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  La Voie Verte de Bourgogne du sud Châlon-Cluny-Macon


(7/04/2014)

"Manœuvrer des vélos alourdis de sacoches, au milieu des autres voyageurs et de leurs bagages, relève d’une symbiose entre le combat de coqs, la manutention, et un jeu d’adresse."

Cela commence par un beau moment de stress. Sur ce quai blindé de monde, le train qui se présente n’est pas celui que nous attendions. En lieu et place d’un autorail moderne, de ceux qui ont le bon gout de disposer d’un plancher à la hauteur du quai et de larges espaces destinés aux vélos, arrive un classique train aux wagons Corail perchées haut. Nous devons nous frayer un chemin avec nos vélos et nos bagages à la recherche de la voiture qui accepte les vélos. La première ne dispose que d’un crochet sur les deux prévus. La pression monte. D’autant plus qu’arrivent à l’horizon d’autres cyclistes. Je nous imagine déjà restant sur le quai, regardant s’envoler notre week-end dans la poussière du train s’éloignant sans nous.

La 2eme pioche est la bonne. Reste que les emplacements vélos ne sont que des adaptations. Des crochets fixés au toit dans la zone initialement prévue pour stocker les bagages entre les toilettes et le couloir. Manœuvrer des vélos alourdis de sacoches, au milieu des autres voyageurs et de leurs bagages, relève d’une symbiose entre le combat de coqs, la manutention, et un jeu d’adresse. Et c’est avec soulagement que je m’écroule à ma place en regardant s’éloigner la ville par la fenêtre.

"Une voie verte, c’est le beurre, l’argent du beurre, la chaine et la montre, la crémière et son fondement."

L’idée de ce petit périple nous est venue un peu par hasard, en regardant un reportage sur l’Ecosse. Mais avant d’aller dire bonjour à Nessy en vélo - et comme nous sommes des gens désespérément raisonnables - nous nous sommes dit qu’il serait peut être bon de commencer par se la jouer petit braquet, histoire de voir si nous sommes vraiment fait pour cela. C’est ainsi que nous avons repéré la voie verte Chalon-Cluny-Macon, vers laquelle nous nous dirigeons grâce aux services de Madame SNCF.

Une voie verte, c’est le beurre, l’argent du beurre, la chaine et la montre, la crémière et son fondement. Ces voies sont aménagées et ne sont ouvertes qu’aux vélos, rollers ou piétons ainsi qu’aux canassons, qui ont le plus souvent la drôle d’idée de trimballer un humain sur leur dos. Point de moteurs, de trucs qui puent (hormis le crottin) ou qui vont vite. On reste en famille, entre personnes avançant lentement, au rythme de nos mollets. Ensuite une voie verte est le plus souvent isolée de la circulation . Isolée et éloignée, donc point de pétarade, seuls les bruits de la nature vous accompagnent. Et enfin, elle présente une dénivelée raisonnable, ce qui la rend accessible au plus grand nombre et, en la circonstance, ce qui arrangeait la femme de ma vie.


Celle que nous avions choisi part de Chalon sur Saône et arrive aux environs de Macon. Elle affiche un total d’environ 70km sur sa partie aménagée. C’est une ancienne voie de chemin de fer sur la plus grande partie du tracé, donc avec des pentes très raisonnables. Et elle est longée par de nombreux point touristiques et hébergements.

"Des ouvrages d’art apparaissent, typiques de l’architecture ferroviaire du XIXeme. On se prendrait presque pour un conducteur de loco".

Arrivés à Chalon-sur-Saône, il est l’heure du pastis. Comme ma blonde ne bois pas d’alcool et que je n’aime pas le « jaune », nous décidons de le remplacer par un plat du jour dans la vieille ville. Avantage du vélo, il permet d’accéder au centre-ville piétonnier sans se soucier de se garer. Ainsi peut-on tourister tranquillement, tailler la bavette en terrasse avec deux mamies locales, et nous régaler d’un plat du jour sous un parasol accueillant. La partie compliquée de ce programme va être de remonter sur les vélos à l’heure de la sieste.

Retour à la gare sous un soleil chaud. Une piste cyclable urbaine, très bien faites et isolée de la route, nous permet de sortir en toute sécurité de la ville et de rejoindre le départ de la voie verte. On se guide au GPS car la signalétique pour la voie verte n’est pas terrible. En prime nous perdons du temps avec une des sacoches qui se prend dans les rayons du vélo d’Elizabeth et déchire une couture. On arrange cela tant bien que mal et nous repartons. Un groupe d’enfants en rollers se livre à une petite compétition d’adresse sur les 1ers mètres de la voie verte. Nous longeons leurs quilles, répondons à leurs saluts et entamons nos 1ers kilomètres. Devant nous un long ruban de bitume s’enfonce dans les champs.

"Un coup d’œil sur mon compteur m’indique qu’il va y en avoir 10 de plus que le quota de kilomètres maximum que j’avais promis de ne pas dépasser et par conséquent une possible soupe à la grimace à l’arrivée."

Très vite on sent l’ancienne destination des lieux. Le chemin est parfois surélevée d’autre fois en tranché, afin de « lisser » la pente, comme le sont les voies de chemin de fer. Des ouvrages d’art apparaissent, typiques de l’architecture ferroviaire du XIXeme. On se prendrait presque pour un conducteur de loco.Nous progressons dans une pente continue, qui semble augmenter au fur et à mesure. Si ce n’est pas une contrainte pour moi, en revanche ma compagne commence à souffrir un peu. D’autant qu’à son manque d’entrainement s’ajoute un vent de face des plus désagréable. Un coup d’œil sur mon compteur m’indique que la liaison entre la maison et la gare, couplée à notre visite de la ville, a largement augmenté le quota de kilomètres maximums que j’avais promis de ne pas dépasser. Là je calcule qu’il va y en avoir 10 de plus et par conséquent une possible soupe à la grimace à l’arrivée.

Nous arrivons à Buxy, la première ville du parcours, avec un petit moral, voire une vraie tension. Nous traversons la gare, totalement conservée et transformée en office de tourisme. Point d’eau, bancs et installations, permettent aux usagers de faire une pause. Notre orientation nord vire maintenant à l’ouest. Terminé le vent dans le nez. Mais la pente reste présente. Nous avançons doucement en bavardant et en faisant des pauses. La voie est maintenant totalement isolée par des talus bordés d’arbres. Une longue coulée verte, bruissante d’oiseaux. Nous croisons deux types qui avionnent en rollers, une main derrière le dos, en cadence. Quelques rares piétons. Pas d’autres bruits que ceux de nos vélos et de la nature. Parfois notre chemin croise une route ou un chemin agricole, souvent balisé par une petite maison de garde-barrière, bordées de petit jardins fleuris.

A St Boil, le paysage change. Nous quittons bois et champs pour un paysage de vignes. Nous sommes en Bourgogne. La voie continue à grimper mais je sais que nous sommes au bout de nos peines pour la journée. Nous traversons la départementale sur un ancien passage à niveau. A cet endroit la pente s’inverse et nous descendons régulièrement jusqu’à la gare de St Gengoux le National. Ici la gare était importante. Le bâtiment est beaucoup plus grand que toutes les autres gares qui jalonnent le parcours. On y trouve deux grands quais couverts, avec un dédoublement des voies. C’est probablement là que les locomotives se croisaient, le reste se faisant à voie unique. La grosse pompe à eaux est encore présente, ainsi que les bâtiments et infrastructures commerciales, destinées aux marchandises. Un loueur de vélos s’est installé dans la gare, tandis qu’une partie des bâtiments annexes ont été reconvertis pour aménager des sanitaires pour la halte camping-cars. Les murs de soutènement de la tranchée d’accès accueillent un petit mur d’escalade et partout on trouve des bancs. Nous profitons du lieu pour faire une petite pause. Maintenant cela va être plus facile car nous allons descendre.
Bien sur, la pente n’est pas grande, mais c’est suffisant pour ne plus forcer sur les pédales, voir se laisser descendre. Le paysage change encore. Nous rentrons dans la vallée de Cluny. Les vignes laissent place à des prés et des bois. La zone est plus humide et de nombreux étangs jalonnent nos derniers kilomètres, ainsi que des rivières que nous franchissons sur des ponts d’acier, témoignages de l’industrie du fer au XIXeme siécle.

Enfin un balisage nous indique la direction de Malay. Nous quittons la voie verte à la hauteur d’une minuscule halte ferroviaire, pour rejoindre l’entrée du village. Nous le traversons en nous régalant les yeux des maisons de pierres qui le compose. Enfin nous entrons dans la cour de notre gîte.

C’est heureux car même moi je commence à ressentir la lassitude. Mon vélo est chargé et la position « nez dans le guidon » du vtt n’est pas très confortable pour un parcours routier. La propriétaire des lieux nous accueille. Elle regarde nos vélos d’un œil connaisseur voire gentiment réprobateur. Nous apprendrons qu’elle a longtemps travaillé dans le cycle, car son père était propriétaire d’une marque de matériel de cycle prestigieuse. Aussi regrette-t-elle mes roues Japonaises en lieu et place de la marque Savoyarde qu’elle connait bien.

En rangeant nos vélos dans le local, nous y découvrons deux superbes vélos de randonnée, équipés en Rohloff. Ce sont les vélos du couple avec qui nous logeons dans la maison d’hôtes et qui nous invitent à partager un verre de Bourgogne Blanc à l’ombre de la terrasse. En voyage, ce couple d’origine Américaine pour lui et Britannique pour elle, découvre la région à vélo. Nous utilisons un sabir mélangeant Français et Anglais pour faire connaissance autour d’un verre. Les chambres d’hôtes sont souvent l’occasion d’enrichissantes rencontres. C’est encore le cas ici.

"Nous trouvons porte close chez le volailler chez qui nous comptions nous fournir, et que l’on nous avait vanté comme étant un artiste du sandwich."

Le lendemain, nous prenons notre temps, la journée est à l’heure du tourisme. Nous nous arrêtons à Cormatin, en empruntant la voie verte sur quelques kilomètres, pour visiter le château. La truculence de notre guide rend la visite des plus agréables, remplie d’anecdotes et de détails amusants. Mais il nous faut penser à repartir. La voie verte est beaucoup plus plate à partir de Cormatin. Elle traverse des prairies et des bois. On longe un moment la départementale aux alentours de Theizé, village historique, connu pour sa communauté religieuse, avant de retrouver le calme des bois. C’est idéal pour papoter, profiter du paysage, des chants d’oiseaux.
Là nous commençons à croiser de plus en plus de monde.

La voie est une succession de petits ouvrages d’art, de petites gares , souvent aménagées en halte cycliste. Ma compagne souffre un peu, elle a laissé de l’énergie la veille. Enfin nous arrivons à la gare de Cluny qui grouille de monde car s’y trouve un loueur qui propose vélos, tandems, et même des trikes. Le beau temps y est propice aux affaires. Nous partons trouver du ravitaillement dans la ville. L’accès par la gare y est délicat et il n’y a pas de pistes ou de voies cyclables pour rejoindre le centre. Nous trouvons porte close chez le volailler chez qui nous comptions nous fournir, et que l’on nous avait vanté comme étant un artiste du sandwich. Dommage mais on se console chez le chocolatier qui propose des tueries pour les gourmands. Nous ne nous attardons pas en ville, même si l’abbaye est absolument à visiter. Nous reviendrons avec les enfants une prochaine fois.

Sortie de Cluny, la voie verte prend une autre dimension et l’on quitte l’ancien tracé de la voie de chemin de fer. Une piste cyclable, bien séparé de la route, longe un moment la ligne du TGV, avant de commencer à grimper doucement dans les reliefs. Car nous avons quitté la plaine et roulons maintenant sur les collines qui entourent Cluny. De petits coups de culs se succèdent, mettant à mal les énergies. Nous déballons nos sandwichs à l’ombre dans une des aires de repos qui jalonnent l’itinéraire. Mais nous ne pouvons pas trainer trop longtemps car nous avons un horaire à tenir et un train à prendre. Nous attaquons le morceau de bravoure du parcours, sous la forme d’une montée courte mais bien pentue. 1km environ à pédaler tout à gauche avec les sacoches. Les 100 derniers mètres se font à l’arrache (voir en poussant, mais je ne dénoncerais pas), sous le cagnard, entre la voie rapide et la ligne TGV. C’est le seul endroit vraiment désagréable du parcours.

Nous replongeons par une belle et courte descente qui retrouve le tracé de l’ancienne voie de chemin de fer. On se trouve dans une tranchée très profonde et sous le couvert d’une épaisse végétation. Plus nous avançons et plus nous ressentons un air frais. Il nous faut nous arrêter et nous couvrir, car nous nous apprêtons à traverser une des curiosités de ce tracé, le tunnel du Bois Clair. Entièrement aménagé et éclairé pour les randonneurs, ce tunnel est le plus long d’Europe réservé aux piétons et aux cyclistes. Il faut 10mn environ pour le franchir à vélo. Même si il y fait frais et humide, c’est un passage assez amusant et on est déçu de voir la lumière qui indique la fin du tunnel. Sa traversée permet de voir le travail de titan que pouvait représenter le percement d’un tel ouvrage. Nous nous laissons tranquillement aller, la pente y étant dans le bon sens.

Une fois dehors il nous faut nous changer de nouveau avant d’attaquer la descente sur l’autre versant de la colline. La voie sur ce côté est de moins bonne qualité, mais ça ne gâche pas le plaisir que nous avons à lâcher les freins sur la longue descente qui nous amène vers Roche Vineuse. On file dans un environnement boisé avant d’atteindre la vallée et de suivre une petite rivière joliment nommée « le Fil ». Là encore l’environnement est très joli, avec des petits bois de trembles, des étangs et une succession de petites routes, de piste cyclables et de petits chemins goudronnés. Un joli passage avant de retrouver la civilisation et les voitures. 1km à longer la route de Macon avant de retrouver la piste cyclable qui relie Prizé à Charnay les Macons. Nous traversons les vignes, le bocage et finalement arrivons sur la gare qui marquait le terminus du chemin de fer et qui aujourd’hui est le point final de cette voie verte.

Il nous reste à rejoindre Macon pour y prendre notre train. Nous délaissons le café de la gare qui existe toujours et dont la terrasse ombragée de platanes nous tend les bras, pour prendre une piste qui permet de rejoindre la ville. Ma compagne marque le pas et la fatigue commence à lui peser. Je la sens à la peine. Nous ne sommes plus très loin mais je fais une erreur de navigation, qui nous oblige à longer l’autoroute sous le cagnard. Une horreur ! J’ai peur qu’elle fasse un malaise, mais elle tient courageusement bon et nous arrivons enfin, dans une ville déserte, à la gare. Nous profitons du buffet de la gare, heureusement ouvert, pour nous reposer avant notre train.

Le retour est marqué par le même stress qu’au départ. Nous sommes 2 couples avec des vélos. Le chef de quai nous indique que les compartiments pour vélo sont en tête de train. Nous recommençons les jongleries pour grimper dans ces wagons haut perchés et allons-nous écrouler dans des fauteuils. A Lyon il y a foule et ce n’est pas simple de sortir de la gare avec nos vélos. Il nous reste encore à rentrer, heureusement uniquement par des pistes cyclables et par les quais. Quand enfin nous arrivons devant notre domicile, Elizabeth me désigne son compteur : 100km !. Pour elle qui fait peu de vélo le chiffre est quasi mythique. Mais cela ne va pas la décourager, car quelques mois plus tard, nous referons le même parcours mais avec les enfants cette fois.

Debriefing

Faire de petits voyages à vélo n’est pas une aventure très compliquée et c’est une manière originale et très plaisante de découvrir un lieu. Les voies vertes sont idéales pour ce type de voyages, surtout si l’on a des enfants ; isolées de la circulation, souvent sans difficultés, aménagées et ne demandant pas d’effort de navigation. Chacun roule à son rythme sans risquer de se perdre.

Coté pratique, il n’est pas besoin d’investir dans du matériel dédié. Nous avons utilisé nos propres vélos, en y adaptant des porte-bagages (pour moi un modèle spécial VTT acheté d’occasion) et des sacoches elles aussi d’occasion. Pour une période courte (2-3 jours) l’idéal si on peut, reste l’hébergement en chambres d’hôtes qui évite le transport de matériel de camping. Ne pas oublier de prendre un cadenas, si on souhaite faire du tourisme sur place (c’est un peu le but).

La voie verte Chalon Macon : très bien entretenu et équipée, elle comporte des circuits annexes qui permettent de découvrir la région, en utilisant des boucles. Il faut bien entendu aller visiter l’abbaye de Cluny. On peut faire usage des lignes de bus pour remonter à son point de départ, ceux-ci prenant les vélos en saison.

Télécharger le dépliant et la carte
La page sur le site Bourgogne Tourisme
La fiche sur la voie verte sur le site de l’AF3V

Hébergements :

Qq adresses sur nous avons utilisées lors de nos deux visites et où nous avons reçu un excellent accueil :

- Notre coup de coeur : La Graineterie à Buxy
- Idéalement placée à mi-parcours : Le Pré Malay à Malay
- Accueil paysan et ferme bio ; La ferme de la Corbette à Cluny

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Auteur - RouelibrE




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