (il y a deux mois et demi quand même), il a toujours été battu par Chiotti et Péraud. La remarque s’adressait-elle à Bonnand ? Une interview de Dubau dans le journal l’ Union du lundi 23 juillet ne permettra pas d’en savoir plus. autre anecdote du même tonneau, un spectateur a crié à Jérôme "tu me rembourseras mon livre !". Celui là n’a pas compris que Jérôme a le niveau pour gagner un championnat comme celui ci à l’eau claire. Mais bon, Jérôme sait qu’on n’efface pas le passé d’un coup de gomme. En attendant, il a gagné !

Lolo, Gillou, revenez nous !

En voilà deux qui en revanche n’ont pas été à la fête. Laurent Certain fait mauvaise mine dès le premier passage aux 3km, il m’adresse une moue désabusée qui veut tout dire. Il se sent sans force. Il faut dire qu’il a couru plusieurs jours depuis le Tour de Haute Loire, et il est bien possible que ça n’ait pas pardonné après une course aussi dure.

Quant à Gilles, je n’arrive pas à m’enlever de l’idée qu’il a trop peu mangé de pâtes la veille de la course. ça vaudrait la peine qu’il se force un peu pour voir ?en tous cas, il ne se sent pas bien, d’autant moins que ce type de parcours est trop piégeux techniquement pour lui. Je l’observe au 2ème tour dans un passage plein de racines, il tombe, il manque de réactivité, comme s’il subissait. Mais Gilles a déjà vécu bien des péripéties sur un vélo, nul doute qu’il saura rebondir (pas sur les racines cette fois !). Et puis il n’y a pas que lui qui a du mal sur ce type de terrain : demandez à Thomas Dietsch, qui tire trop gros sur les racines glissantes, ou à Dom Arnould qui bâche à mi course alors qu’il est 7ème ?il faudrait qu’ils demandent quelques conseils à Nicolas Vouilloz, qui à mon avis crée l’autre sensation de ces championnats en remportant le dual et la descente ! C’est Gracia qui doit être content ?

Allons z’enfants...

En voyant Jérôme et J-C monter sur le podium, j’ai quand même un petit pincement au c ?ur, car sportivement j’y avais ma place (laquelle ?) en masters. Mais je reprends vite du poil de la bête et m’emploie à arroser Jérôme et J-C avec un bidon, histoire de mettre un peu d’ambiance. parce que l’ambiance d’un podium de X-Country, c’est "sans plus".

Je suppose que la soirée (au Tremplin, si mes informations sont bonnes) a dû être plus chaude ! Mais je n’y étais pas, occupé à rentrer au bercail. Le lendemain, j’organisais, chez moi, une sotie de... vtt. Ah, ces cyclistes à l’esprit étroit !

Au final, le team vient de vivre une grande journée, son dernier titre de champion de France remontait à 1995, l’année où Savignoni survolait avant de taper fort sur un genou ?mais entre les deux titres, l’ambiance du vélo a bien changé. Les affaires, cachées depuis longtemps, éclatent au grand jour (voyez donc le dernier Sport et Vie N° 67), la suspicion est généralisée, on ne parvient plus à être simplement heureux d’une victoire. Pour moi qui n’ai jamais pris ne serait ce qu’un Guronsan, c’est pesant. En revanche, c’est tellement bon de s’éclater sur un vtt ! Alors vivement la suite de la saison !

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Auteur - Jean-Paul STEPHAN




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