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  L’Atlas Marocain en VTT


(19/03/2003)

<REP|SITE/1999/maroc>Quelle drôle d’idée que d’aller pédaler dans des contrées lointaines, alors que nous étions loin d’avoir épuisé le gisement de chemins de notre beau pays ? C’est en gros ce qui m’est venu à l’esprit lorsque que Jean Paul me propose un périple dans l’Atlas marocain en compagnie de quelques autres acolytes.

A la réflexion, la proposition n’était pas dénuée d’intérêt, et autant on nous rabat les oreilles avec des images de désert saharien, autant l’Atlas n’était pour moi simplement qu’un nom sur une carte.
Nous sommes finalement cinq sur les rangs, Franck, Jean-Claude, Jean-Paul, Lionel et moi-même.

Franck sera la locomotive du groupe, une locomotive qui consomme un peu cependant au vu des quantités pantagruéliques de nourriture qu’il est capable d’ingurgiter à chaque repas.

Jean-Claude est le seul VTTiste non Lyonnais de la bande, il a séjourné dans notre belle ville naguère, mais s’en est bien vite retourné dans ses montagnes savoyardes. Jeune papa, il assurera le rôle de pitre patenté pendant tout le séjour, ses ressources en termes de plaisanteries douteuses, sons divers et variés semblent inépuisables.

Jean-Paul, après avoir été l’homme de la négociation commerciale, sera le censeur de Jean-Claude, veillant à ce que ses propos et ses actes ne débordent pas trop des limites du bon goût.
Lionel, avec qui j’étais déjà parti faire Clermont-Montpellier l’année dernière (en compagnie d’un troisième Larron privé de raid cette année), à la vélocité inégalée dans les descentes.
Et votre serviteur.

Du coté de nos accompagnateurs nous avons :
Jennifer sur le vélo, qui nous guidera sur les chemins, et qui ne craint pas beaucoup de représentant de la gente masculine sur un vélo.
Christian au volant de son 4x4 suiveur, qui semble connaître la région comme sa poche et toujours prêt à se plier en quatre pour la réussite du séjour.

Samedi

La tournée de ramassage commence, chacun a emmailloté plus ou moins amoureusement sa fidèle monture en vue du voyage dans les soutes de l’avion et à subir une manipulation peu méticuleuse. Le seuil fatidique des 15kg de bagages est allègrement dépassé par la plupart, mais les hôtesses d’embarquement ne sont pas tatillonnes. Après de longues heures d’attente, nous embarquons vers 20h30. Dans l’avion, les places sont assez exiguës, et il ne fait pas bon avoir de grandes jambes. Le vol est sans histoires, Jean Claude assure l’ambiance ainsi qu’un volume sonore constant pendant les 2h30 de vol ?

A Marrakech, c’est le retour des températures estivales, à presque minuit, il fait encore 24°C ! Nous récupérons nos précieux bagages, les housses ne semblent pas avoir trop souffert, espérons qu’il en sera de même pour leur contenu. Un douanier zélé enregistre les 5 spads sur le passeport de Jean Claude, histoire de s’assurer que nous ne les vendrons pas sur place ?

Christian et Jenny nous attendent, il est trop tard pour rejoindre le premier bivouac ce soir (200km, six heures de route). Ils ont monté le camp dans un camping en dehors de Marrakech. La nuit se passe dans le caquètement et cocoricos des nombreux poulets noctambules qui peuplent les lieux. Il s’en faudra de peu pour que Jean Paul n’en saigne un pour l’exemple.

Dimanche

Alors que Jean Claude se prélasse sous la douche (peut être la dernière de la semaine ?), nous plions le camp sans perdre de temps. L’escale petit déj. / courses à Marrakech nous permet d’appréhender les habitudes de conduite locales : Piétons, cyclistes, bourricots, voitures, camions se mêlent dans une rafraîchissante pagaille, sous le regard placide des agents de la force publique qui sont postés à chaque carrefour du centre ville.
Nous prenons ensuite la route à bord du 4x4 : sept passagers avec armes et bagages à l’intérieur, six vélos sur le toit, direction l’Atlas et le dépaysement. Les faubourgs de Marrakech sont très animés, beaucoup de trafic, les étals de réparateurs de mobylettes côtoient les boucheries en plein air (qui pourraient toutes s’appeler "au bonheur des mouches").

Peu à peu, nous quittons la carte postale, étape à Azilal, une petite ville où une préfecture à l’architecture Hi Tec côtoie un centre ville qui fait un peu bidonville. Ici, les bourricots se repaissent des ordures.
Petit à petit, la route devient plus escarpée, les villages semblent plus désolés, chaque filet d’eau qui coule au fond des oueds est exploité au mieux pour les cultures, et le vert de celles-ci contraste avec le paysage caillouteux ambiant. Finalement la route devient une piste. Le paysage se fait plus montagneux, nous arrivons au bivouac vers 15h 30, après avoir parcouru 230km.

Il nous reste 2h30 de clarté pour monter le camp et les vélos. Tout va bien, pas d’avarie à déplorer, et personne n’a oublié son pédalier ou sa potence en France. La température descend rapidement de concert avec la luminosité, le vent n’arrange rien aux chose. Certains font un galop d’essai sur leur vélo, ça piaffe d’impatience dans le paddock !

Pendant que Christian et Jenny s’affairent au repas (c’est cool les raids organisés !), nous descendons faire un tour dans le village qui se trouve sous le bivouac, malheureusement, la nuit tombe vite, et nous ne croisons que des ombres. On peut cependant deviner que les conditions de vie locales sont assez éloignées des normes européennes (pas d’électricité, ou alors par batteries pour la TV satellite (!), pas d’eau courante ?)

De retour au camp, le repas est prêt, et nous n’avons qu’à mettre les pieds sous la table. Bonne nouvelle, nos guides sont de fins cordons bleus. Sans doute par vengeance envers les gallinacés trop bruyant de la nuit dernière, Jean Paul reprend trois fois du poulet.
Dodo à 20h30, ce sera la tendance du raid : les soirées seront courtes.

Lundi

La nuit fut fraîche mais assez peu interrompue, les premiers signes d’activité se manifestent vers 7h, le jour est levé, mais le soleil ne réchauffe pas encore le camp. Jean Claude a déjà bondit de sa tente, s’est mis en cuissard, a plié sa tente, entassés ses sacs avant tout le monde. Après un solide petit déjeuner, nous sautons sur les vélos pour remonter la vallée.

Concernant la météo, si les nuits sont fraîches, la journée, le mercure flirte avec les 22-23°C, voire plus dans les passages exposés, pas besoin de cuissards longs donc, une bonne nouvelle de plus !

La piste est très large et roulante, nous croisons quelques camions exportant le fruit des récoltes locales, dans les villages, les gamins qui se rendent à l’école nous apostrophent avec un récurant "Tu m’donnes un stylo ?", le stylo semble être une denrée rare par ici, un peu plus tard, Christian nous apprend qu’il s’agit là d’une requête "générique". Au passage je sème quelques vis de fixation de petit plateau, sans doute le résultat d’un entretien trop minutieux ?
Grâce à la présence d’un oued permanent, cette vallée est prospère, la production locale (pommes et patates principalement) est même exportée. De plus, elle semble s’ouvrir petit à petit au monde extérieur (tentatives d’ouvertures de gîtes, travaux destinés à faciliter l’accès ?).

Arrivés au fond de la vallée, nous grimpons une grosse bosse roulante qui mène à notre premier col, la pente est raisonnable, mais la piste est caillouteuse.

Déjeuner au col, entre temps Jean Claude, se sentant pousser des ailes à l’issue d’un break à mi-pente, a oublie son camelback en chemin, il est paraît-il coutumier du fait et nous nous sommes bien gardés de lui dire que son sac à été chargé dans le 4x4, histoire de le faire redescendre un peu ?

La vue au col est panoramique, les plus hauts sommets sont enneigés, on voit au loin notre vallée prospère, à part ça, le paysage est très minéral.

La suite du trajet est en faux plat montant pour arriver au point culminant du raid : un col à presque 2800m. Franck et Lionel gouttent assez peu l’ivresse des cimes et se plaignent de maux de tète. Heureusement, la piste est ensuite exclusivement descendante jusqu’au bivouac.

Malgré les recommandations de prudence de Christian et Jenny, Lionel inaugure la première chute et visite un ravin : à la faveur d’une ornière, son vélo et lui-même ont pris des trajectoires divergentes, le premier restant sur la piste, le second partant jardiner, sans trop de mal heureusement, quelques mètres plus bas.

Notre bivouac se trouve à coté d’un village de pierres, presque lunaire, à l’instar de cette nouvelle vallée. La seule végétation est sous forme d’arbres rabougris, paraît-il millénaires. Grosse déception pour ce deuxième bivouac, même loin de tout comme ici, nous avons la possibilité de pendre une douche tiède : Un coin du véhicule à malice se transforme en mini salle de bain. L’organisation marque encore un point. La nuit tombe très vite, à 18h c’est la pénombre et à 18h15 la nuit noire.

Nous n’aurons pas de voiture suiveuse demain, la soixantaine de km de piste est par endroits impraticable, même pour un 4 roues motrices. Les orages de septembre ont emporté des tronçons de piste et même des ponts. Il est donc interdit de se faire mal et de semer son Camelback derrière soit.

Encore une fois, l’excellent repas sous la tente réfectoire a des vertus reconstituantes. Dehors la température chute rapidement et le froid est saisissant, vite aux duvets !

Mardi

Malgré le froid la nuit a été globalement bonne, sauf pour Jean Claude, qui dit avoir eu un peu froid. Attendant que le soleil vienne réchauffer le camp, seule la perspective de dévorer quelques mètres de quatre quarts arrive à faire sortit Franck de son duvet.
Pour cette étape sans assistance, Jenny se charge comme une mule de tout un nécessaire de survie. Nous nous répartissons la nourriture du pique-nique, ainsi que d’eau en quantité : il va faire chaud et pas de ravitaillements possibles. Par rapport à un raid en autonomie, la charge est plus que raisonnable, sans doute moins pour Jenny. Christian lui repart par là ou nous sommes arrivés la veille, et se prépare à faire un long détour pour nous retrouver ce soir au bivouac.

La première partie du trajet est une bonne bosse, heureusement roulante, nous croisons de nombreux équipages hommes / bourricots, se rendant au village ou nous avons dormi pour le souk. Certains sympathiques quadrupèdes, peu habitués à croiser des hurluberlus en vélo, sont assez effrayés en nous croisant, le mieux est alors de mettre pied à terre et d’attendre qu’ils nous aient croisés.
Une femme qui se rend au souk s’est visiblement vautrée de son bourricot, elle est profondément ouverte sous le nez, au dessus de la lèvre, Jenny tente de réparer les dégâts, mais il faudrait la recoudre ? La brave dame repart cependant, connaissant le manque d’asepsie qui règne par ici, nous la voyons partir avec inquiétude. Cela aura au moins pour vertu de calmer les aspirants descendeurs émérites pour la suite des événements.

La montée se poursuit, le paysage est toujours aussi immense et lunaire. Photo au premier col de la journée, avant de changer de vallée par une très longue descente. Suite à la chute d’hier et au spectacle sanguinolent de tout à l’heure, nous signons un pacte moral de non arsouille : Jean Claude ouvre la marche et chacun jure de respecter le précepte "sur ton prochain tu ne tenteras pas l’intérieur".

Le pitre de service, déride l’atmosphère en se couchant en travers du chemin au détour d’un virage ’gazeux’, non sans avoir accroché son vélo à un arbre dans un simulacre de râteau d’anthologie. De loin la scène est assez réaliste, et tout le monde croit au carnage, avant d’être à la fois plié en deux et atterré par tant de c ? de la part du doyen du groupe, jeune papa de surcroît.
Au fur et à mesure que nous descendons, le décor change. Après la lune, on se croirait maintenant en plein western spaghetti avec, soleil, poussière, chaleur. Sur les cimes, les apaches nous guètes c’est sur ?

Arrivés sur le premier bled de cette nouvelle vallée, nous rencontrons un groupe de français en 4x4 rutilants, forcés de faire demi-tour face à une absence de piste. L’ambiance au sein de ce groupe de concitoyens est moyenne : Si les hommes semblent bien gérer cet imprévu, leurs épouses paraissent l’apprécier beaucoup moins. Il ne manquerait plus que la climatisation tombe en panne et ce serai un véritable drame pour elles.

Nous poursuivons notre route, par moment obligés de porter, les orages ayant ni plus ni moins fait disparaître pistes et ponts. Pique-nique au bord de l’eau, Lionel le lézard ne résiste pas à l’appel du rocher chauffé par le soleil, et expose ses croûtes de la veille à la morsure de l’astre lumineux. Les guêpes ont l’air contentes de nous voir, la cohabitation est mouvementée mais reste courtoise.

Le redémarrage est difficile comme toujours après un pique-nique au soleil, nous quittons la vallée avec trois cols au programme de l’après midi. Nous grimpons sous une douce chaleur, dans des paysages de pins qui rappellent les Alpes de haute Provence. Nous dépassons de rares masures en pierre avec enfants et chiens à chaque fois au programme. Dans l’ascension du deuxième col, je perds l’usage de mes trois plus gros pignons, étant déjà privé de petit plateau c’est fâcheux. En bricolant un peu, je récupère les pignons les plus utiles dans ces reliefs.

Nous arrivons finalement au sommet de la descente qui commande l’arrivée sur le troisième bivouac qui se trouve au bord d’un gros oued permanent. Fidèle à lui même, Lionel ouvre la marche, c’est ma fête aujourd’hui car je saccage un pneu tout neuf alors qu’il me semblait être extrêmement prudent, après avoir rafistolé le malade je continue sur des ?ufs. Arrivés au lieu du bivouac, un léger flottement s’installe car Christian ne semble pas être arrivé. Ouf ! Nous le retrouvons au détour d’un petit bois au bord de l’oued, il vient tout juste d’arriver lui aussi.

Nous sommes à 1700m et la température est beaucoup plus clémente qu’hier. Repas dans un silence religieux. Pour tenter de nous occuper, plutôt que de se coucher avec les poules, Christian allume un feu grâce aux nombreux bois morts laissés par la crue de l’oued. Il est intéressant de noter que le feu marocain, comme son cousin français à cette faculté de vous griller la face, tout en vous laissant le dos parfaitement glacé. Nous veillons royalement jusqu’à 9h !

Mercredi

La nuit est tempérée mais humide, proximité de l’oued oblige. Durant tout le bivouac, la petite fille de la maison voisine aura été une spectatrice assidue et silencieuse du spectacle offert par ces français, au demeurant bien gentils, mais un peu bizarres.

L’itinéraire de la journée emprunte dans un premier temps une vallée encaissée au fond de laquelle coule une rivière tumultueuse. Cette piste est un enchantement de lauriers et de fraîcheur. On se croirait par moments en Ardèche méridionale. En bout de la vallée, nous passons un imposant chantier visant à élargir la piste, et ainsi de permettre le passage de camions, et non plus des seuls Land Rover hors d’age que nous avons croisé ça et là.

Comme hier, pique nique au bord de l’eau, nous passons ensuite un bled suréquipé : éclairage public, épicerie, café gîte avec TV satellite ! Nous faisons provision d’eau, car celle-ci sera plus que rare au bivouac ce soir. Pause Coca / café avant d’attaquer une grosse bosse de 7km "annoncés".

Cette Ascension s’avère être un morceau de bravoure, non pas pour cause de dénivelé himalayen, mais par le fait qu’elle est complètement minée de cailloux et de trous, ce qui la rend particulièrement peu roulante voire trialisante par endroits. Arrivé au sommet, le spectacle est heureusement assez unique : le soleil est déjà bien bas et donne un aspect irréel à ce désert montagneux.

Il est temps de descendre au bivouac car il est déjà assez tard. Nous montons le campement au milieu d’un plateau pelé, sous le regard amusé de quelques curieux surgis de nulle part, les distractions sont rares dans la région.

La nuit s’annonce bien fraîche, heureusement, nos accompagnateurs, jamais à court de ressources, sortent un chauffage du 4x4 à malices pour chauffer la tente collective. A quand la télé et l’eau courante dans les canadiennes ?

Concernant le programme du prochain et malheureusement dernier jour, Christian nous propose deux alternatives. La première consiste simplement à faire l’étape 4, la seconde est d’y ajouter la deuxième moitié de l’étape 5 dont nous devions être privés pour cause d’horaires de vol d’arrivée trop tardifs à Marrakech.

C’est la deuxième option qui remporte les suffrages, demain nous nous lèverons une heure plus tôt, pour passer l’étape 4 dans la matinée, ensuite transition en 4x4 jusqu’à mi-étape 5 pour finir sur le vélo avec bivouac au bord d’un lac d’altitude.

Coté bobos, rien de très significatif, touchons du bois, simplement une mystérieuse épidémie d’irritations d’une partie charnue de l’anatomie des participants, les recettes curatives sont diverses, certains poussent le vice jusqu’à avoir recours au collage de morceaux d’élastoplaste ! Nous ne soufrons pas plus que d’habitude de la nuit froide (il a gelé), par contre un chien bruyant réunit tous les suffrages contre lui.

Jeudi

Réveil à 6h pour partir à 8, la première bosse est un peu semblable à l’odieuse ascension d’hier, heureusement en beaucoup moins long. Nous suivons ensuite un chemin descendant doucement, au milieu d’un plateau couvert de petits arbustes. A l’instar du lapin blanc dans "Alice au pays des merveilles ", Jenny craint que nous prenions du retard au regard du programme rallongé de la journée. Elle nous invite donc à passer du mode "croisière paisible" au mode "Convoyage rapide".

Note : sur une échelle de 1 à 5 décrivant l’allure d’une sortie VTT, on trouve respectivement.

1. Le mode "croisière paisible". 2. Le mode "convoyage rapide". 3. Le mode "rythme soutenu". 4. Le mode "arsouille". 5. Le mode "à l’agonie partout".

Tout en gardant une confortable marge de sécurité (surtout Lionel qui pincera de l’avant sur une réception de saut ?) nous forçons légèrement l’allure sur ces chemins caillouteux mais descendants, et limitons les pauses photos/pipi à leur plus simple expression ? Cela a pour conséquence de mettre le 4x4 et Jenny largement dans le vent, mais nous aurons consommé l’étape dans la matinée.

Pique-nique au point où la piste rejoint une route goudronnée. Christian accroche les vélos derrière le 4x4 (décidément, tout est prévu sur son engin) et nous embarquons pour deux heures de liaison route/piste jusqu’à rejoindre une piste au bord d’un oued.

Nous nous remettons en selle pour l’ ultime demi étape : il faut remonter la vallée par une piste amphibie, les derniers orages on fait que celle ci emprunte bien souvent le lit de l’oued. Nous passons nos derniers villages, leurs chiens aboyeurs/mordeurs, leurs enfants en quête de stylos, puis c’est la montée vers un col qui mènera à la route du dernier bivouac.

La montée vers le col est plutôt facile, le gros de la troupe roule à une allure sénatoriale, comme pour apprécier ces derniers kilomètres de piste marocaine. Malheureusement, après le col, suit une longue piste très très large, au beau milieu d’un plateau, transformé en chantier par d’énormes engins de terrassement. A croire qu’une autoroute 4x4 voies est en construction.

Nous arrivons vers 16h au bord du lac pour planter notre dernier bivouac. Au cours de la journée, le temps jusqu’à présent ensoleillé est devenu couvert, le baromètre descend lentement, une perturbation arrive. Le montage des tentes est maintenant une formalité, au bout de 5 montages nous sommes maintenant rodés à la man ?uvre.

Après un chocolat réparateur, et grâce à l’impulsion de Christian, nous nous attelons à démonter nos vélos. Dommage que l’eau du lac ne peut pas servir à la toilette des spads : La rive est boueuse et vaseuse et il est difficile d’approcher sans s’enfoncer jusqu’aux chevilles. Tous les vélos sont emmaillotés à la nuit tombée.
C’est ensuite le dernier repas dans la yourte (la tente collective), et à nouveau l’occasion de bâfrer les bons petits plats de notre cordon bleu de service.

Mais à la fin du repas, misère, il se met à pleuvoir.
A partir de ce constat, les choses s’accélèrent franchement, si la pluie vient à persister, pas question de redescendre par la piste escarpée et l’oued par lesquels nous sommes arrivés. Soit nous plions rapidement bagages, soit nous risquons un long périple vers Marrakech (galère) en contournant les passages rendus impraticables par les éboulements courants par temps de pluie.

Le consensus est rapide, et tout le monde s’affaire à replier le camp. En moins de trente minutes les tentes sont plies/rangés, les vélos sur la galerie et les bagages entassés, de même que leurs propriétaires au fond du Toyota.

Malgré la pluie naissante, la piste est encore praticable, Christian entame une descente cahoteuse vers la vallée. Vu de la banquette arrière, cela ne semble pas terriblement impressionnant (par moments, il nous semblait que le 4x4 était bien incliné cependant) et le pilote émérite nous confirmera plus tard que si un passage avait été un temps soit peu dangereux, il nous aurait débarqués pour le passer. On pouvait cependant noter certains silences pesants lors de passages un peu "chauds", témoins d’une petite tension à bord.

Nous fûmes ensuite abondamment ballottés dans la vallée, à la recherche de la bonne piste dans le labyrinthe de l’oued. Au bout de plus de trois heures de ce régime, des témoins encore conscients nous affirment que nous avons rejoint la route. En ce qui me concerne, est ce du à la fatigue ou aux innombrables coups de tète donnés au plafond et aux cloisons ? Toujours est t’il que j’avais sombré depuis bien longtemps.

La route ne fut cependant pas synonyme d’itinéraire de tout repos, dans la région, du fait des intempéries, nombreuses sont les coulées de boue sur les routes, certaines assez importantes pour entraver notre progression. De plus, sans doute déçu de s’être tiré de la piste du col et de l’oued à si bon compte, Christian nous embourbe à 1m du bord de la route, en recherchant un endroit pour finir la nuit...
Le sol mouillé a des propriétés particulièrement glissantes dans cette belle région. Une couche de boue liquide de 2 cm recouvre une seconde strate parfaitement dure, le tout formant un ensemble des plus lubrifiant. Malgré les 4 roues motrices, pas moyen de passer un petit fossé de 30cm ! Après avoir bouché celle ci avec des pierres, et suite à une petite séance de poussage, Christian passe l’obstacle, dans une très belle trajectoire parabolique, en glisse des 4 roues pour se retrouver enfin sur la route.

Tirés de ce mauvais pas, nous continuons notre route, en quête d’un endroit à peu près sec pour dormir quelques heures. Vers 2h30, nous plantons les tentes sous des arbres, et toujours sous la pluie.

Vendredi

Le temps est toujours maussade, nous profitons d’une accalmie pour plier les tentes et nous précipiter à nouveau dans le 4x4, prochaine étape Marrakech.

En quittant les montagnes, nous retrouvons peu à peu la civilisation. Notamment la bienveillance traditionnelle des gendarmes marocains envers les véhicules de touristes. Arrivés en début d’après midi dans Marrakech, nous retrouvons la cohue auto / hipo / bourricot mobile traditionnelle de la ville. Direction l’hôtel pour un décrassage bien utile.

Cette formalité hygiénique marque la fin de notre périple à proprement parler, nous troquons alors notre statut de VTTistes en goguette, contre celui de touristes visitant les souks de Marrakech, avec plus ou moins de bonheur. Pour résumer Lionel a particulièrement apprécié, moi un peu moins ? Là encore, Christian et Jenny sont aux petits soins pour nous, et nous guident pour éviter les écueils de cette jungle mercantile. Notons qu’il existe plusieurs méthodes de marchandage, Christian est partisan de l’attaque frontale.

Nous séjournons dans Marrakech jusqu’au lendemain soir (le samedi), petite angoisse à l’enregistrement des bagages toujours pour des histoires de poids, tout ce passe bien, de leur coté nos accompagnateurs se préparent également à rejoindre la France par la route. Nous sommes de retour à Lyon vers minuit après un vol dans des places exiguës qui nous font regretter le "confort" du Toyota.
Encore 1000 mercis à nos guides pour leur organisation sans faille et leur gentillesse, c’était le premier raid organisé auquel j’ai eut la chance de participer, ils ont placé la barre très haut.

Atlas Expedition

Atlas Expédition est une association créée en 1989 et a organisé son tout premier raid VTT au Maroc en 1990. Depuis, de nombreux groupes ont sillonné bien d’autres chemins à leurs côtés dans les différents pays proposés. Les raids se déroulent sous la forme de randonnées sportives et s’adressent à des vététistes confirmés, qui pratiquent régulièrement et sont en bonne condition physique.

La Logistique

Chaque raid Atlas Expédition est encadré par des professionnels de la montagne, titulaires de brevets d’état, ils sont tous passionnés de VTT, connaissent parfaitement les pays dans lesquels se déroulent les raids. L’organisation, parfaitement rodée par de longues années d’expérience, met en oeuvre du matériel adapté, parfois fait sur mesure pour assurer un maximum de confort, de sécurité et de plaisir, quel que soit l’endroit et les conditions du moment. Quasiment tout, excepté les VTT et les sacs de couchage , est fourni à savoir :

Véhicule 4x4 d’assistance, tentes 2 places, tente mess pour les soirées, matelas, douches, éclairage, tables, chaises, popote complète, couverts, caisse à outils, gps, ...
Les participants n’ont rien à transporter, chacun roule à son rythme, des regroupements ont lieu de loin en loin, pour le picnic, et le soir pour le bivouac.

Les Raids

- 7 pays : Irlande/Libye/ Pakistan/ Maroc/ Ecosse/ Tunisie/ France
Coordonnées
- Atlas Expédition, 105 rue François Descotes 73000 CHAMBERY
- Tél/Fax : 04.79.62.69.19 / portable : 06.86.34.34.86
- email : atlas.expe@wanadoo.fr
- Web : http://perso.wanadoo.fr/atlas.expe/



Auteur - Fréderic Vailler




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