Accueil > Magazine > Le cri du Single Track

  Retour vers le futur ?


(27/05/2010)

Il y a quelques années, j’ai eu une idée saugrenue : m’arrêter de fumer. Quelques jours après avoir écrasé ma dernière cigarette, j’étais prêt à tuer le chien, me fâcher avec tout le monde et dévaliser les confiseries. Heureusement pour moi -et pour le chien- c’était l’été et je me trouvais dans la Drôme avec mon frère et un ami à lui, grand vététiste devant l’Eternel. Si je ne disposais à l’époque que d’une enclume en tubes de chauffage pompeusement appelée « vtt » - et le regard que portait l’ami vététiste sur mon vélo de l’époque en disait long... - j’avais une gniake à manger l’écorce des arbres et à brouter le thym et la lavande...mon royaume pour une clope !!! Je me suis donc retrouvé rapidement à compenser en tentant de suivre le Marin de l’un et le Sunn de l’autre pendant les 2 semaines de mes vacances. Et tout cela s’est terminé par une visite chez le vélociste de mon village et un beau Scott tout neuf. J’étais contaminé !

En découvrant le vtt, je découvrais aussi la presse spécialisée et tout ce que le Net comptait alors comme sites et listes de diffusion sur le sujet (à l’époque pas grand chose). Et à cette époque, on débattait sévère sur les suspensions. Enfin, quand je dis suspensions, je veux parler de systèmes plus ou moins loufoques et improbables pour donner un peu de confort à l’arrière, et d’usines à fuites d’huile ou d’air pour suspendre l’avant. Les vtt étaient tous livrés avec des fourches rigides et les cadres étaient pour la plupart en acier. Le prix des fourches étaient -déjà- astronomique et leur possession le plus souvent un nid à emmerdes.

Les industriels ont travaillé et rapidement les cadres alu ont remplacé l’acier tandis que les fourches suspendues sont devenues systématiques à tous les niveaux de gamme. Systématiques et fiables. Le débat - et les engueulades virtuelles qui allaient avec - s’est déplacé vers l’arrière. Tout mou or not tout mou ? Tandis que les vététeux internautes se crêpaient le casque pour savoir qui avait raison ou tort, se balançant à la figure les poids des uns et l’inconfort des autres, le rendement et les capacités de franchissement, les industriels bossaient encore. Le débat allait même au delà du matériel. Les pratiques se segmentaient et les tribus se formaient, affichant au passage un look et s’imposant un dress-code adolescent. Que n’ai-je entendu, la première fois que j’ai porté un baggy en randonnée, au milieu d’une cohorte de moule-bites !! Rouelibre et son short, la fashion victim de vttnet... ... quasi une légende à l’époque !

C’est au même moment que dans la presse, un journaliste affirmait, non sans un certain discernement, que le futur serait fait de vtt tout suspendus, polyvalents, relativement légers, que tout le monde roulerait en baggy, la truffe au vent, juste pour le plaisir, en se tapant comme de son 1er dérailleur, du monde de la compétition et des performances clownesques des artistes de la passerelle. Finalement il n’avait pas tord.

Mais, l’histoire étant un grand balancier, alors même que nos magasins se sont remplis de vtt tout mous et tout fiables, qu’après que nous ayons pleuré pour avoir des joujoux pas trop chers, avec plus de débattement et moins de grammes et dans le genre « no-prise-de-tête », alors même qu’il n’y a plus que le moteur qui manque à un vélo de descente pour ressembler à une moto et que le moindre vtt « all around » a plus de débattement et des freins à disques plus puissants que la machine avec laquelle Vouilloz gagnait son 1er maillot arc-en-ciel, alors que la messe semblait être dite et qu’enfin plus personne ne se foutait de mon short, les Dieux du marketing nous sortent de leurs manches le mot magique : endurigide !

Dame ! La mode a une vertu, celle de nous faire prendre la moindre vessie pour une lanterne. Mais savoir si la mode est l’expression d’un besoin ou celle de la volonté d’en créer un, de besoin ? Reste que le semi rigide revient sur le devant de la scène. Et dans tous les compartiments du jeu : en rando, en enduro, et j’en ai même vu faire de la descente avec des cadres blindés et une simple fourche bodybuildée à l’avant !

Il y a quelques années, un des mes amis, avait monté un vtt semi-rigide, alors même que le tout-suspendu devenait la norme et que son terrain de jeu était la montagne. Il était finalement en avance, car aujourd’hui ce sont les cadres rigides en acier et en titane qui reviennent et on voit même apparaître des vtt avec des fourches rigides. Pire encore ! Des fous s’affranchissent même des vitesses préférant rouler en single-speed, une pratique alternative qui fait de plus en plus d’émules, se retrouvant parfois dans les villes avec la variante « fixy » encore plus « hard-core » puisque là ce sont même les freins que l’on abandonne.

Le vtt est un sport où le pilotage est une bataille contre les éléments et la nature. La pente, les racines, les trous, les pierres...on est secoué, ballotté, et il faut se jouer de la trace. Mais à force de vouloir effacer les obstacles et les difficultés à coup d’amortisseurs, de freins hydrauliques, de suspensions complexes, et d’additions salées, on a peut être fini par édulcorer le plaisir de piloter un vtt.

Matériel simple, fiable, peu onéreux, plaisir basique et essentiel du pilotage. C’est probablement ce que recherchent les single speedeurs et les aficionados du hardtail. Les vtt tout-mous ont de beaux jours devant eux mais il souffle un vent sympathique sur les chemins, car au delà du matériel, c’est aussi une certaine forme d’esprit oldschool qui anime parfois les pilotes de ces machines.

Pour un peu, je me remettrais au moule-bite...



Auteur - RouelibrE




Nous contacter - Infos légales - rss - Copyright VTTnet 1997/2013