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  Le râle étranglé du single-track


(29/10/2010)

Sur la liste de diffusion de VTTnet, Man’ demande un jour à Serge l’origine du logo des Frappadingues, le célèbre Frappapéteur...

"Cette anecdote, bien que romancée, est authentique. Elle s’est déroulée y a une dizaine d’années pendant la Rando de la Tour à Monthléry - celle qui a valu son surnom à AquaFab, mais ceci est une autre histoire.

J’avais redépassé pour la énième fois un roquet sapé crosseux : tenue de route bariolée, maillot et cuissard multipublicitaires aux couleurs agressives, petites chaussures fluorescentes bien propres, des mitaines de corde qui balancent les cornes de vache de droite à gauche, le dépassement hargneux, la moue hautaine, le regard revanchard.

Depuis quelques kilomètres je tirais la bourre avec ce personnage désagréable. Comme à mon habitude je me faisais dépasser en montée. Je reprenais l’avantage dans les descentes boueuses et glissantes. Cette randonnée est traditionnellement arrosée par les cieux.

Moi ça m’amusait. Lui, pas du tout.

Mes boyaux me travaillaient depuis le trajet du matin en auto. Un peu la faute à m’être levé trop tôt, trop vite, et aussi au repas trop riche de la veille.
Pendant la rando, je sentais remuer des noeuds et des crampes dans mon ventre, je craignais devoir m’arrêter en urgence et me cacher cul-nu derrière un buisson.
Finalement ç’aura tenu jusqu’au bout.

J’étais sur le point de rattraper mon copain Lafourche dans une montée - j’avais toujours mon roquet à mes trousses - quand un de mes boyaux s’est dénoué, mon ventre a aussitôt envoyé des signaux d’alerte bactériologique imminente.

J’ai bien tenté de retenir un moment l’inévitable dégazage, mais d’autres poches de grisou s’étaient libérées, et se bousculaient avec détermination vers la sortie.
Je me doutais bien que le concentré de bactéries symbiotiques en fusion qui allait s’échapper serait abominable ; pourtant, même en avançant sur mon vélo, le nuage toxique et brûlant m’a surpris. J’ai grimacé.

La vvvaache ! Aussi nocif que l’ypérite. Une violation à la convention de Genève.
Mon ignoble forfait accompli, me sentant plus léger, j’ai accéléré comme si j’avais été propulsé par mes gaz.

Derrière moi j’ai entendu une sorte de soupir étranglé par un puissant râle de dégoût.
J’ai jeté un oeil par dessous mon épaule. Le crosseux s’était arrêté au milieu de la montée, pied à terre. Asphyxié, en panique, il cherchait de l’air en tirant son cou à droite et à gauche tout en agitant désespérément ses bras pour le brasser.

J’ai rattrapé Lafourche, lui ai raconté d’emblée la mésaventure du crosseux. Ça nous a fait rigoler comme deux baleines jusqu’à la fin de la rando.

À l’arrivée nous nous sommes attardés au ravitaillement, mais on n’a pas revu mon crosseux.
Peut-être nous a-t-il aperçus au loin et a-t-il préféré renoncer au casse-croute.
Ou peut-être gît-il encore quelque part dans un fossé aux alentours de Monthléry.
Qui sait ?"

- PLUS : Retrouver les Frappadingues sur leur site.



Auteur - Sergio




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