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  Un moule-bite sinon rien (histoire presque vraie).


(26/11/2004)

C’est une manie bien courante. Une sorte de tic, un truc presque normal. Lorsque l’on devient un tant soit peu initié à quelque chose, il s’opère une déformation linguistique quasi immédiate.

Le VTT n’échappe pas à la règle. Nous faisons donc usage d’une foultitude de mots, inventés ou dérivés, que seul un pratiquant assidu du vélo-à-grosses-roues peut comprendre. Même nos proches ne comprennent pas tout parfois.

Au panthéon du jargon vététistique il en est un qui m’a tout de suite séduit. Non que je sois enclin à verser dans le coït furtif avec une personne du même sexe que moi, ni qu’une sexuelle perversité me pousse à zieuter avec insistance vers l’anatomie de mes camarades de jeux mais le coté « poutre apparente » du mot m’a tout de suite enchanté. Fallait-il que les vététistes ne se prennent-ils pas au sérieux - où soient très prétentieux - pour désigner leur cuissard du vocable évocateur de ’moule bite’ ?

Afin d’avoir l’air d’un vrai vététiste j’ai très rapidement chassé de mon vocabulaire le mot ’cuissard’ pour ne garder que celui de ’moule bite’, qui après une période d’adaptation normale, est rentré dans les mœurs familiales, en particulier auprés de la préposé habituelle à la gestion de la machine à laver, ma petite femme. En effet dans un souci de saine et franche collaboration, je m’efforçais de salir consciencieusement cette pièce de vêtement indispensable à l’intégrité de mon fondement et si favorable à la mise en valeur de ma virilité, tandis que la mère de mes enfants assurait la remise en état de mon moule-bite avec l’aide de la mère Denis.

Toujours est-il que le dit ’moule bite’, par l’action conjuguée des frottements de la selle et des 90kg de barbaque le remplissant, donna bientôt quelques signes de fatigue, risquant de plus en plus de dévoiler entièrement ce qu’il ne laissait que deviner, en cas de rupture brutale du contrat liant les coutures au reste du lycra.

L’amour de celle qui avait eu la faiblesse de me dire oui devant le maire et la proximité de la fête des pères, à laquelle je pouvais légitimement prétendre -du fait qu’au moment du OUI quelques années auparavant un ravissant guignol encombrait déjà les tuyauteries de ma douce - poussèrent ma légitime à chercher le cadeau ultime et néanmoins utile pour me faire plaisir.

Il lui parut alors évident de remplacer ce cuissard qui risquait à tout moment de prendre sa retraite et dont elle détestait depuis longtemps les motifs, pourtant d’un beau rose fluo très 80’s revival. Pour ce faire elle poussa la porte d’un vélociste où j’avais mes habitudes et s’enquérit auprès de lui pour l’achat du vêtement avec toute l’expérience et le flair d’une reine du shoping, multi-abonnée en top fashion-fanzines et à laquelle on ne la fait pas.

Souhaitant ce qui se faisait de mieux en la matière et surtout rester fidèle à ce qui semblait pleinement satisfaire son homme elle demanda au commerçant, qui Dieu merci me croit encore à ce jour célibataire :

« Je voudrais un cuissard pour mon mari mais pas n’importe quoi comme marque, je voudrais un Moulbit ! »



Auteur - P-à-R




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