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  Test du kit moteur pédalier Bafang BBS01


(1er/07/2014)

Dans un précédent article, nous expliquions les qualités des moteurs pédaliers en comparaison des moteurs roues. Outre un centre de gravité optimum, le moteur pédalier présente l’avantage de travailler la plupart du temps dans sa plage de rendement maximum et d’offrir ainsi des motorisations coupleuses et peu gourmandes. Problème : les principaux constructeurs de ces systèmes (Panasonic, Bosch…) ne proposent que des motorisations de 1ere monte et l’obligation de concevoir un cadre de vélo avec un berceau spécifiquement destiné à recevoir ces motorisations. Impossible de les monter sur votre propre bicyclette.

Il est fort probable que Bafang surveillait depuis longtemps l’évolution de ce marché. La marque Chinoise a un peu créé la surprise en proposant en 2013 elle aussi un moteur pédalier. Mais la particularité est qu’il ne demande pas de cadre spécifique et qu’il est adaptable sur tous les cadres pourvus de boites de pédalier de longueur 68mm avec le diamètre standard. A partir de là, Bafang pouvait proposer ce matériel aux revendeurs de kits. On commence donc à trouver ce moteur sous forme de kit chez certains spécialistes. Restait à savoir ce que valait ce matériel.

Tour du proprio :

Il existe de nombreux kits différents, mais la plupart présentent la même configuration que celui que nous avons essayé, un kit proposé par Moteur & Vélo. On y retrouve d’un côté les périphériques habituels des kits, à savoir une paire de freins avec capteurs, une gâchette de commande au pouce, un display et une commande. De l’autre le cœur du système, le moteur pédalier lui-même et le contrôleur.

Rien à signaler de particulier sur les freins ou la gâchette, si ce n’est la connectique qui est étanche et à 3 broches, avec un code couleur pour faciliter le raccordement. Les commandes de freins que nous avons reçues sont de type cantilever mais ce serait du matériel provisoire, le kit définitif serait équipé de commandes Tektro de type vbrakes.

La console reçue est une console siglée Bafang, le modèle C961. Elle dispose d’un large écran avec rétro éclairage, reprenant nombre d’informations et d’une commande déportée, permettant de faire varier le niveau d’assistance au pouce. Tout le système est étanche et parait de bonne facture, même si on est encore loin de la finition des consoles allemandes.

Le moteur en lui-même est cartérisé en acier et l’assemblage est dans les bons standards. Bafang ne s’est pas embarrassé de détails de design. Un petit sigle « 8 FUN » est la seule fioriture mais l’ensemble respire la solidité. Le bloc intègre une roue libre ainsi que le contrôleur. Ce kit est livré avec 2 couronnes de 46 et 48 dents, un cache couronne et 2 manivelles, ainsi qu’un outil spécifique de montage. Une nappe de câbles sort du bloc moteur, l’un pour la batterie, l’autre pour le capteur de rotation et enfin le faisceau central.

Petite particularité du contrôleur, celui-ci est un sine wave. Ce système offre une réactivité excellente, proche d’un capteur de couple, ainsi qu’une qualité de pilotage du moteur optimisée. En découlent des moteurs plutôt sobres.

Seule véritable déception au déballage, la piètre qualité visuelle, nous semble t-il, de la partie transmission. On est dans le rustique. Le couvre plateau est dans un plastique ultra standard, qui parait cassant et dont on peut se poser la question de son vieillissement après quelques mois exposées aux intempéries, à la chaleur, aux UV. Le plateau est un produit maison. C’est un plateau en tôle emboutie, qui permet de déporter la couronne de dents afin de respecter la ligne de chaîne. Quand on a eu en mains des couronnes de VTT en mains, celui-ci ne souffre pas la comparaison. Va-t-il tenir des milliers de kilomètres ? Quant aux manivelles, elles sont nous paraissent un peu légères si on souhaite avoir un usage VTT. Mais elles conviendront très bien à un usage urbain. Rien de rédhibitoire en définitive, mais des éléments un peu en retrait par rapport au reste du kit.

La batterie de ce kit, elle n’est pas un produit Bafang, mais une batterie maison Moteur & Vélo de grosse capacité, puisque c’est une 15Ah (depuis notre test il existe aussi une 17Ah). C’est une batterie de type rack, qui se glisse dans le porte bagage. Elle dispose d’un verrou à clef et d’une jauge à led. Rien ne la distingue des batteries made-in-china que ce distributeur propose aussi à son catalogue. C’est à l’intérieur que tout se passe. Assemblées en France, ces batteries disposent de cellules Samsung. Le gros avantage à nos yeux, c’est la possibilité qu’il y aurait de faire régénérer la batterie en fin de vie, le constructeur pouvant recycler les anciennes cellules et remonter de nouvelles. Economiquement et écologiquement cohérent. En outre une avec 15 voir 17 Ah, cette batterie offre probablement une très belle autonomie.

Le montage

Avant de monter, il faut démonter. Il faut donc enlever le dérailleur avant du vélo, les commandes de freins, et éventuellement remplacer les commandes hydrauliques, si on est en freinage sur disque par des freins à disques mécaniques. Il est déconseillé de se passer des capteurs de coupure au freinage, même si le système peut fonctionner sans.

Et bien sûr il faut démonter totalement le pédalier. C’est cette opération qui peut être délicate si vous n’avez pas l’habitude de la mécanique du vélo. En fonction du modèle de pédalier, il vous faut des outils spécifiques différents. N’hésitez pas à prendre des informations sur les forums sur internet ou allez voir un vélociste, qui pourra démonter votre boite sans trop de frais. Pensez aussi aux ateliers participatifs, un bon moyen d’apprendre et de faire soi-même.

Le montage de la console est sans problème. Bafang a eu la bonne idée de livrer la console avec des réducteurs. Ainsi on peut la monter sur les 2 standards de diamètre. La commande déportée et la cachette ne posent aucun problème. Nous avons toutefois dû monter la gâchette à gauche, car sa forme s’adapte mal à des commandes de dérailleur de type schifter et elle se retrouve repoussée trop loin pour la commander de manière confortable. Par contre la commande déportée comporte une gorge qui masque le câble et permet de la monter à touche-touche avec la gâchette. On a ainsi tout sous le doigt.

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Le montage du moteur est un jeu d’enfant. Une fois assemblés la couronne et le protège plateau, il suffit de glisser l’axe dans la boite de pédalier, placer la contre plaque, positionner le moteur et viser les 2 vis. Puis, à l’aide de l’outil spécial (ou d’une clef à ergots articulée) de serrer l’écrou et le contre écrou. Bien entendu on prendra soin de graisser les filets. Montage des 2 manivelles, puis de vos pédales. C’est terminé !

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Il ne reste plus qu’à faire passer le faisceau, à brancher les prises et à relier la batterie et le capteur de rotation situé sur la roue arrière. Toutes les connections sont des connections étanches. Les pins sont petits et il faut donc éviter de jouer à la brutasse en les montant. Enfin il ne reste plus qu’à faire un toron bien propre, car si le faisceau est bien dimensionné les fils qui relient les commandes sont un poil longs.

Dernière étape le réglage de la console. Comme une montre ou un compteur, on utilise une combinaison de commandes avec les touches MA / + et – de la commande déportée.

Réglage de la dimension de la roue, les unités, l’heure, mise à zéro du totalisateur. On regrettera qu’en ce qui concerne la roue on ne puisse aussi choisir la dimension du pneu, les grosses sections doivent fausser un peu la valeur. Gros avantage de cette console, l’accès à l’arrière-boutique. En effet, on peut accéder aux paramètres des réglages avancés. De série le moteur est réglé avec 3 niveaux d’assistance et une limitation à 25kmh, le seuil légal en France. Le Bafang permet de passer à 9 niveaux de modulation et à un seuil maxi de 50kmh.
Le montage complet du kit est très rapide et ne prend que quelques heures (en gros 2 heures maxi sans se presser). C’est simple et à la portée de tout le monde et cela ne demande que peu d’outils. Le plus long dans notre cas a été le montage du porte-bagage support de batterie.

On the fly …

La toute première impression, en comparaison avec un moteur roue, c’est le gain de poids. Ce kit paraît plus léger. La deuxième c’est l’équilibre des masses, puisque l’on est centré et bas sur le vélo, qui est clairement plus agréable à piloter qu’avec un moteur roue. Sans assistance on a garde un pédalage normal, on ne sent absolument aucune résistance particulière et hormis son embonpoint le vélo reste bien un vélo, agréable à pédaler.

Dès que l’on met l’assistance on sent que celle-ci arrive quasi tout de suite. En fait il faut environ 1/25 de rotation de pédale. On n’est pas très loin des sensations que l’on peut avoir avec un capteur de couple. Surprise toutefois, moi qui suis habitué au moteur roue, je ne retrouve pas l’effet "booster". Fini le bruit d’accélération du moteur électrique et la montée rapide en vitesse. Là c’est plus linéaire, et surtout c’est très silencieux. C’est d’ailleurs une constante, le silence de fonctionnement de ce moteur, extrêmement agréable. En comparaison, j’ai l’impression de passer d’une petite essence nerveuse à un bon gros diesel bien coupleux. La montée en vitesse est plus linéaire certes, mais aussi nettement plus coupleuse. En 48 / 11 on arrive très vite à la vitesse max de coupure à 25kmh, surtout en mode 3.

Si on augmente le seuil et le nombre de niveaux d’assistance, le comportement du vélo change. En ville, niveau d’assistance 6, j’ai eu l’impression de me trainer. Mais c’est une impression, car en fait on est facilement au-dessus de 25, donc plus rapide qu’avec mon moteur roue. Je pense que cette impression vient d’un meilleur développement, du silence et de la facilité, car l’assistance est très présente et on pédale vraiment sans peine. Si on pousse un peu, on atteint facilement et sans forcer plus de 30kmh, même avec un en vent de face.

Sur piste ouverte, il est temps de lâcher les chiens ; assistance 9. En mode pédalage cool, sans forcer, on cruise à plus de 30kmh. Si on augmente la cadence de pédalage, alors il est courant d’atteindre 40kmh. On maintient facilement cette vitesse, mais elle demande quand même un effort encore conséquent. A ce rythme, sur mon trajet vélotaf’ habituel, j’arriverais probablement trempé à destination. En fait on sent comme un manque d’allonge, un peu comme si l’assistance diminuait à ce niveau de vitesse. J’ai donc employé la méthode manuelle : la gâchette. Là cela a été une surprise. Autant sur mon moteur roue, la gâchette n’apporte rien en plus en roulant, autant là on sent clairement un effet booster. Gachette à fond, il faut augmenter la cadence de pédalage mais en revanche on diminue les watts dans les pédales. La vitesse atteinte sans forcer, se situe autour de 40kmh en continu !

En montée, le BBS01 est très coupleux. En moulinant bien on monte à bonne allure sur une grosse cote, plus vite que mon moteur roue...et largement plus vite qu’en vélosec. Sur un très gros raidard (une coupe piéton entre 2 lacets), j’ai tenté un démarrage en cote qui aurait été même limite avec mon vtt en 22/36. Le 8Fun a grimpé le bout sans broncher. Impressionnant.

Reste que dans les phases de démarrage ou de montée, le Bafang se montre moins naturel au pédalage qu’un moteur roue. On a parfois même l’impression que plus on lui en donne, moins il en offre. C’est un peu déstabilisant au départ. Il faut donc parfois lui passer la main et trouver le bon couple rapport / vitesse de pédalage pour avoir toute l’assistance. Ou alors il faut avoir un usage plus large de la gâchette. Une partie de la réponse se trouve probablement dans la programmation usine de la console, qui limiterait la puissance délivrée par le moteur lorsque l’on est en mode automatique (capteur de vitesse). La solution à ce manque d’allonge passerait donc dans une reprogrammation de la console.

Toutefois rien de rédhibitoire. Il faut juste un peu d’apprentissage pour maitriser ce moteur qui se révèle d’une redoutable efficacité. Rapide, coupleux, très silencieux et semble t’il très économe, puisque nous avons réalisé sans jamais mettre la batterie à genoux des sorties de + de 70km, dont une bonne partie en niveau 9. De plus, outre ses qualités intrinsèques, le Bafang BBS01, présente l’énorme avantage de se monter et démonter facilement et de vous suivre lorsque vous changez de vélo. Même si vous changez de format de roues, ou de transmission. Une portabilité compléte, qui est un vrai plus.

Et en conclusion...

Un premier contact très positif pour ce BBS01 et il faudra bien entendu que l’épreuve du temps confirme toutes les qualités que l’on entrevoit dans ce petit moteur pédalier. Mais il pourrait bien se révéler être une arme redoutable pour les vélotafeurs ou les voyageurs au long court, qui recherchent silence de fonctionnement, vitesse et sobriété. Seule petite réserve à ce stade, la couronne du kit, qui reste un matériel "propriétaire" et dont on peu de poser la question de sa tenue dans le temps et de son remplacement. De plus va-t’on disposer facilement des pièces dans le futur ?

Bien sur ce kit reste plus cher qu’un système moteur roue et il faut compter un gros billet à 4 chiffres pour un ensemble complet avec batterie. Largement moins cher toutefois que les vélos de constructeurs qui se négocient, à performances équivalentes dans les 3000 Eur.

Nous allons donc soumettre ce BBS01 à l’épreuve des kilomètres et nous reviendrons ici pour des « feed backs » réguliers.

Liens utiles :

Le site du distributeur Moteur & Vélo
Le forum « cyclurba » consacré largement aux VAE

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Auteur - RouelibrE




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