Accueil > Magazine > Tests et essais

  Cannondale MT2000


(/02/2000)

<REP|SITE/2000/MT2000>

Monstrueux

Déjà dans le magasin j’ai eu un doute. Contrairement aux usages en
vigueur dans cette sérieuse maison, la bête que l’on m’avait annoncée prête et disponible ne se
trouvait pas exposée dans la boutique. Ostracisme envers les tandems me demandais-je in-petto ’ Que
nenni me répondis le jovial artisan (qui semblait d’ailleurs posséder le rare don de télépathie,
mais cela est une autre histoire), il s’est simplement avéré impossible de hisser la bête par
l’escalier conduisant de l’atelier (en sous-sol) au magasin (au premier). Finalement, j’ai du me
voiturer sur quelques centaines de mètres afin de me rendre dans le saint des saints, j’ai nommé
l’arrière boutique. Durant ce cours laps de temps, le doute qui m’habitait au sujet de la façon
dont j’allais pouvoir ramener la bestiole jusqu’à la maison s’est peu a peu transformé en peur
panique. Et si je m’étais planté dans mes calculs ’ Fort heureusement, ce doute n’a pas duré. A
peine avais-je pénétré dans ce royaume de la mécanique et du graissage des coins carrés que le
doute est devenu certitude : le truc que j’avais la devant moi était tout simplement monstrueux !
J’ai d’abord vu la fourche, ca ressemblait à une Headshock Double T, en ces périodes de Freeride a
tout va, rien de vraiment anormal, pareil pour le cintre relevé. Toujours pas de problème pour
l’avant du cadre, c’est du tube maousse de chez costaud (quand je compare aux tubes de mon CAAD4 de
route, je les trouverais même plutôt léger-léger nos amis de chez C’dale). Par contre, quand le
regard s’égare sur la ligne d’horizon et cherche à cerner les limites de l’engin, c’est la
quatrième dimension. Il faut mettre de coté toute idée préconçue. Ce truc ressemble autant à un VTT
que Michael Jordan à un être humain. Pour résumer, c’est presque la même chose mais en plus grand.

Pour en terminer avec le paranormal, l’unique conseil du mécano : "pour la chaîne ’ Pas la peine
d’espérer faire plus de 1000 bornes avec !" Ah bon ’ On verra bien...

En enlevant les deux roues, la taille du spad redeviens presque
humaine, en travers sur le porte vélo derrière la voiture, il dépasse à peine de chaque coté. Il
faut juste penser à bloquer le cintre en position braquée et garder à l’esprit que de l’autre coté
la partie la plus saillante est le dérailleur. Il suffit donc de ne pas être trop distrait (c’est
de toute façon moins risqué que sur le toit avec toutes ces cochonneries de parkings souterrains,
barrières de péage...)... et c’est d’autant plus difficile, que le regard médusé des autres
automobilistes et des piétons surprend un peu au début.

Enfin arrivé à la maison, il est temps de partir pour un premier galop d’essai. D’abord seul
(finalement le tandem c’est un peu comme le sexe, le plus dur c’est de trouver des partenaires)
mais rapidement avec ma femme (finalement le tandem c’est vraiment comme le sexe : on privilégie la
facilité au détriment de la performance). Comme quoi, même les plus réfractaires ne peuvent y
résister (bla, bla bla, comme le sexe, bla, bla, bla).

Pendant ces 750 premiers mètres, lors du premier changement de vitesse, les propos du mécanicien au
sujet de chaîne me semblent enfin plus clairs. La moindre erreur de synchronisation entre l’avant
et l’arrière, même sans forcer, entraîne un véritable massacre (à la chaîne). Stop ! On arrête
tout. Il est temps de soustraire la bête au regard envieux des autochtones. On rentre donc notre
nouvel ami au garage et procédons enfin à un petit tour du propriétaire.

Panachage de LX (shifters, dérailleur avant et cassette) et de XT
(Moyeux spécifiques Tandems, dérailleur arrière). Le tout en Méga 9, soit 27 vitesses. Les rayons
viennent de chez DT Swiss et les jantes de chez Sun (Rhyno Lite). 40 rayons aciers de 2 mm par
roue, ca ne semble pas superflu. Les pneus sont comme il se doit (partenariat oblige) tirés de la
gamme Hutchinson. Dans la famille Alligator, Mr Cannondale a choisi le 2.1. Ca va pas être de la
rigolade à tirer ! Déjà que j’avais surnommé son petit frère (en section 1.9) "la ventouse"...

Passons maintenant à l’essentiel : le système de freinage. En effet, pour arrêter 180 kg lancés à
60 km/h, il faut mieux pouvoir bénéficier d’un matériel robuste, efficace et éprouvé. On trouve
donc du Magura HS-24, c’est de l’hydraulique, pas du haut de gamme, ni du disque. Hum, on verra ce
que ca donne en situation. Un premier test en statique montre que l’absence d’arceau rigidificateur
à l’arrière est une erreur. Premier carton jaune pour C’dale et premier truc sur la liste des
achats à prévoir.

Coté suspension, on note la présence d’une Headshock Moto Fr spéciale Tandem (précontrainte
adaptée) avec un débattement de 100 mm (utile pour aborder les obstacles car le wheeling n’est pas
à l’ordre du jour). A l’arrière, la tige de selle est suspendue. Mais c’est pas important, moi je
suis à l’avant. Pour terminer l’inventaire, on citera en vrac : un pédalier Sugino (beurk !), des
chaînes (il y en a deux) Sachs, un jeu de direction et une potence Cane Creek, deux selles Coda.
Plein d’emplacements pour visser les porte-bidons (4) et des pattes pour adapter des disques à
l’avant et à l’arrière.

En résumé, un équipement aux origines diverses, à première vue bien pensé par rapport aux
contraintes du produit : fiabilité et prix raisonnable. Tiens puisqu’on aborde le sujet brouzoufs,
sachez qu’il faudra lâcher 22 kF en échange de l’animal. Si malgré tout, vous trouvez l’équipement
un peu juste, vous pouvez taper plus haut. Il existe en effet un grand frère au MT2000 : le MT
4000. Tout XTR, disques Magura Louise et pédalier Coda Tarentula. Niveau prix, ca commence à taper
haut : largement plus de 30 kF. En revanche, si vous êtes un peu en manque de fond, il vous reste
le MT 800, beaucoup moins cher, mais hélas beaucoup moins bien équipé et affublé de deux gros
points noirs : l’absence de fourche suspendue et les bien tristounets Vbrakes Tektro.

C’est clair ’ Alors en route pour un premier essai. Eh,oh, ca va pas non
’ D’abord il faut trouver quelqu’un qui accepte de monter derriere. Ok, c’est bon, alors on y va.
Pas si vite, démarrer en tandem c’est toute une technique. On commence par se mettre d’accord
question pied d’appel (goofy ou regular ’), puis le stoker grimpe sur sa selle pendant que le
captain se jette sur les freins et essaye de garder l’ensemble a peu près vertical, les deux pieds
bien ancrés dans le sol. Ouaaaaaaaais, c’est bon la on roule ! Finalement c’est plutôt frisou le
tandem. Ce jugement se verra bien sur légèrement tempéré dans quelques minutes quand il faudra
redémarrer sur une petite côte bien technique et en dévers. En effet, le MT2000 est un tandem VTT,
c’est donc pas en restant sur la route que l’on va pouvoir évaluer ses points forts et ses points
faibles. Son domaine de prédilection c’est les singletracks en sous bois, les chemins de halage a
prendre tout en puissance ou même les descentes de la mort pendant lesquelles son empattement de
mille-pattes (ou de basset ’) te protège de l’OTB.

Apres quelques bornes on est d’abord bluffé par la fourche Moto FR et son système de réglage
(détente) à la volée. C’est pratique, ca modifie véritablement le comportement de la fourche. Au
niveau franchissement, les 10 cm sont bien utiles et l’on se surprend parfois à viser les cailloux
pour tester les capacités de franchissement de l’engin. Rien à dire en rigidité, le double-té
semble remplir son office. Toujours dans le domaine du confort, la position de conduite est assez
redressée, sans doute à cause du guidon relevé. Un guidon plat serait sans doute un plus pour les
compétiteurs.

Seconde surprise : la violence des contraintes imposées à la mécanique. C’est la transmission qui
est la plus concernée. Les changements de rapport demandent un maximum de coordination et dans les
passages techniques réclamant de l’improvisation la chaîne, la cassette et les dérailleurs sont
hyper—sollicités. Puisque l’on parle des transmissions, il est à noter que pour une fois les
fenêtres indiquant les rapports sur les shifters sont utiles. En effet, de l’avant, en roulant,
c’est quasi impossible de voir la cassette... Autre détail, la tension de la chaîne primaire (entre
le plateau du captain et celui du stoker) se fait par excentrique. Pratique et utile car
visiblement, quand ca secoue un peu trop c’est la première à prendre le large. Un système
anti-déraillement typé descente serait sans doute un investissement judicieux.

Le freinage ne m’a pas semblé extraordinaire dans sa configuration initiale. L’arceau
rigidificateur à l’arrière et des patins plus tendres (koolstop rouges par exemple) amélioreraient
sans doute le tableau. Pour l’instant ce n’est pas aussi efficace que de bons vieux Vbrakes (LX ou
XT par exemple sur un vélo classique). Ca manque de mordant et le feeling est plutôt désagréable. A
valider après un bon rodage et une nouvelle purge du circuit.

Mais ca c’est de la technique, ce qui compte en tandem c’est le plaisir. Avec un peu de pratique on
arrive à passer presque partout ou passe un classique, c’est des fois plus laborieux mais quelle
importance ’ En revanche, la sensation de puissance est impressionnante, et le fait de rouler
différemment un vrai plaisir. C’est incroyable de constater comme le tandem VTT est un outil de
communication formidable. Impossible de croiser d’autres bikers ou des promeneurs (même des
chasseurs !) sans déclencher un sourire ou engager une conversation. Pour rouler discret : c’est
raté.

Sur le tandem aussi la communication est importante. Au début elle est très verbale ("attention on
va se planter ", "on passera jamais", "allez pousse", "alors, pas blessé ’"...) et puis très
rapidement les automatismes se mettent en place et finalement les mots n’ont plus tellement
d’importance. On roule, c’est bon et on ne pense plus a autre chose’

Alors superflu ou indispensable le MT2000 ? Un peu des deux, la pratique
du tandem ouvre clairement de nouvelles voies pour le VTT, c’est des plaisirs différents, plus
intenses parfois. Mais c’est aussi plus de contraintes (encombrement, casse’). En tout cas, à
consulter les catalogues des constructeurs, la tendance est forte et le marché porteur. Alors à
vous de voir, mais faites gaffe quand même, sur un tandem, l’imagination se met en marche
rapidement. On se surprend à rêver à des voyages lointains, à des rencontres formidables. Une
remorque (pour les mômes ou/et les bagages), quelques tee-shirts de rechange et en route pour un an
ou deux sur les chemins de la planète.



Auteur - JP Renaud




Nous contacter - Infos légales - rss - Copyright VTTnet 1997/2013