Accueil > Magazine > Compte-rendus

  Warn au Raid des Causses


(6/01/2000)

<REP|SITE/1999/causses>

Le raid des Causses 1999


En ce début d’été, les défis Dole ont été annulés.
WARN est en manque - en vacances également ...

L’année dernière, le raid des Causses avait permis de se tester. Pourquoi
ne pas y retourner ? Franck et moi... Franck courait avec Stéphane, Je
courais avec Catherine. Stéphane est en plein déménagement. Catherine se
remet d’une entorse malencontreuse au genou, souvenirs inutiles d’une
saison de ski avortée...

Esprit de famille

Le raid des Causses est une épreuve quasi familiale : ambiance bon enfant
avec des bénévoles qui vous accueillent comme des amis venus de loin. Peu
d’équipes : 60 maximum cette année. mais c’est volontaire, autant pour la
sécurité que l’ambiance. Au menu, de la course à pied et du VTT... et un
mélange des deux, le bike and run. Plus un petit rappel, mais c’est juste
pour relever le goût, un grain de sel dans le menu de ce raid.

L’année dernière, les premiers ont bouclé en moins de 6 heures. Ca nous
donne une référence, l’impression de savoir où nous allons cette année.
Lourde erreur...


Et puis il y a les paysages... que la photo est une belle invention ! mais
qu’elle est fragile... au lendemain de la course, l’appareil s’est ouvert
quand il ne fallait surtout pas. Il vous faudra donc faire confiance à ma
plume pour admirer le lever du jour sur le Causse, le cirque de Navacelles,
méandre asséché d’un canyon profond, le canal d’irrigation longé par le
GR7, dans lequel glougloute une eau vive, prometteuse de délicieuse
fraîcheur au milieu d’un paysage méditerranéen chauffé à blanc...

Le départ : Rendez-vous est pris pour 6 heures. Nous savons que nous ne
savons pas. Des cars nous attendent pour nous emmener au véritable point de
départ, inconnu de tous.

7 heure : Sorb. Village minuscule, île perdue sur le Causse méridional du
Larzac. 59 équipes prennent le départ, dans la fraîcheur d’un ciel limpide,
avec un soleil qui pour l’instant se contente de souligner les rides du
Causse. Départ rapide. Trop rapide probablement. Mais il y a une équipe qui
est venue prendre une revanche sur l’année dernière... non, ce n’est pas
nous ! Nous les suivons pourtant, nous contrôlons... Pas assez rapide
cependant pour m’empêcher d’admirer un scialet gigantesque que nous
longeons, une gorge escarpée aux flans de feuillus, dans laquelle nous
plongeons par un sentier quasi vertical, slalomant seulement pour éviter
les jeunes chênes. Puis une montée du même genre, pour ressortir tout
aussitôt de la gorge. Et nous voila au premier contrôle, avec la prise des
cartes. Tout est allé comme l’éclair !

Il faut reporter les points sur la carte vierge, d’après les informations
azimut distance. Déjà l’écart va se creuser entre les habitués et les
novices... La carte est une Top 25. Si vous n’avez pas déjà couru sur une
carte de ce type, vous ne pouvez avoir idée à quel point c’est imprécis :
nouveaux sentiers, traces effacées, orienter n’est pas un jeu très simple,
surtout il n’est pas facile de le faire en perdant un minimum de temps. A
cette occasion, le groupe de tête vole en éclat. Nous sommes deuxième puis
troisième puis... nous ne savons plus ! C’est aussi la particularité des
itinéraires en orientation, ce piment... il faut courir, rester concentré
et motivé pour ne savoir qu’à la fin !

Nous pointons en tête

Le soleil est déjà plus haut sur l’horizon. Nous dévalons un sentier
étroit, enfoui sous les hautes herbes, qui se jette en quelques lacets au
plus profond d’une gorge. Nous rejoignons la rivière qui la traça, il y a
quelques centaines de siècles ; elle a bien changé depuis lors et notre
itinéraire emprunte son cours asséché jusqu’au deuxième point de contrôle.
Galets, sables, végétation folle, la gorge se referme petit à petit,
jusqu’au village.

Nous pointons à cet instant en deuxième position, sur les talons des
premiers... mais où sont passés les autres ?

J’ai la redoutable charge d’orienter. Déjà, sur la première section, j’ai
été à l’erreur, corrigée rapidement, mais une équipe nous a doublé, celle
qui est devant nous à présent. Mais les bonnes recettes de l’orienteur font
gagner du temps : en arrivant au contrôle, j’ai déjà en tête l’itinéraire
qui nous emmènera au suivant. L’autre équipe cherche encore sur la carte
que nous sommes loin.

Dénivelé. Sentier entouré de broussailles. Quitter le sentier pour aller à
vue sur le point de contrôle. Ronces, buis, et autres spécialités locales.
Nous pointons en tête, sur un belvédère qui nous offre 360 degrés de
panorama. A droite, le Causse, parcouru de collines plus ou moins abruptes,
de quelques champs gagnés sur le désert de pierre et d’îles humaines que
l’on distingue par les clochers qui émergent. A gauche, la gorge, aride et
inhospitalière. Au delà de la gorge, un autre plateau, le causse encore. Au
fond, l’oasis, la verdure folle et exubérante, comparée au désert qui la
cerne. Plonger. Vers l’eau, vers la balise ; rester concentré sur la carte,
ne pas s’attarder sur le paysage...

Soudain je suis foudroyé, cloué au sol
Manqué ! l’orientation tend en permanence vers une forme de perfection et
ne l’atteint (presque) jamais... mais là, je lui ai tourné le dos. A
l’arrivée, l’erreur est tellement évidente : passant au point culminant,
nous avons pointé au contrôle dans la foulée pour plonger à nouveau dans le
canyon... à 90 degrés de la bonne direction ! un méandre trop tôt sur le
cours de la rivière...

La cavalcade était pourtant de toute beauté. Nous dégoulinions dans les
éboulis de calcaire blanc gris, franchissant par instant des barrières
végétales redoutables d’épines, de ronces ou de chardons. Arrivé au bord de
la dernière falaise, nous avions récupéré le sentier qui devait nous mener
au contrôle... et c’est là que la peau de mes yeux est tombé, que j’ai vu
ce que j’avais fait... Je n’ai tout d’abord pas compris, c’est l’univers
qui ne collait plus à la carte. Rebroussant chemin, nous avons encore perdu
un peu plus de temps. Puis les éléments de réalité se sont petit à petit
recombinés. Le point de contrôle précédent, le méandre, l’orientation des
courbes de niveau... j’ai été soudain foudroyé, cloué au sol... je courais
comme le vent, à présent je me sentais enclume. Recommencer à marcher
d’abord, puis à courir. Si possible. Travailler le mental pour ne pas
s’asseoir sur le bord du sentier...

Au contrôle, nous sommes passés de la première place ... à la dix septième.
Je suis accablé. Il nous reste à finir, finir comme nous pourrons. Juste
finir. Il n’y a pas, je pense, pire que les désillusions.


Ce contrôle est situé sur la résurgence de Lafoux. On y voit ressortir des
eaux englouties aux environs du Mont Aigoual, pourtant fort distant ! C’est
le coeur de l’oasis, enfoui sous une végétation folle. Dans cet îlot de
fraîcheur, certains ont bivouaqué et fêté avec force boissons on ne sait
quelle occasion ; ils dorment encore, juste à coté du point de contrôle.
C’est bien tentant, mais il nous faut repartir tout aussitôt par le sentier
qui longe la rivière : un tunnel dans la verdure, une lumière qui tombe,
verticale, entre les branches. Le sentier suit au plus près 3, 4 méandres
de la rivière. Peu à peu, il s’en dégage, commence à escalader la rive,
émerge dans la lumière. Il fait chaud, torride. Je suis accablé, mais
impossible d’en attribuer l’origine à la fatigue ou au moral. Franck me
tire comme un diable, faisant le train devant moi. Je le suis plus par
habitude que par conviction. Nous arrivons à Navacelles, vieilles pierres
logées au plus profond d’un méandre abandonné par sa rivière. Ici, il faut
lever la tête pour voir le ciel. 300 mètres nous séparent du plateau sur
lequel nous étions ce matin, sur lequel nous serons bientôt à nouveau. Au
point de contrôle, nous sommes au pied de la montée qui va suivre. Nous
avons également rattrapé l’équipe qui nous précède. Et d’une...

La tête commence à se remettre de la déception, à présent ce sont les
jambes qui font mal. Catherine, mon épouse, est là pour nous soutenir. Ce
n’est pas négligeable dans ce genre de moments.

Le couteau entre les dents
Nous repartons de Navacelles de nouveau le couteau entre les dents. Une,
deux, trois, quatre équipes... nous remontons dans le classement. Mais à
quel prix ! L’itinéraire suit inexorablement le GR7. D’abord une montée
raide, pour sortir du cirque. Tout desuite une vue à couper le souffle.
Ensuite un long sentier en balcon, longeant le canyon en s’y enfonçant
lentement, au fil des kilomètres. Curiosité, un canal nous accompagne
presque tout au long de cette partie de l’itinéraire. Le murmure de l’eau
nous promet une fraîcheur qui nous fait bien défaut, à cet instant.
L’ouvrage en ciment conduit l’eau surgit miraculeusement de la falaise vers
on ne sait quelle destination. Une manne de bienfaits qui semble narguer
les raideurs qui passent.

Puis le sentier atteint le fond de la gorge. Alors forcément, notre
itinéraire le quitte pour prendre un sentier formé de lacets serrés, avec
comme objectif immédiat de retourner sur le plateau, 350 mètres plus haut.
Et là nous payons la facture. Le sentier vertical et la chaleur nous
présente l’addition des efforts accomplis pour reprendre des places au
classement. Malgré Catherine et une supportrice de rencontre qui nous
hurlent des encouragements depuis le haut du plateau, nous sommes au
ralenti. Nous marchons. Vite peut-être, mais nous ne courrons plus. Même
parvenu au plateau, nous sommes défaits. Plus moyen de courir. Une équipe
nous reprend. Un peu plus de déprime...

Heureusement, nous en avons fini avec cette partie : St Maurice de
Navacelles, c’est le début du Bike and run. Drôle d’épreuve : notre
soi-disant stratégie est d’alterner par séquence courte ; le cycliste part
devant puis pose le vélo pour continuer en courant. Quant le coureur
rejoint le vélo, il fait la même chose, et ainsi, à tour de rôle, chacun
prend le vélo. En l’absence de règles impératives, d’autres équipes
préférerons rouler à deux sur le vélo... attention aux grands gabarits !

Nous avalons de notre mieux les 10 km de l’épreuve, nous sommes déjà au
delà de la fatigue. En course à pied, nous luttions pour gagner du temps,
une place ; à présent, nous ne pouvons plus que résister pour finir.

VTT... hier, nous basions nos espoirs sur cette part de l’épreuve. Nous
devions gérer la difficulté à pied pour mettre les gaz à cet instant. Pas
de chance, rien ne se passe comme on le prévoit. Nous entamons le VTT avec
une montée de col par le goudron. Ce n’est pas un mal, vu notre état. Suit
une piste caillouteuse mais roulante sur la crête.. La variété de
l’itinéraire nous fait du bien, aux jambes comme à la tête. Voici à présent
que notre itinéraire quitte brutalement la piste pour un single trace pentu
et caillouteux à souhait. La fatigue aidant, j’en profite pour manquer le
balisage, pourtant évident et par conséquent la bifurcation. Franck est
déjà loin devant, et pour cause, ca descend ! Une équipe me double ou me
talonne dans la descente. Peu importe : dès que la pente s’inverse, je
remets les gazs et les laisse sur place. Je rattrape Franck, le double,
double une équipe qui nous précède... et loupe de nouveau une bifurcation
tout aussi bien signalée que la précédente ! Retenu par les hurlements de
Franck, je reprend le droit chemin qui est en l’occurrence à nouveau une
descente, peu accueillante pour mon goût : une piste d’engin de débardage,
très pentue avec un sol mal pavé de cailloux et de branchages mal tassés.
En résumé : casse-gueule ! Franck disparaît à l’horizon, je tente de
survivre un certain temps sur le vélo avant d’estimer le rapport
bénéfice/risque trop faible ; je finis donc alors à pied ... comme
d’habitude !

Franck fait un break, en fait un vrai petit malaise

A nouveau une piste forestière roulante bien qu’un peu ravinée. Je remets
les gaz, il faut que je rattrape Franck. De nouveau la fatigue se fait
sentir. De plus en plus lourdement. Nous doublons, nous sommes doublés,
tout juste y faisons nous attention. Tenir. Rester sur le vélo, pédaler...
l’horizon, c’est le prochain virage. Pas plus. Enfin, il y a bien le
rappel... nous espérons que cet atelier sera pour nous l’occasion d’une
attente (avec neutralisation de temps), la possibilité de chercher un
ultime souffle. Mais il ne vient pas, ce rappel ! Soudain nous mettons
simultanément pied à terre. La tête n’y est plus non plus. Nous en
conviendrons ensemble plus tard : si l’itinéraire avait déroulé son cours
en campagne, dans les champs,plutôt que sur cette piste parcourant un flan
de montagne abrupt, nous aurions jeté l’éponge et finit l’épreuve par une
sieste sous un pommier ! Heureusement, ou malheureusement, l’effort pour
revenir sur nos pas étant proche de celui nécessaire pour finir, nous
repartons dans le bon sens. 500 mètres plus loin, nous sommes au rappel !

Le rappel : il s’agit de poser le vélo le long de la piste, de s’équiper
sous l’oeil sourcilleux d’un membre de l’organisation, de monter un flanc
peu accueillant, une friche assez immonde à vrai dire, puis d’escalader
quelques blocs à l’aide de mains courantes pour arriver enfin au sommet de
la falaise qui domine la piste sur laquelle nous venons d’arriver. Il faut
enchaîner le rappel, souffle coupé (soit par la montée, soit par le
vertige). Environ 50 mètres de surplomb, le temps de faire deux ou trois
fois la pirouette face au paysage. Puis on prend pied sur une corniche, on
se vache et on repart en courant le long de nouvelles mains courantes qui
vous ramène à la piste de départ.

Oui mais... la montée était terrible. Trop forte, trop dure pour des
coureurs éprouvés. Franck est obligé de faire un break. En fait un vrai
petit malaise ! Quelques minutes lui sont nécessaires pour repartir. C’est
que la vigilance est nécessaire pour cet exercice ; la perte de conscience
en cours de rappel, je préfère ne pas y penser ...En ce qui me concerne,
quelques années d’alpinisme tout terrain ont laissé quelques acquis : je
suis déjà à la moitié de le descente à pied quand Franck commence tout
juste à pendre dans le surplomb. Disons quand même que les bénévoles qui le
surveillent, rendus méfiant par son malaise, le freine à mort !

Et nous voici de retour aux vélos. Nous repartons, encore une descente ou
Franck me scotche... même épuisé, cet homme est une fusée, une avalanche,
un ouragan de la descente ! Ce qui est loin d’être mon cas. Notre parcours
empruntant un sentier en balcon fort étroit et sinueux, je prend un certain
nombre d’épingles en posant le pied. C’est beau, étroit, encombré de
branches à hauteur du visage, etc... et je me vautre !

Je suis pourtant assez content, c’est seulement la première boite de la
journée. Mais en me relevant, quand même assez endolori, je constate que ma
potence forme un angle de 25-30 degrés avec l’axe de la roue. Manque de
chance, nous n’avons qu’un set d’outils pour deux, et c’est Franck, loin
devant à présent, qui le porte dans son sac. Tant pis, je finirai comme ca !

Peu de choses sont aussi incommunicables que la douleur

Je sors de ce sentier, j’embraye une nouvelle piste. Gaz ! toujours Franck
à rattraper... J’en profite pour reprendre l’équipe qui m’a doublé pendant
ma chute. Voici Franck, et voici le dernier point de contrôle avant
l’arrivée. Nous sommes les dixièmes à pointer. Mais Franck s’effondre sur
un banc...

La douleur : Franck est livide, il a des crampes, il titube. Il s’affale
sur le premier siège venu, à portée du contrôle de passage. Je ne suis
guère en meilleur état, mais encore du bon coté de la limite. Pas assez
cependant pour être d’un grand secours à mon partenaire. Peu de choses sont
aussi incommunicables que la douleur. Ce sont les contrôleurs qui l’aide à
s’étirer pour vaincre les crampes, qui le font boire, qui l’encouragent et
l’encouragent encore. Car seuls les encouragements lui permettront de finir.

De mon coté, je ne sens plus rien. Je suis dans un nuage, hormis un coup de
poignard permanent au ventre, mais je suis muré en moi-même, quasi muet,
perdu quelque part sur la montée qui va suivre, tendant de toutes mes
forces vers l’arrivée. Je n’en peux plus mais je peux encore, encore et
toujours. Mes jambes tournent, tournent et tournent encore, pour peu que le
sentier soit à plat ou en montée. Mais le cerveau a pris ses congés. Après
quelques minutes éternelles, Franck reprend péniblement son vélo. Au menu,
la dernière montée, mais quelle montée !


Tenir... pendant que Franck explorait les méandres de la douleur, je
concentrais mon esprit sur la prochaine difficulté. Guère plus qu’un moyen
de ne pas penser à ma propre douleur, de ne pas me relâcher. J’ai deviné où
nous sommes par rapport à l’arrivée. Encore une fois, notre itinéraire a
dévalé jusqu’au point le plus bas d’une de ces profondes vallées qui
entaille le Causse. Il nous faut revenir sur le plateau avant de rallier
l’arrivée. Fort heureusement, les organisateurs ne nous ont pas réservé le
plus dur pour la fin, et c’est par une piste roulante et assez large que
nous remontons ce qui s’appelle le ’cirque du bout du monde’. Certes la
piste roule... mais pas nous. Je m’efforce de soutenir Franck dans son
effort. Par deux fois je m’arrête pour qu’il revienne à ma hauteur. Mettre
pied à terre est encore plus douloureux que de rouler : je suffoque dès que
je ne mouline plus. A l’instant où Franck me rejoint, je repars. Mais j’ai
décidément plus de jambes que lui et je reprend presque aussitôt des mètres
de distances, bien involontairement.

Petit à petit, la piste se hisse le long de la paroi. Petit à petit, nous
voyons l’horizon et la crête boisée qui le ferme se rapproche de nous. Mon
esprit est faible et mes pensées divaguent mais je reconnais nettement le
lieu du contrôle numéro un de l’épreuve de l’année dernière. Il me semble
aussi que nous dépassons une nouvelle fois la même équipe, celle qui avait
profité de notre pause au contrôle précédent pour nous distancer.

Franck franchit la ligne en freinage sur la roue avant

Voici la fin de la montée, voici de nouveau le plateau... la vue ? quelle
vue ? il me semble qu’il fait jour, que ma roue avant fait sa trace sur un
sentier mi-poussière, mi-cailloux, mais je ne saurais vous dire s’il fait
chaud, soleil, si la vue porte loin ou si nous sommes dans la végétation.
Tout juste suis-je capable de suivre le balisage... Un passage trialisant
sur lequel j’arrive beaucoup trop vite est la dernière occasion de me faire
peur. Freinage d’urgence dépassée, franchissement à pied, mais la frayeur
m’a mis à la rue et je ne suis plus capable de franchir correctement la
moindre marche. Sans compter cette maudite potence à 25 degrés de l’axe...
Pendant ce temps, Franck a refait surface et m’a semé. Normal, nous sommes
en descente. Et puis le dépassement d’une dernière équipe a réveillé
l’instinct de combattant : ’Non, ils ne nous repasseront pas !’

Dès que je trouve le moyen de me reconcentrer pour franchir la caillasse du
sentier, je mets la plaque : Franck est devant, l’arrivée n’est pas loin,
il faut que je le rattrape d’ici peu ! A ce jeu, je manque de peu la sortie
de route au dernier virage. Même si je n’ai pas de compteur, je pense que
les 40 km/heure sont largement dépassés... après 8 heures d’effort continu !

Enfin je vois Franck. Il m’attend en faisant du sur place, 100 mètres avant
la ligne. Je le rejoins, je le dépasse, il m’emboîte le pas. Un virage en
épingle nous met sur la ligne. Pour l’honneur, Franck la franchie en
freinage sur la roue avant. Pour l’honneur, je tente de l’imiter... et ca
marche !

Nous sommes dixième d’une épreuve qui se sera avérée bien plus difficile
que l’édition précédente. Reste les regrets. Avoir été premier et avoir
gâché notre chance. Nous pouvions tout au moins espérer le podium... Mais
l’équipe vainqueur est forte, il n’y a aucun doute !

L’année prochaine ? Et bien, promis, l’année prochaine, on fera développer
les photos au lieu de détruire accidentellement la pellicule ...


Laurent Merat
Laurent.Merat@vtt.org


Copyright © VTTnet 1999




Auteur - Laurent Merat




Nous contacter - Infos légales - rss - Copyright VTTnet 1997/2013