Accueil > Magazine > Compte-rendus

  Grand Raid Godefroy 2001


(28/10/2001)

<REP|SITE/2001/grg>

Grand Raid Godefroy
I DID IT !




Le Grand Raid Godefroy fait partie de ces épreuves mythiques au même titre
que le Cristalp, la Transmaurienne, la Forestière... Pensez donc, 160 km
dans les ardennes belges (plus précisément, la Gaume) pour quelques 3500
mètres de dénivelés positifs. Bien entendu il s’agit là du plus long
parcours et les organisateurs proposent également des distances plus
modestes : 130, 90, 70 et 40 km ainsi que 20 et 10 km pour les enfants.
Il y en a donc pour tous les goûts.


Bouillon n’est qu’à quelques encablures de la frontière française et, si
l’on retrouve pas mal de bikers venu du sud, c’est une grande majorité
de hollandais et de flamands qui viennent se frotter aux contreforts
ardennais. Pas d’inscription le jour du départ, il faut se décider un
mois à l’avance avec la météo comme incertitude. Une fois le chèque
posté, il n’y a plus qu’à espérer que le soleil soit au rendez-vous.



Cette édition du 9 septembre 2001 fut marquée par le déluge de pluie tombée
les deux semaines précédant l’épreuve : 7 litres d’eau au mètre carré sur
les 10 premiers jours de septembre alors que la moyenne saisonnière n’est que
de 6,5 litres par mois. Vous avez compris, la boue allait être omniprésente,
rendant le parcours encore plus éprouvant tant pour les hommes que pour les machines.


Rendu nerveux par ces conditions atmosphériques, c’est après deux nuits
quasiment blanches que la date fatidique arrive. Levé à 4 heures du matin
pour me rendre sur le site, j’emprunte l’autoroute dans un semi coma en me
forçant à m’hydrater régulièrement.


Grâce à Cannondale et VTTnet, j’ai pu m’élancer sur le parcours des 130 km
(3000m D+) au guidon d’un Scalpel, le nouveau tout suspendu de XC de la
marque (le Scalpel fera l’objet d’un article de test détaillé). Ce vélo, prêté
pour l’occasion, dut être ajusté à ma taille et fut fin prêt une minute avant
le départ. Quel stress en écoutant le décompte du starter ! Il est à noter que
Cannondale était également partenaire de l’épreuve et avait mis 17
Jekills à la disposition de participants regroupés sous la bannière du Chain
Gang. En plus des vélos, Cannondale donnait une tenue complète ainsi qu’un
casque de toute beauté. Un autre membre bien connu de la liste de diffusion
de VTTnet (Laurent Lebecque) en faisait d’ailleurs partie.




Pan ! C’est parti. Derrière la voiture des organisateurs, les cadors
poussent les gros braquets sur les 3 premiers kilomètres de bitume et
le peloton s’étire aussi bien devant que derrière moi. Alexandre Voizine,
autre membre éminent de notre liste de diffusion, me rejoint et nous nous
tenons compagnie. C’est bon pour le moral et nous savons tous deux que ce
sera long, très long !


Alex m’impose un rythme légèrement supérieur à ce que j’aurais souhaité mais
c’est très agréable de ne pas se sentir seul. Nous rencontrons pas mal de
concurrents sur les 30 premiers kilomètres. Puis, c’est le désert,
jusqu’à ce que les parcours se rejoignent au 100ème kilomètre. C’est là
que, les jambes tétanisées, on retrouve des bikers frais comme des gardons,
propres comme des sous neufs vous regardant éberlués mais avec une pointe
d’admiration aussi.




La région dans laquelle nous évoluons est extrêmement propice à la pratique
du VTT (en dehors de la saison de la chasse). Des dénivelés conséquents,
une grande densité de chemins où les single tracks alternent avec les grandes
allées, des paysages forestiers somptueux où l’été rencontre l’automne...
Mais il est bien évident aussi que le GRG est une épreuve de masse qui ne peux
faire passer les participants dans les points les plus techniques, les
spots les plus ouf. Le menu est donc principalement constitué de larges
allées forestières entrecoupées de portions de route où il est possible
de se relaxer et, croyez moi, c’est avec soulagement qu’on les aborde.


Les singles ne sont pas absents pour la cause et il existe quelques
descentes techniques ma foi fort agréables. Il n’y a pas de fortes différences
tout au long du profil des 130 km. Il s’agit d’une alternance de montées et de
descentes. Les sections planes sont plus que rares et les périodes de repos de
très courte durée. L’épreuve favorise donc les grosses cuisses et il est bien
malheureux de voir tous ces participants mettre le pied par terre à la
moindre difficulté. Peut-être sont-ils plus habitués au plat pays ?


Dire que cette année il y avait de la boue ne peut vous faire appréhender
l’enfer dans lequel nous avons plongé. Disons qu’après les 10 premiers
kilomètres, plus une parcelle de peau n’était visible et les logos des tenues
avaient complètement disparu sous une épaisse couche brune. Certaines
montées ne pouvaient se négocier autrement qu’à pied, la roue arrière
glissant sous la moindre impulsion. Chemins forestiers est également synonyme de
débardage et plus d’une fois les ornières s’apparentaient à des tranchées.
Dans notre malheur, nous avons quand même eu le réconfort d’avoir quelques
rayons de soleil sans trop de pluie battante (pour les premiers arrivés), et
l’averse de grêle n’ayant duré que quelques minutes sur les huit heures que
j’ai mis à effectuer le parcours.

Cette édition 2001 du GRG s’est donc apparentée à une véritable croisade.




Dix fois je me suis dit que j’allais abandonner. Le moral est primordial sur
ce genre d’épreuve, encore plus que l’entraînement. Si vous avez mal partout
mais que la volonté suit, vous arriverez au bout. L’inverse n’étant pas
forcément vrai. Les passages à vide sont affreux, le compteur kilométrique
n’avance pas, je me sens seul, tellement seul au monde, sans autre but que
le prochain coup de pédale. Les jambes sont lourdes, elles refusent de
tourner rond. Puis, petit à petit, on reprend des forces, une gaufre au suc’,
deux paroles échangées, une portion de bitume, un petit jump agréable et le
sourire monte aux lèvres. C’est le plaisir d’être là, de le faire, de
penser qu’on pourra arborer fièrement le t-shirt en disant "I did it",
une phrase qui m’a tellement trotté en tête qu’elle en est devenue onomatopée.


Si l’organisation d’une telle épreuve n’est pas chose aisée, il est
cependant regrettable qu’à la vue du prix demandé (0,25 euros/km), la perfection
soit loin d’être atteinte. Cela commence avec le balisage. Certes le GRG
emprunte un circuit permanent rafraîchit pour la cause, mais la visibilité
des flèches est très insuffisante et ce n’est qu’une fois le nez dessus que
vous vous rendez compte de la direction à prendre. J’ai, à ce titre, entendu
plusieurs concurrents se plaindre à l’arrivée. Des rubalises étaient placées
à certains endroits stratégiques mais avec parcimonie voire avec avarice.
Par contre les carrefours étaient sécurisés de manière exemplaire et les postes
de secours bien présents sur l’ensemble du parcours. J’ai d’ailleurs pu voir
que ces derniers avaient du travail.




Les plus gros coups de gueule sont à porter sur les ravitaillements et le
lavage de vélo. Les premiers étaient sensés être dotés de boissons et barres
énergétiques. J’avais spécifiquement posé la question aux organisateurs.
Malheureusement, point de barres énergétiques et une boisson tellement
diluée qu’elle avait un fort goût d’eau minérale. Il était également bien
dommage de ne pas pouvoir obtenir d’information sur la distance parcourue, la
distance restante, les difficultés à venir... Quant au lavage vélo, il
s’agissait d’une misère. Quatre, oui, seulement quatre laveurs haute pression
(inappropriés au lavage vélo soit dit en passant) pour l’ensemble des
concurrents, soit près de deux milles bikers. Une heure d’attente dans le
froid et la pluie après 130 km de boue, cela vous aigrit son homme.




Manifestement exténués, les différents participants de VTTnet n’ont pu se
retrouver autour d’une bonne mousse pour partager leurs expériences. Chacun
s’en est allé reprendre des forces comme il le pouvait. Le réconfort d’après
l’épreuve m’est venu de Compex, les électro-stimulateurs dont j’avais
toujours voulu tester les bienfaits. Une séance en mode récupération active
m’a permis de retrouver suffisamment de jambes pour courir sous la pluie afin de
ranger tout le matériel. Puis c’est 150 km de route, essuies-glaces en
deuxième vitesse, dans un demi coma comme pour l’aller, en me forçant à m’hydrater régulièrement. L’année prochaine, ce sera le 160 !






Auteur - PAB




Nous contacter - Infos légales - rss - Copyright VTTnet 1997/2013