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  Le Raid Vauban 2014


(8/07/2014)

Retour sur le raid Vauban, un XC longue distance à Guillestre

L’auteur : Patrice, dit Koyote, est un passionné de vélo et de montagne. Ce XCeux d’origine, qui posait le pied à terre dans les descentes trop techniques a un jour décidé de changer de tenue et de façon de piloter. Exit donc le cuissard et le vélo léger, il chasse aujourd’hui les chronos dans les courses d’enduro en montagne, mais de son passé de XC il a gardé de beaux restes qu’il a pu exploiter sur ce Raid Vauban.


Le Raid Vauban, j’en avais entendu parler en 2013, mais cela ne collait pas dans le planning des vacances et trop loin pour un WE. Je m’étais posé la question de le faire seul à l’occasion, mais j’avais un peu oublié. Mais cette saison, je peux l’intégrer sans soucis. En début d’année je m’inscris donc au raid 70km, en me disant que j’aurais le temps de m’entrainer correctement d’ici là. Mais fin mars, je suis encore sur les skis de fond. J’ai pas touché au VTT depuis le 1er novembre !

Je roulotte, sans motivation. Le premier RandoNet approche (DaboNet), j’ai rien dans les jambes... ma plus grande sortie a fait 35km !

A Dabo, de rouler de nouveau en groupe me redonne de la gniak, l’envie de me "sortir les doigts", de reprendre du plaisir sur le VTT. Ouf !

Une semaine dans les Vosges, conclue par l’enduro des Hautes Vosges (la Bresse) me remet en selle, même si je sens le manque de roulage, d’un point de vue confiance dans le technique et puissance musculaire. L’endurance est là grâce au ski de fond.

Un peu de repos, puis roulage à Lyon avec Seb et RL. Le rythme haché me tue les jambes !

Je pars ensuite sur Dignes pour rouler en montagne, à un rythme régulier et dans un terrain plus proche de celui du raid. Le VTT va bien, le pilote s’affute un peu. Dans la caillasse, le pneu d’enduro (high roller 2 2.4 en gomme tendre) est plus sécurisant que le XC (onza ibex 2.25 en gomme mi tendre ;-)) mais plus dur à tirer.

Hop, encore un tour avec BigJim sur les hauteurs d’Allos et une journée de repos "lessive + mécanique" s’impose. La transmission a un peu morflé à force de poser le dérailleur sur des rochers. Tiens, la fourche ne marche plus ! Elle est toute raide, avec 1cm de débattement. Pas cool …Je la démonte, tout semble en ordre. Ah non ! Les compressions lentes et rapides sont totalement fermées... alors que j’y ai pas touché. Je ne comprends pas... je crois me souvenir d’un problème similaire sur une autre Deville, prémisse d’une cartouche en train de se dévisser... j’espère que ce n’est pas le cas, parce que ça va pas être pratique pendant le raid ! Je testerais vite ça samedi sur place, pour faire tourner les jambes et tâter le terrain.

"Je m’endors en pensant à ce qui m’attend demain... 70km, 2500m de d+, 3300m de d-. Je table sur 7 ou 8h de vélo. En gros, ce sera ma plus grosse sortie de l’année…"

Samedi, direction Guillestre. Récupération de la plaque et des dernières infos : position des ravitos, barrière horaire,...

En fin de journée, j’embarque mes affaires dans le combi VW d’un pote. On va dormir au sommet pour ne pas avoir de manip voiture à faire le matin et être au frais. Il fait plus de 30° !

L’aventure commence !

Après 2km de montée, les voyants batterie et T° s’allument. Un faux contact me dit le pote...2km plus loin, ça sent le chaud. Je pense à Francky et Brup au retour du VosgeNet (ndlr : ils furent victime de l’incendie de leur véhicule). Un kilométre plus loin, on s’arrête en urgence, warning allumés... ça fume de partout au niveau du moteur !!!

On décharge le matos en vitesse et on prépare l’extincteur. Ca sort gris des ouïs d’aération, ça bouillonne... on appelle les pompiers. On n’a pas envie d’ouvrir le capot moteur et de faire un appel d’air... autant jouer la prudence.

Au final, plus de peur que de mal, la courroie d’accessoires a lâché. On bricole avec une sangle pour pouvoir redescendre. C’est trop risqué de tenter la montée. On rejoint les potes au camping... il fait nuit quand on commence à manger ! J’irais pas tester le vélo quoi...

Les potes du coin nous font un débrief : faut bien se placer au départ, il y a un peu de piste roulante en montée, puis descente en sentier chiant pour doubler. Puis remontée, d’abord roulante puis singletrack (portage par endroits). La prochaine descente s’annonce "énorme"... 1400m de d- à dévaler, majoritairement en sentier, de nouveau difficile à doubler. Après, c’est une première fois Guillestre, Mont Dauphin,... plein de montées qui vont faire mal et de descentes qui vont nous donner la banane. En gros, faut partir vite et gérer !

Hop au lit ! Le pote m’aura quand même bien eu avec son coup de la panne dans son bus avec un seul matelas. Coquin va ! Je m’endors en pensant à ce qui m’attend demain... 70km, 2500m de d+, 3300m de d-. Je table sur 7 ou 8h de vélo. En gros, ce sera ma plus grosse sortie de l’année et je dois avoir entre 600 et 700km dans les jambes …

Hop, réveil sans soucis dimanche matin. Il fait bon... nan... chaud. Un bon ptit déj, 2l de flotte dans le camelback, et c’est parti pour le risoul (1800m).

Dernières hésitations... quel pneu avant ? allez, le high roller, tant pis pour la perf, autant assurer les descentes avec la fatigue ! Et les chaussures ??? celles de XC ou celles d’enduro ??? Légèreté ou solidité ??? Allez, celles d’enduro, tant pis pour la perf’, j’espère que je n’aurais pas trop chaud dedans.

Au milieu de la 3ème ligne, on écoute le briefing : bien boire, il va faire très chaud, attention de finir vivant à la fin des descentes, le parcours est marqué à la peinture orange qui s’en va à la pluie, blablabla …

Il y a plein de semi rigides en carbone à côté de moi... des petits pneus, des gars sans Camelback (et comment ils font pour transporter la veste obligatoire (par plus de 30° !?), le nécessaire de réparation, la couverture de survie... ?
J’aurais peut-être dû prendre le matos de XC : mais nan, objectif finisher en y prenant du plaisir et puis c’est tout !

8h, le départ est donné. Devant ça part déjà au sprint. Je pars cool, il y en a pour la journée, je me suis pas échauffé. Il y a les premiers kms pour ça. On commence par de la piste facile en faux plat montant avec quelques coups de cul. Cela décante les 300 partants sans soucis.

On a fait 2.5km, je vois les 1er au loin... 1km plus tard, je suis au même endroit... les mobylettes nous ont déjà bien enfumées !!! Après 5km, ça bouchonne. Ah m****, c’est la première descente en sentier où fallait être devant.

Bon, à la queueleleu comme tout le monde... pffff c’est pas drôle, c’est du sentier ludique, sans difficulté, pour s’échauffer et ça freine comme tout... ça doit passer sur les côtés. Avec 2 ou 3 autres « enduros », on laisse la trace propre aux XC et on attaque dans la mauvaise trajectoire. Ça passe tout seul, on double, on s’amuse. Une flaque de boue. Les gens sont à l’arrêt pour l’éviter, je passe au milieu, ça va aussi ! Il y a plein de gourdes qui trainent par terre... ça doit secouer les SR. Effectivement, à la fin du sentier, ils sont une 1/2 douzaine à réparer les crevaisons... la journée va être longue les gars !

Traversée de St Marcellin et Ste Catherine. C’est parti pour 800m de D+ en 6 ou 7km. Un peu de portage d’escalier, un peu de sentier à vache et on attaque de la piste, au milieu de superbes paysages.




"On débouche au col de la Scie, point culminant de notre périple. Une bénévole nous pointe, je suis surpris, je suis dans les 100 premiers !"

Ca ne roule pas trop vite, pas assez même, je suis sur un faux rythme. Je double un peu et trouve un groupe de trois vététistes pour m’accompagner dans la montée. Ils sont en cuissards, rasés des pattes, VTT de XC... je fais tache au milieu avec mon short et mon enduro.

Tout d’un coup ça bifurque dans un petit sentier, les bénévoles nous disent que ça va descendre. Ah ouais, de nouveau impossible de doubler, j’aurais dû me souvenir des conseils de Cyril.

On file au milieu des résineux, à l’ombre. Sentier qui se déroule, avec quelques pierriers. Vlan, un des gars part à la faute. Il n’a rien, je continue. Je reprends les 2 autres gars. Un se laisse doubler. L’autre, je lui ferais ça peau dans la remontée : beaucoup de monde pousse, pour s’économiser je pense. Je n’ai pas (encore) envie de marcher. Petit plateau, grand pignon, ça monte régulièrement. En plus, les "piétons" me laissent passer pour ne pas couper mon effort. Cool et merci les gars ! Sur la fin, trop de monde, je pousse comme tout le monde. Pas grave, il y a des racines et des épingles à la montée et il reste plus de 55km !

On débouche au col de la Scie, point culminant (environ 2350m) de notre périple. Une bénévole nous pointe, je suis surpris, je suis dans les 100 premiers ! Bon, on a fait 14km... faut pas encore s’enflammer.

C’est parti pour 1400m de D- !!! Tout d’abord du sentier alpin à flanc de montagne, avec des petits névés tout gentils et des épingles. Selle haute, le gars en XC devant moi se traine et se plante dans les trois premières épingles... un petit groupe s’échappe. J’insiste un peu pour passer devant. Encore une chute et ça passe tout seul. Promis, je l’ai pas poussé.

Zou ! ça déroule, gauche, droite, gauche, droite, vlan dans l’arbuste ! Je suis limite dans certaines épingles, le pied sert d’appui mais à force ça revient. Je rattrape un gars qui me laisse passer, il veut un poisson pilote. Un vététiste arrive derrière, noose turn et on le voit plus. Il va vite. Ah si, on le revoit dans l’épingle suivante... noose turn et OTB dans la foulée... il remontera chercher son vélo. On arrive en sous-bois, les chutes sont moins risquées, le sentier redevient ludique même si on tombe. C’est que du bonheur, ça virevolte dans tous les sens et il n’y a presque personne sur le sentier !!! c’est agréable.

On vient de dégringoler 500m, 1er ravito au bord du Rif Bel. Je n’ai pas encore trop tapé dans les réserves de flotte... 2 verres de sirop, un jus de pomme, quelques tuc. Ah tiens, des tucs... je me marre toujours quand je vois des dessins sur le trail et leur folie des tuc au ravito.

http://desbossesetdesbulles.com/Elections-municipales-2014.html?lang=fr http://desbossesetdesbulles.com/Joyeuse-Saint-Valentin-2.html?lang=fr http://desbossesetdesbulles.com/Le-syndrome-du-ravito-2.html?lang=fr

... et je fais comme eux ! Il y a du sel, ça ne peut pas faire de mal avec ce qu’on va perdre aujourd’hui.
Je veux pas m’attarder, ça continu en sentier, il ne faudrait pas se faire bouchonner ! hop, j’en glisse quelque uns dans la poche du short. Faut bien qu’il serve !

Ça remonte légèrement, en piste et sentier caillouteux. Certains ont du mal. Ya la rivière en contre bas, les cailloux fuient un peu sous les roues, et faut pas accrocher la pédale ou la chaussure à droite. Mais c’est beau ! Ah ouais... j’ai fait 18km en 1h50...

"Plus que" 1000m à descendre jusqu’au premier passage sur la ligne d’arrivée à Guillestre.

Ca guenille un peu dans le sentier, il faut garder de la vitesse pour passer les petits coups de culs. J’essaye de doubler à gauche, à droite. Ça passe plus ou moins. On est moins à flanc de montagne, je peux viser les cailloux / rochers de côté pour doubler les XC sur le sentier. Merci le gros pneu avant.

Tiens, on est à l’arrêt. Un gars se fait aider pour remonter (et son vélo) depuis la rivière... mais c’est le gars qui avait volé dans l’épingle ! Faudrait moins attaquer non ?

Vlan ! Aie ! Je n’ai pas vu un rocher, mon pied est planté dedans. Je suis content d’avoir pris les grosses chaussures ! Je me dépêche de repartir, je viens d’empêcher un gars de passer le coup de cul sur le vélo... il vient de gagner une bière à l’arrivée, et je viens d’en perdre une. Le terrain s’aplanit, on est dans du sentier ludique, gauche, droite, cassure de pente, slalom,... c’est super bon. Les XC se laissent doubler petit à petit. Sauf 3 ou 4 qui veulent assurer leur place.

On rejoint un peu de piste rapide, dangereuse. Les crosseux réaccélèrent. Je peux pas les doubler avec mon 36 dents devant. Passage dans les caillasses d’un torrent. Il y a du monde, quelques-uns réparent des crevaisons, un bénévole nous fait signe de ralentir. Il y a un pilote à terre, cheville cassée. Faut faire attention, le camion des pompiers doit arriver en face. Ca calme les crosseux, du coup je peux doubler.
On repique dans le sentier, toujours aussi bon, ludique, juste technique ce qu’il faut pour piloter,...On croise la piste. Un quad de pompiers soigne un gars à terre.
Deux ou trois épingles, il y a du monde dans le sentier, on vient de rattraper les randonneurs du 55km et le raid 40km.

Sentier en sous-bois, un peu humide. Un VTTiste roule bien devant moi, il trajecte correctement et prévient les plus lents qu’on va doubler. Ça se passe bien, je crois pas qu’on en a poussé dans la rivière.

Juste avant d’arriver à Guillestre, on replonge dans une épingle facile. Encore un VTTiste à terre avec des secouristes ! C’est humide, une canalisation a transformé le sentier en petit ruisseau. Ca salit, mais surtout ça rafraichit les jambes. Remontée dans Guillestre via les petites ruelles, c’est cool. La chaine couine, faudra que je pense à mettre quelque chose dessus.

Ouf, le ravito. Les gamins ont terminé leur course. C’est un peu la cohue. Je pose le bike, dis bonjour à un pote. Il a l’air cuit... pas top, normalement il est costaud !

Allez, des tucs, du chocolat (ne pas mélanger les 2, c’est pas top !), de l’eau, du jus de fruit, et je remets 1l dans le chameau. Le reste de la bouteille ira sur la tête ! La T° doit approcher les 30°.
30km en 2h45, je suis presque en avance sur ma prévision de 10km/h. Mais on a principalement fait de la descente...Ce n’est pas tout, mais il reste 40km et plus de la moitié du D+.

"Un panneau nous indique "plus que 33km" ou "encore 33km". Je ne sais plus. Ça change rien à la distance, mais pour le mental, ça fait pas la même chose".

Je repars, seul. Zut. Ya plein de randonneurs, le rythme n’est pas rapide. Ça ne va pas faire de coéquipier pour la galère. Les jambes tournent bien, je relance. Petit sentier au bord d’un bisse à l’ombre, en face du Mont Dauphin.
La chaine couine toujours, j’ai oublié de la lubrifier. Ce sera au prochain ravito.
Descente dans la poussière, des épingles, je suis rodé, ça passe tout seul. Devant, ça pousse. "j’ai pas la technique" me dit le gars. Remets toi sur le vélo, vu le nombre d’épingles sur la journée, tu vas progresser !
Je m’amuse dans le sentier, c’est cool. C’est d’ailleurs le plus important !

1km de route, je rattrape une participante, lui propose de me suivre, cachée du vent. "nan nan, pas besoin, je fais la rando". Zut, elle semblait mignonne et sportive, ça aurait pu faire un allié pour les montées...

Je pars à l’assaut du Mont Dauphin, une citadelle de Vauban. Argl, petit sentier au soleil, un peu poussiéreux, avec des coups de culs, des épingles,... tout pour se cramer !


Le sentier des marmottes, qu’il s’appelle... beu les marmottes elles devaient faire la sieste, elles ont tout compris, elles !

Je n’ai pas fait 200m que la bikeuse est dans mon dos. Elle monte tranquillement mais surement. Tout passe sur le vélo pour elle... je manque de puissance pour franchir tous les obstacles. Elle me double et s’excuse de me gêner... ben voyons ! Elle va de toute façon plus vite que moi. J’essaye de la suivre, et ce n’est pas facile. Le moral en prend un coup... le coup de la randonneuse tient !

A l’entrée de la citadelle, elle m’a pris quelques dizaines de mètres. On tourne à droite, à gauche, on se balade dans les douves, dans les souterrains. Ça change des circuits VTT traditionnels !

Dernier passage à travers la muraille, une marche nous attend. La miss passe à pied, je saute. La roue arrière tape une palette que j’avais pas vu. ça fait un peu de bruit.
Encore un coup de cul poussiéreux. La bikeuse pose pieds à terre. Ça m’arrange, si elle passe pas, je passerais pas.

Elle me laisse passer dans le sentier descendant, elle ne veut pas me gêner. On discute un peu technique. Elle arrive pas à franchir les marches et voudrait apprendre. RDV est pris avec Céline à l’arrivée pour un cours !

Les 30° sont dépassés depuis un bout de temps (et on ne repassera pas en dessous). Je commence à être cuit. Les jambes tirent un peu. Je n’ai pas l’impression d’être super lucide tout le temps... La chaine couine. Ne pas oublier cette fois de faire quelque chose !

On continue de monter, mais petit à petit la bikeuse me décroche. Je m’accroche, il n’y a que des randonneurs. Pas bon pour le rythme. Elle me demande si les parcours seront communs. Je n’en sais rien, cela me surprendrait vu qu’il lui reste beaucoup moins de km à faire que moi. A 500m du ravito, je n’essaye même plus de m’accrocher, elle s’envole !!! je dois vraiment être cuit, je ne sais plus comment elle s’appelle …

Ravito du km 37, 3h15 de course. De l’eau, de l’eau, de l’eau, des tucs, de l’eau. J’en remets dans le Camel, j’en profite pour prendre un gel de l’effort "endurance". Il est chaud. Beurk !

Un panneau nous indique "plus que 33km" ou "encore 33km". Je ne sais plus. Ça change rien à la distance, mais pour le mental, ça fait pas la même chose.

C’est reparti. Merde, je suis vraiment tout seul maintenant, tous les autres circuits ont tourné !

Le gel commence à faire de l’effet, ouf ! Les jambes tournent à peu près. La chaine couine. Et merde, encore un oubli.

Ça roule un peu, facilement sur de la piste. Mais ça monte quand même. Gauche toute, ça descend dans un sentier ! Enfin du pilotage, des épingles, des appuis, des pommes de pin. Je dois avoir un grand sourire, mais je ne suis pas lucide. Ou de moins en moins, je fais des fautes bêtes. J’entends un VTT devant, j’accélère pour essayer de le rattraper.

On traverse une rivière, le sentier continue en balcon. C’est beau, mais les jambes souffrent. J’oublie de sortir l’appareil photos. Toujours le gars 1 ou 2mn devant. Impossible de revenir dessus, pourtant ça ferait du bien !
Le sentier descend, remonte, on est dans un paradis du VTT. Ou à l’enfer vu la température !

Bam ! Le sentier se transforme en petite piste, raide, avec des épingles, le chaud,... je n’ai pas le courage de rouler. Hop, je pousse, un peu, beaucoup, passionnément. Je maudis aussi un peu les organisateurs. Mais ils ne m’ont pas obligé à venir.
J’ai l’impression que c’est interminable. Enfin un peu de chemin et de route plus plats. Je peux de nouveaux rouler. Un bénévole m’annonce un ravito dans quelques mètres. Merci m’sieur !!!

Kilomètre 45 après 4h10 de course. Je tiens toujours ma moyenne de 10km/h. Par contre je viens de faire 8km en presque 1h, tout seul. C’était long.

Derrière une baraque, effectivement, de l’eau, du sirop, les inévitables tucs, du chocolat, des fruits, du fromage nous attendent.
Et je vois Cyril qui joue avec son appareil photo ! blam, 2ème coup au moral. Il partait pour un top40, nous on lui prédisait un top20. Donc en gros ça fait 1h qu’il a fini et il vient nous narguer !!!

Il me regarde et me demande ce que je fais là ? ben la course... ouais, mais je veux dire, déjà là ??? En fait je l’ai rattrapé. Il ne doit pas être en forme et moi si !
Ils sont un petit groupe de cinq. Je ne veux pas louper le train et je repars avec eux. On remonte sur piste, on cherche l’ombre des quelques arbres. Tout le monde a le visage tendu. Tout le monde en chie quoi !

Ah non, il y a François, avec sa plaque élite, finisher de la TransV la semaine dernière, qui se ballade avec nous. Il a failli abandonner à Guillestre, son genou lui faisant mal. Mais ses potes ont insisté pour qu’il roule avec eux, à leur rythme, plus cool. François est frais, il même le petit groupe, qui lui sert les dents.

Je suis de nouveau sur un faux rythme, allez, je pars devant pour ne pas me fatiguer inutilement. On est en montagne, les paysages sont chouettes, ça redescend un peu en sentier roulant, idéal pour se refaire une santé.


"Derrière Cyril en chie avec ses crampes. Je n’en mène pas large, je suis limite aussi."

Je remonte dans les maisons du "Coulet". Des bénévoles nous attendent pour nous encourager, ça fait du bien !

La chaine couine toujours... faudra vraiment y songer au prochain ravito !

Petit sentier en balcon. Le groupe est à deux ou trois minutes derrière, ils ont repris du rythme. Je les attends pour prendre quelques photos. Le chrono je m’en fiche !
Cyril est un peu à la traine, les jambes sont dures, les crampes pointent le bout de leurs nez. Mais la beauté du site nous fait oublier la dureté du parcours.

C’est parti pour trois kilomètres de descente en sentier ludique, un peu technique. Le manque de lucidité est compensé par le grip du pneu devant. J’ai pris la bonne option je crois.

On roule comme des fous / cons, ça fait du bien. De la pente, des épingles, quelques franchissements. C’est bon sur du XC !

Manu roule un peu moins vite que les autres et veut me laisser passer. Nan nan, c’est très bien comme ça, ça m’évitera de sur-piloter et de partir à la faute.
D’ailleurs, les autres sont là, dans la partie rapide. Un bénévole. Des sentiers qui descendent à gauche. Nan nan, faut partir à droite. Gloups, ça sent le portage là... on l’avait oublié, pourtant on nous en avait parlé au briefing.
Devant ça cavale comme des bouquetins. Derrière Cyril en chie avec ses crampes. Je n’en mène pas large, je suis limite aussi.


J’ai oublié de reprendre un gel. Je le ferais au sommet, en l’attendant. On doit être à 55km / 5h20 de course. Les autres attaquent la descente.
D’ailleurs dans la descente, Cyril va mieux aussi. Je n’essaye pas de le suivre, j’ai pas son niveau et j’ai pas envie de faire comme Fab’ au DaboNet et finir contre un arbre ;-) Quelques grandes dalles, le vélo s’envole, c’est bon. C’est quand même bien poussiéreux, attention le grip !

Regroupement au ravito de Pra Reboul. Km58, encore 12 et ce sera bon !
Manu est assis par terre devant la table, tend son gobelet pour le faire remplir, pioche à l’aveugle dans les assiettes pour manger quelque chose. Il est cuit.
On se rafraichit à la fontaine, ça fait du bien. Par contre on nous annonce 14km... pas cool, ça en fait 2 de trop et 400 à 500m de D+ avec portage. Argllll !!!!!

Hop, on ne va pas trainer. François relance le groupe. On est six. Ah non cinq. En quelques mètres il y en a un qui a explosé !
Normalement on pédale jusqu’au pied de Guillestre. Et vlan ça tourne à gauche..C’est reparti pour 200m de montée dans un pierrier au soleil. Put*** ça cogne, on atteint les 38/39° !!! J’ai chaud dans mes chaussures. François, Manu et un gars roulent devant. Je roule / pousse et Cyril en bave. Je bute dans les cailloux, merci les grosses godasses pour la protection.

Ça redevient plat, on roule sur un muret ! En fait de nouveau un bisse pour amener l’eau plus loin. J’ai la lucidité d’un poulpe (ndr, je ne sais pas si un poulpe c’est lucide ou pas...). Le premier passage passe sur le vélo. Pour le 2ème,il y a un panneau « danger », 2 bénévoles et des franchissements. Hop, pieds à terre, c’est plus sûr !
Ca redescend de manière ludique, ouf.

En bas, le club des 5 se reforme. C’est parti pour 6 ou 7km de piste plate, surchauffée. Je sais pas si c’est pire ou pas que les sentiers qui font mal aux jambes.

François donne le rythme, j’ai l’impression qu’il lance le sprint final. Cyril suit. Manu se fait souvent décrocher. Je passe devant lui pour ne pas trop jouer au yoyo. Le 5ème se fait lâcher. A priori il n’était pas connu des autres, on va le déclarer perdu. J’en chie un peu. Si François pouvait baisser le rythme ce serait cool. Manu décroche régulièrement. On ralentit pour l’attendre, ouf !

Je discute TransV un peu avec François. Il dit que c’est plus dur, plus long que le Raid Vauban et que tu es tellement cuit que tu ne profites pas trop des descentes. OK, c’est pas encore pour moi.

Il nous parle aussi de la rue des Masques, le final pour remonter sur Guillestre. Beu ouais, on est en bas de Mont Dauphin, donc il reste un "petit" coup de cul. Généralement ils le prennent dans l’autre sens en enduro...

Vlam on y est ! Un sentier qui monte peu à peu, par à coup, avec des descentes, trialisant. On est cuit, on fait un peu n’importe quoi. Normalement ça passe sur le vélo, mais pas après la journée qu’on vient de se faire. Manu retrouve des forces.
On double 2/3 gars encore plus raides que nous. Ils ont fait le plat tout seul, sans la fusée François. Dommage pour eux. Et merci à François ! Je me rends compte que seul sur ces quelques km, le moral aurait pris un gros coup !

Après 2km de sentier, on rejoint la route. Ouf. Ah nan, on est scotché. Des randonneurs nous doublent tranquillement. Cyril est à l’agonie, les crampes ne font pas semblant.

Enfin ! Enfin !!! Enfin !!!! Enfin, on est en haut de cette dernière bosse. Pas de portage finalement, juste un peu de poussage. On attend Cyril, pour terminer tous ensemble. 1, 2, 3, 4 raideurs nous doublent, nous piquent des places à 1km de l’arrivée. Allez Cyril !!!

Il nous rejoint. On se lance dans le dernier sentier descendant. On arrive dans Guillestre. Un crosseux nous fait une trajectoire de con et nous stoppe dans une épingle et des marches. Il se fait pourrir. Bon l’épingle passait, pas les marches dans notre état.

Zigzag dans les ruelles. 50m et ce sera la délivrance ! Un gauche serré, des marches et vlan la première crampe ! Je suis contre le mur en angle, je me pousse avec le bras, la jambe ne repart pas. Je m’appuie contre la rambarde. Ça ne passe pas ! Nan pas ça maintenant ! Je suis à la limite de la chute !!! Cyril et Manu sont en bas. François rigole derrière. Je tire sur le cintre, ça passe ou je fais un OTB ! Ouf ça passe !!!!!

On arrive à la ligne d’arrivée bras dessus / bras dessous. On l’a fait !!!!

François et Cyril sont un peu déçus, ils sont loin du chrono escomptés. Pour Manu et moi, c’est la joie, on vient de boucler notre premier raid Vauban.

72km de pur VTT, de bonheur, de souffrance, de sentier, de doute,...2720m de D+, 3570 de D-, 6h51 de course, réellement 6h34 de vélo, on n’a pas trop trainé aux ravitos.

On termine vers la 71ème place, sur 250 finishers. Et dire que j’avais un doute d’arriver au bout...

C’était la plus dure, mais la plus belle course de VTT que j’ai faite. Tout en profitant des descentes, des paysages. Finalement, je suis meilleur en XC marathon qu’en enduro. Faut peut-être que j’arrête ces conneries ???

Vivement l’année prochaine, un peu mieux préparé pour tenir la distance et avec plus de puissance pour passer les bosses. Et ne pas merder au départ. S’échauffer, partir plus vite et ne pas être trop bouchonné !

Merci les organisateurs, les bénévoles, François, Manu, Cyril, Céline, les quelques autres avec qui j’ai roulé quelques kms.

Par contre j’ai loupé la demoiselle. J’ai dû arriver bien après elle, vu comme elle semblait fraiche. Renseignements pris, elle court en coupe du monde de raid multi sport et des conneries du genre, j’avais donc raison sur son physique sportif, et je suis presque rassuré de m’être fait déposé.

Alors kikivient l’année prochaine ???


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Auteur - Koyote




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