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  La Transvésubienne 2003


(4/07/2003)

<REP|SITE/2003/transve>

LA Tranvésubienne 2003


Huit. Ils étaient 8 fous, membres du club VTTnet a relever le défi de la
Transvésubienne, probablement une des courses vtt les plus dures du moment. Cette
épreuve, non inscrite dans le calendrier officiel de l’UCI, est si atypique quelle attire les
plus grands noms du Xc mais aussi de la descente et du free ride ainsi que nombre de
"raideurs". Mais surtout c’est "THE " course pour les passionnés de tous horizons et de
toutes pratiques, un grand défi personnel, où l’engagement physique est à la hauteur des
somptueux paysages qu’elle traverse. Tom2 raconte.

"Dans l’aire de départ du prologue, à quelques secondes du terrifiant " bip ... bip ... biiiip ! "
qui sonnera l’heure de mon départ, je me remémore les trois derniers mois...

Personne ne sait exactement qui le premier a lancé l’idée de s’inscrire à cette course
mythique ? Toujours est-il qu’à l’époque ce ne sont pas moins de 9 listards(*) qui ont répondu
présent pour participer à ce que certains journaux ont décrit comme la course la plus dure du
monde. Durant le printemps, l’enthousiasme a fait place aux interrogations : " quel
matériel ? " "Quel entraînement ?" "Est-ce aussi dur qu’on le dit ?" "Serai-je prêt à
temps ?" "Comment sera le terrain ?"... Ces dizaines de questions qui ont alimenté nos
débats pendant des mois se sont soudainement tues il y a quelques jours. Le jour J approchait,
aucun de nous n’en savait plus sur cette course mais il était trop tard pour changer de
stratégie. Globalement nous nous sentions tous mal ou trop peu préparés et terrifiés à l’idée de
ne pas être à la hauteur. Les plus optimistes visant le top 100, les plus prudents espérant
simplement terminer.

Aujourd’hui je suis dans le starting-block. La foule n’est pas nombreuse pour assister au
départ, il n’y a pas de stands officiels, pas de paddocks d’assistance, enfin rien qui ne laisse
présager qu’une course mythique regroupant la crème des vététistes va avoir lieu ici. A mes
cotés je vois des pilotes prestigieux qui s’apprètent à partir dans quelques minutes. Nicolas
Vouilloz sur son magnifique prototype Lapierre fait figure de favori. On raconte qu’il roule
sur le parcours tous les jours depuis un mois pour en apprendre les moindres pièges. A ses
cotés on retrouve les vieux briscards : Bruni, Vergier, Peridy... ils comptent bien sur leur
expérience et leur connaissance du terrain pour donner une leçon aux jeunots. Jérome Chiotti
avec son vélo hyper léger de cross-country et sa tenue officielle fait sourire certains. On a déjà
vu beaucoup de crosseurs venir se casser les dents sur les énormes difficultés techniques
d’une telle course. Est-ce que son passé de bicrosseur et de cyclocrosseur joueront en sa
faveur ?

" Le 87 ! " annonce un chronomètreur. C’est mon dossard ! Je m’avance vers le départ,
Georges Edwards est assis face à moi, un cameraman prend ma roue en gros plan, le
chronomètre égraine les seconde puis soudain c’est le biiiip fatidique..

C’est parti pour le prologue d’une douzaine de kilomètres " à profil majoritairement
descendant " comme l’annoncent les plaquettes officielles. Les premières centaines de mètres
se courent sur la bien nommée piste de descente " Nicolas Vouilloz " de la Colmiane et la
course se poursuit dans les forets de pins jusqu’au village de la Bolline situé 800m plus bas.
Trop tendu, trop motive par les rares spectateurs au départ, je glisse de la roue avant et tombe
sans gravité dans le premier virage, à 10 mètres du départ à peine. Complètement déconcentré
je repars et crève en déchirant le pneu que, j’avais eu tant de mal à choisir pour sa résistance,
500 mètres plus loin. Je suis fou de rage, le prélude à la course est à peine commencé et je
suis déjà en situation d’échec. Rien de grave, je ne cours pas après le chrono et la réparation
est vite réalisée sous les yeux de mes collègues partis quelques minutes après moi et qui me
lance tous un " ça va ? t’as de quoi réparer ? " en passant. Mais le moral en a pris un coup

Qu’a cela ne tienne, je repars et très vite la beauté et la technicité du circuit me redorent le
moral. Après une courte ascension dans les alpages, le circuit enchaîne une série de descentes
plus ou moins techniques, plus ou moins rapide, dans de magnifiques paysages de moyenne
montagne. C’est un concentré de bonheur vététesque qui durera près de 50 minutes en ce qui
me concerne et 34 minutes pour le vainqueur surprise : Jérome Chiotti. Malgré l’enjeu
minime, je ne peux m’empècher d’attaquer à outrance tant les chemins sont fantastiques.
Apparemment je ne suis pas le seul, les " bip-bip-bip " émis par les cardiofréquencemètres
des quelques concurrents avec qui je roule en disent long sur l’engagement physique
nécessaire pour tenir un rythme soutenu sur ce type de parcours. Chaque dépassement est
prétexte à un mini border-cross où le plaisir l’emporte sur le chrono. A tel point que je peux
réprimer un " bravo, magnifique ! " d’admiration envers un concurrent qui me fait un
intèrieur d’anthologie dans une épingle. Le niveau technique général des pilotes engagés est
très élevé. Rien de comparable avec les quelques courses dominicales que j’ai eu l’occasion
de faire et où chaque passage technique est prétexte à mettre pied à terre. Ici tout le monde
passe partout très vite dans des chemins que le commun des vététistes ose à peine emprunter.
Passé la ligne d’arrivée je suis cuit mais fou de joie. Plus qu’un apéritif, ce prologue est un
véritable concentré de bonheur vététesque, avec de vrais morceaux de Mégavalanche dedans !
A lui seul il justifie le déplacement. Bravo Georges !

Mais rapidement le bonheur du prologue fait place à l’angoisse de la course du lendemain. Si
d’un point de vue physique nous sommes confiants, les nombreuses casses mécaniques durant
ce court prologue ne sont pas faites pour nous rassurer sur la capacité de notre matériel à
endurer 5 fois plus. Nous regrettons unanimement l’absence d’assistance technique sur place,
le premier magasin de vélo étant situé à plus d’une heure de route de la Colmiane. La soirée
sera donc consacrée à quelques séances de mécaniques jusque tard dans la nuit. Tant pis pour
la fête de la musique nous irons guincher un autre jour, pour l’heure il faut vite dormir car la
journée du lendemain s’annonce longue.


Dans la course


6h00 du matin, le réveil sonne. Je suis réveillé depuis longtemps, l’angoisse au ventre. Le
petit déjeuner a du mal à passer, mais je me force. On ne termine pas la Transvé en ayant
déjeuner une tartine et un bol de café !

Sur le parking de la Colmiane tout est très calme. Les participants déchargent leurs vélos des
véhicules, les regards sont encore mal réveillés et l’ambiance est tendue. Rien à voir avec
l’enthousiasme de la veille. Doucement les coureurs s’amoncellent dans l’ère de départ. Les
80 meilleurs temps du prologue sont devant mais contrairement à ce que je connais des
courses de XC, les bousculades pour les premiers rangs sont rares. Les participants ne s’y
trompent pas, inutile de faire le holeshot dans une telle épreuve, la sélection se fera sur la
distance. Il est à peine 8h00 mais la température est déjà caniculaire. La journée s’annonce
difficile...

Après une trop longue attente, le départ est donné. Comme tout le monde je pars au train pour
attaquer la première ascension où déjà il faut mettre pied à terre. Après quelques centaines de
mètres nous pouvons à nouveau rouler. Je remonte sur le vélo, parcours quelques mètres et
soudain une angoisse me noue le ventre. Non, je n’ai pas rèvé, mon pneu arrière donne des
signes de flottement. Bon sang, j’ai crevé à 500m du départ !!!!

Cette crevaison qui serait presque anodine en milieu de course va sonner ma perte. En
quelques secondes je vois tous les coureurs partir au loin tandis que je répare. Je suis dernier à
près de 5 minutes de mon predècesseur et la course est à peine lancée. Mon moral est au plus
bas mais je repars bien décidé à combler rapidement ce retard. Grâve erreur, ici chaque effort
inconsidéré se paye cash et j’en ferai les frais bien plus tard. La solitude à cela de bien qu’elle
permet de pleinement profiter du parcours. Les chemins sont magiques, la nature superbe et
les paysages à couper le souffle. On navigue entre les forets de pin et d’épicéa et les sommets
rocailleux des alpes du sud. Le temps est clair, les panoramas fantastiques. Après quelques
minutes je rejoins et dépasse les derniers concurrents qui peinent à pousser leurs vélos dans la
montée vers la Cime de Colmiane. Ouf, je suis à nouveau dans la course, mais au prix de quel
effort !

Que dire du parcours ? Nous croyions avoir eu le meilleur pour le prologue, il n’en est rien.
Le circuit suit le GR5, les parties roulantes y sont rares, les montées sont tellement raides
qu’elles se parcourent généralement en poussant ou en portant le vélo et les descentes sont
souvent à la limite de ce que je peux descendre. La terre est rare à partir du Col d’Andrion et
on roule souvent dans des pierriers fuyants. On saute des centaines de marches, on passe des
dizaines d’épingles, on traverse une multitude de pierriers plus techniques les uns que les
autres et comme si cela ne suffisait pas, chaque traversée de village est prétexte à une virée
dans des escaliers. Pour moi c’est un régal mais j’entendrai tout de même quelques coureurs

se plaindre de la trop grande technicité du parcours. Une erreur de casting je pense ! La Transvé ne ressemble pas aux courses de Xc classiques. Pour apprécier ce
parcours il faut considèrer le VTT comme une aventure, un défi
physique et technique permanent qui nous fait repousser nos limites à chaque occasion. C’est
sans doute ça le freeride, là où l’homo-vetetus prend enfin toute sa vraie valeur, loin des modes et des castes.

Ma course se poursuit à bon train, je rattrape pas mal d’attardés et déjà les premiers qui
abandonnent. Parfois par casse mécanique, parfois à bout de force. Sûr d’avoir le physique
pour terminer, même à un train de sénateur, je prends le parti d’attaquer les descentes " en
dedans " pour ménager au maximum mon matériel. Je suis d’ailleurs surpris par la diversité
des vélos présents. Du pur spad de XC au VTT de freeride extrême, je vois de tout. Il faut dire
qu’entre les longues descentes cassantes, les ascensions sans fins et les portages éprouvants, il
y a de quoi cogiter des heures pour le choix du vélo adapté. Finalement, à la vue des vélos
présents sur le podium, on se dit que finalement le pilote compte beaucoup plus que le
matériel, et ça c’est une excellente leçon pour ceux qui ont trop tendance à l’oublier.

S’il ne fallait retenir qu’un élément du parcours, c’est l’interminable descente vers Le Cros
d’Utelle. Sous un soleil de plomb on quitte la montagne pour plonger dans des gorges
encaissées. C’est une descente immense qui dure près d’une heure. Au milieu, le
ravitaillement d’Utelle permet de se poser quelques minutes. Je profite de la présence d’une
assistance technique, la seule de la course, pour faire redresser ma patte de dérailleur qui n’a
pas résisté aux centaines de chocs avec les rochers du parcours.

Arrivé au fond des gorges, écrasé par la chaleur, je jette un oeil envieux aux touristes qui se
baignent dans la rivière. Est-ce que je n’ai pas assez bu ? Est-ce la chaleur étouffante liée à la
fatigue ? Toujours est-il qu’après quelques mètres d’ascension en poussant le vélo, je sens
mes jambes se dérober et mon regard se voiler. Je suis en train de faire un malaise ! Je me
traîne difficilement jusqu’au premier bosquet ombragé et je m’écroule quelques minutes à
coté de mon vélo. Combien de temps passe ainsi ? Je l’ignore ? Quand enfin je parviens à me
relever je suis complètement vidé des mes forces. J’ai le choix entre redescendre quelques
centaines de mètres jusqu’à la route pour abandonner ou bien continuer coûte que coûte. La
sagesse me dicte de laisser tomber, mais il est bien plus difficile d’abandonner que de
continuer. Je pense à mes camarades qui sont devant, à mes proches qui m’ont soutenus et à
tous les concurrents que je vois passer et qui souffrent peut-être plus que moi. Ignorant la
distance restant à parcourir (je n’ai pas de compteur sur mon vélo) et les difficultés à venir, je
reprends la course.

A Levens le parcours redevient " humain ". Je me rafraîchis bien au ravitaillement et les chemins
sont à nouveau roulant. Le vainqueur est arrivé depuis longtemps quand je passe au
ravitaillement. C’est Jérome Chiotti qui s’est imposé dans le temps incroyable de 4h37. Son
physique hors norme et sa grande technicité, qui lui a permis d’économiser son matériel léger,
ont été déterminant. Vouilloz, grand favoris, termine 13ème. Comme moi, il a été victime
d’une défaillance physique...

Ma course se poursuit doucement. Les dernières ascensions sont plus roulantes qu’au début
mais je suis désormais trop fatigué pour les passer sur le vélo. Mon effort se poursuit donc
majoritairement à pied. Peu de temps avant le ravitaillement d’Aspremont je croise des
bénévoles qui me disent " le ravitaillement n’est plus très loin, de toute manière pour toi c’est
fini, tu es cuit, tu vas abandonner ". Je suis fou de rage par cette remarque mal venue qui à
elle seule recharge mes batteries et je me sens pousser des ailes pour avaler les dernières
difficultés. Seulement je me suis fait doubler quelques centaines de mètres avant par un trio
de motards qui sont en fait les "fermeurs" de la course. Au ravitaillement on m’annonce que
je suis hors délai et que je dois rejoindre l’arrivée par la route. Je trouve la sanction un peu
rude. Tout comme les concurrents autour de moi, je suis encore assez valide pour largement
finir la course. Dite monsieur Edwards, vous ne pourriez pas les faire un poil plus long vos
délais de mise hors course ?

Seulement j’ai la chance de croiser une tête de mule pire que moi. Au ravitaillement un
habitué de la course (**) refuse d’abandonner et me propose de terminer en " freelance " avec
lui. J’accepte évidement, je n’en ai pas bavé pendant huit heures pour abandonner si près du
but. Nous terminerons donc en duo cette épreuve commencée le matin à 350. A deux l’effort
nous paraît moins long et nous rejoignons tant bien que mal l’arrivée après plus de 9h00
d’effort. A notre arrivée tout a été rangé et personne n’est là pour nous accueillir. Des
coureurs me confirmeront que, passé les cents premiers, l’accueil est symbolique et le public
absent. C’est dommage, je trouve que dans une telle course chaque participant a droit à une
ovation.


Alors heureux ?


Oui, heureux d’avoir terminé cette formidable epreuve. Heureux de savoir qu’il existe des courses avec de tels parcours (de
vrai parcours diraient certains) Heureux que la légende du " crosseux " inefficace dans des
chemins techniques s’écroule grâce à Jérome Chiotti. Enfin heureux d’avoir participé à ce qui
est désormais pour moi, la course la plus difficile.


Alors tout était parfait ?


Non, l’absence de stand d’assistance technique au prologue et au départ, les lacunes de
sécurité le long du parcours et surtout le mépris envers les " poireaux " comme moi sont
autant de points noirs qui viennent un peu gâcher cette magnifique épreuve.

Pour conclure, je parodierais un célèbre slogan : "La Transvésubienne, vous n’aviez jamais
fait de VTT !"

Ils l’ont fait :

Pierre Alexandre Blanche dit PAB : 60eme
Bruno Pion dit BRUP : 70eme
Stèphane Winter dit BIZANGOO : 76eme
Franck Plouvier dit FRANCKY : 113eme
Thomas Lissajoux dit TOM : 150eme
Christian Mettetal dit POUET : 151eme
Thomas Valzer dit TOM2 : nc
Fabrice Valois dit FAB’DALE : nc

Chapeau les gars !!

(*) Listard : membre de la liste de diffusion de VTTnet
(**) Il s’appel Dave, il est anglais et s’entraîne au club de Théoul. Dave si tu lis ces lignes, je
te salue bien bas !

Quelques Liens

Le site de JEAN PIERRE MONTIEL qui illustre cet article_
Le site de l’organisateur

- 

reportage : Tom2
photos : Jean Pierre Montiel
Réagir à cet article : redaction@vtt.org



Auteur - Thomas Valzer




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