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  Freeride : Un point de vue


(16/07/2003)

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Freeride


Serge Hartmann est un acteur de longue date du petit monde du VTT. Webmaster des "Frappadingues", un club virtuel de VTT régional, on le retrouve partout. Dans une émission de TV en train de Gober des Flanby, dans des toilettes en train de remplacer le PQ par du papier de verre, à manger du chien en Chine, à l’hôpital pour y soigner des suites de chutes diverses, et même - et surtout - sur un vtt !! Passionné de la 1ere heure du vélo à grosses roues il nous livre ici son point de vue sur le freeride

Nous lisons et entendons le mot freeride à toutes les sauces depuis bientôt quatre ans dans le monde du VTT.
Pourtant, si personne n’est d’accord sur la définition du freeride, on s’accorde mieux sur le terme de freerider (prononcer frit rail d’heure).
Nous allons tenter ici d’y mettre un peu d’ordre.

L’origine du mot appartient aux skieurs sur des planches de type "surf" - ou plutôt au marketing qui décida dans les années 90 qu’il y avait là un potentiel de consommateurs jeunes et prêts à dépenser pour soigner leur image, bref une cible idéale.
Beaucoup de produits commerciaux ont donc été déclinés du freeride, de l’équipement de ski aux vêtements "pour tous les jours" pour arborer quelques marques emblématiques.

A la fin des années 90, les têtes pensantes du marketing ont recyclé le terme freeride pour l’adapter au VTT.

Avant le freeride VTT, il y avait des promeneurs du dimanche - roulant sur des VTC améliorés, habillés en jogging et baskets ; et des purs crosseux - roulant sur des VTT ultra-légers et performants, habillés comme des bitumeux (amis crosseux et bitumeux : il n’y a rien de péjoratif dans ces termes).
Il y avait surtout des randonneurs sportifs (à mi-chemin entre le cross-country et la promenade tout-terrain) et des " mountain-bikers radicaux " qui musclaient leurs vélos et s’équipaient dans des boutiques de moto-cross pour s’adapter aux rudes conditions des sentiers montagnards.

Les deux premières cibles marketing (cross-country et bitume) étaient parfaitement exploitées, mais les autres ne l’étaient pas, d’où la nécessité de les identifier à une pratique : le freeride.

En un seul mois de 1998 tous les magazines dédiés au VTT ont dévoilé ce "nouveau concept" dans les éditoriaux, les articles et les publicités.
Ce concept était parfaitement au point dès le départ, relayé par de grandes marques de vélos et composants (Kona, Santa-Cruz, PlanetX...) et de vêtements (Fox Racing, Dainese, Troy Lee...).

Son succès a été immédiat dans la tranche des jeunes adultes : il a "boosté" les ventes de cadres tout-suspendus, de fourches à double-té, de maillots à coupe ample, de shorts à poches, et de protections en tout genre.
Hélas, le matériel ne répondait pas entièrement aux exigences de la plupart des passionnés : trop lourd, trop cher, et pourtant pas au point... beaucoup l’ont boudé.
Bref, beaucoup de choses venant du monde des moto-cross, mais vendues beaucoup plus chères pour une qualité discutable.

Le freerider que l’on reconnaît à son apparence est donc une victime de la mode, qu’il l’admette ou non.

Ce qui est très fort c’est que le marketing a vendu en masse un concept d’individualisme rebelle. Cherchez l’erreur. Malgré cela la mayonnaise a pris : les freeriders sont de plus en plus nombreux tout en se croyant en marge de la société dont ils sont les principaux acteurs - et victimes. Les grandes manifestations de freeride montrent parfaitement ce paradoxe.

Vu sous cet angle, le tableau est plutôt négatif... toutefois on notera quelques bons choix "éthiques" dans la stratégie commerciale, comme la valorisation de l’image du freerider en casque intégral et protégé contre les chutes.
Le freerider, cette victime de la mode, ne risquera donc que d’être surprotégé par rapport à sa pratique, grand bien lui fasse.

C’est ainsi que tout le monde n’a pas adhéré à 100% au concept.
La plupart d’entre-nous, vététistes d’avant le freeride, ont adopté certains produits du freeride, tout en évitant de claquer du pognon inutilement.
Peu à peu, la véritable pratique "orientée freeride" s’est dégagée du panurgisme des uns et du dénigrement des autres.

Aujourd’hui se dégagent quelques définitions du freeride qui collent mieux à la réalité.
Le freeride, c’est ne pas hésiter à s’aventurer sur des chemins qu’on ne connaît pas et qui vont dans la "mauvaise" direction - pour découvrir un trésor vététesque, une machine-à-coudre, un coin de paradis... peu importe s’il faut pédaler pour remonter la pente.
C’est aussi le geste technique qui triomphe du passage difficile par simple défi envers soi-même.

Une rando freeride c’est une randonnée où l’on ne se cantonne pas à une seule pratique (cross-country, descente, orientation, passages techniques, etc) mais à toutes les pratiques à la fois sur une même rando, avec un seul et même vélo (d’où l’intérêt d’avoir un vélo à l’aise partout et confortable), en privilégiant le plaisir à la performance.

Plaisir de piloter en calculant ses trajectoires, plaisir de mouliner pépère en discutant dans les montées, plaisir de découvrir et d’observer la nature, plaisir d’aller toujours plus loin, plaisir de savoir passer partout, et surtout plaisir de faire partager ces plaisirs.

On peut très bien faire du freeride avec un collant de route et un casque au bol. Le look est aussi superficiel en freeride que dans les autres domaines. Les accessoires indispensables sont plutôt : une carte IGN, une boussole, un bon casque, et de quoi réparer le plus possible de pannes pour être autonome.
On est loin de l’image du freerider véhiculé par les magazines.

Les inconditionnels du cross-country ne roulent-ils pas par plaisir ? Si, bien sûr, mais le crosseux aime la performance, il cherche un vélo plus léger pour aller plus vite, quitte à perdre en confort ; alors que pour une pratique freeride on préfèrera du matériel fiable et confortable aux dépens de la légèreté.

On lit beaucoup de sottises et d’idées fausses sur le freeride.
J’ai lu récemment une phrase qui m’a interpellé. C’était lors de l’organisation d’un week-end VTT, nous souhaitions savoir qui comptait participer. Voici la réponse d’un pote : " Dis-moi quel jour sera le plus freeride, j’ai pas envie de pédaler ".
On confond souvent le freeride avec la descente marathon et avec le trial urbain, ce qui n’a rien à voir avec le freeride, puisqu’exclusif.

Et Kranked, me direz-vous ? Ou le "Red-bull rampage" ? (qui ne consiste pas à ramper sous des taureaux rouges).
Eh oui, ces films et ces spectacles toujours illustrés de musique métal-fusion ou heavy-trash... n’est-ce pas aussi du freeride ?
En vérité, il s’agit plus de VTT extrème et de trial-spectacle que de freeride.
Du spectacle qui donne envie de faire du VTT, pour se donner des sensations de VTT même quand on est affalés dans un canapé avec une bière à la main.
On y assiste entre potes, on admire le style de Tarek Razzouli, les performances de Wade Simmons - en oubliant que tous deux ont frôlé la paraplégie lors de chutes graves.

Pourquoi n’y voit-on que des sauts dans des paysages rocheux ? Imaginez un film d’une heure de cross-country dans la gadoue liégeoise, suivi d’une heure de nettoyage de vélos, le tout sur une musique de Georges Moustaki... il aurait certainement moins de succès.
On peut juste reprocher à Kranked et consorts de se cantonner à un seul style de musique qui à la longue devient gavant - mais on peut toujours couper le son venant de la télé et s’écouter un disque de Led Zeppelin, ça le fait aussi très bien.

Bref, chez les Vététeux-du-net, Frappadingues et autres vétététeurs, à part l’apparition de vêtements moins étriqués pour certains et de tout-suspendus plus robustes chez d’autres, la révolution freeride annoncée par les médias n’a pas eu lieu.
Tous les vététistes ne sont donc pas des adolescents immatures en mal de reconnaissance sociale, et c’est rassurant.

Beaucoup d’entre nous nous sommes orientés vers le matériel qui nous convient : vélo plus polyvalent de type " enduro ", matériel plus solide mais pas beaucoup plus lourd, etc.
Même les champions finissent par délaisser la compétition pour s’orienter vers une pratique " plaisir ", à la fois plus mûre et mois tape-à-l’ ?il.

Le freeride non-marketing est tout compte fait une évolution logique vers plus de solidité, plus de sécurité, plus de confort, et surtout plus de plaisir.






Auteur - Sergio




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