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  Irishnet 2000


(2/12/2005)

Dans la longue série des Randonets organisés par VTTnet, l’Irishnet apparaît comme singulier parce qu’il se déroulait sur un terre lointaine pour le commun des habitués à ces rendez-vous, qu’il se voulait itinérant, et qu’il ne rassemblait que quatres participants. Ce n’en fût pas moins un véritable Randonet puisqu’il en respectait la tradition de dépaysement, de découverte et de convivialité.

Vendredi

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Nous arrivons à l’aéroport de Charleroi. La première épreuve de ce voyage consiste à trouver une place libre dans le parking souterrain bondé. Il y a une semaine la standardiste de l’aéroport avait assuré qu’il n’y aurait pas de problème, toutes les places n’en sont pas moins occupées. Tant pis, il faudra faire comme beaucoup d’autres : glisser la voiture le long des murs. Les bagages et les cartons contenant les vélos chargés sur un chariot, nous entrons dans l’aéroport pour retrouver Stéphane. Il a déjà enregistré ses bagages, et est étonné de la taille réduite de nos cartons à vélo. La sienne est, paraît-il, un peu plus grande...

Nous enregistrons les bagages et l’on nous annonce un supplément pour les vélos qui ne nous sera pourtant jamais réclamé ! Munis de nos cartes d’embarquement nous fonçons à trois vers notre avion dans lequel nous embarquons rapidement non sans quelques inquiétudes pour nos vélos que nous ne voyons pas dans les bagages chargés en soute.

Une heure et demie de vol sans histoire plus tard, nous atterrissons à Dublin sous un ciel uniformément bleu. L’aéroport est au moins deux tailles au dessus de celui de Charleroi (qui n’est certes pas une référence en soi) et après un long transit nous tentons avec quelques centaines d’autres voyageurs d’identifier nos bagages et surtout de retrouver nos vélos. Après quelques détours dans l’immense salle nous découvrons dans un coin nos précieux emballages abandonnés par un bagagiste qui avait sans doute mieux à faire que d’attendre l’arrivée des propriétaires.

C’est là que l’on fait connaissance avec le carton de Stéphane. Sa caisse est carrément énorme. Histoire de se simplifier la vie, Stéphane a trouvé intéressant de se doter d’une caisse capable d’accueillir son vélo tout entier ! C’est tout juste s’il a pris soin d’enlever les pédales et de faire pivoter le cintre sur un quart de tour. Evidemment dans ces conditions, c’est facile mais cela nous vaudra quelques difficultés pour trouver un véhicule capable et surtout prêt à nous emmener dans le centre de Dublin.

Première tentative chez Aircoach, une compagnie d’autocars qui se vante de proposer une navette vers Dublin toutes les 15 minutes. Le chauffeur refuse d’embarquer la « grosse caisse » et veut faire payer un supplément pour nos « petites caisses ».

Seconde tentative vers les taxis. Il est vrai qu’ils sont composés pour moitié de camionnettes aménagées comme des monovolumes. Malgré cela nous essuyons refus sur refus. Pendant ce temps là, les autres clients irlandais, fort disciplinés, refusent de nous voler notre place dans la file tant que nous n’avons pas trouvé notre moyen de transport. Trop gentil mais plutôt embarrassant.

Enfin nous tombons sur un chauffeur déluré qui en quelques secondes fait basculer une banquette de sa camionnette et dégage un espace suffisant pour la grosse caisse. Axelle prend place à côté du chauffeur en essayant tout d’abord de s’installer à droite avant de corriger le tir en constatant qu’en Irlande, non seulement on roule à gauche mais qu’en plus les volants sont à droite ;), tandis que Stéphane et moi prenons place sur deux petits strapontins aménagés à l’arrière du véhicule.

Arrivés dans le centre de Dublin, le chauffeur éprouve quelques difficultés à identifier l’adresse de Didier qui doit nous héberger. Heureusement, un coup de bol nous fait reconnaître Didier dans la foule à un carrefour ou il était venu aux nouvelles. Nous sommes sauvés, la jonction avec notre guide local est faite.

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Nous quittons notre aimable chauffeur pour affronter l’épreuve de l’escalier. Les caisses n’entrent évidemment pas dans l’ascenseur. Heureusement, l’appartement de Didier n’est qu’au premier étage. Ouf ! On entasse celles-ci dans tous les coins du trois pièces, et l’on se retrouve ensemble autour d’un verre pour décompresser de cette première étape surmontée brillamment !

Après un repas clôturé par un dessert « Specialized » surprise, nous prenons le chemin du centre de Dublin situé à quelques enjambées pour une première virée nocturne. Le vendredi soir est jour de sortie pour les Dublinois, il y en a beaucoup, et ils sont partout ! Surtout dans les pubs devant la porte desquels ils forment des files et attendent sagement leur tour pour entrer dans les salles bondées.

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A l’intérieur l’atmosphère est chaude, populaire et ça grouille de monde. Tout ce qui peut servir à poser un verre ou des fesses est immédiatement exploité par les clients. Le bois est omniprésent, le bar immense, la musique tonitruante. Les irlandaises sont solidement charpentées. Le noir semble être leur couleur fétiche. Elles placent leur séduction dans des décolletés généreusement offerts, tandis que les jambes disparaissent dans des pantalons moulants. Les hommes n’ont apparemment pas ce genre de soucis et arborent leur t-shirt « de semaine ».

La bière coule abondamment selon trois thèmes. Les lagers blondes et plutôt pétillantes, les rousses à la teinte ambrée mais plus plates, et les stouts très sombres à la mousse crémeuse sans presque de pétillant. Enfin il est possible de se faire servir un excellent cidre à la pression. Tous ces breuvages sont servis à ras bord dans des « pints ». C’est à dire des verres d’un demi litre à la forme définitivement consacrée dans les îles britanniques. Nous nous contenterons d’une unique tournée, histoire de ne pas mettre en péril notre condition physique pour les jours roulants qui viennent, un peu frustrant tout de même ;-).

De retour à l’appartement, nous nous organisons pour la nuit en transformant le minuscule séjour en dortoir. Un matelas pneumatique hors service contraindra Stéphane à s’improviser un lit avec les coussins des fauteuils. Il doit être deux heures du matin lorsque enfin nous plongeons dans un comas réparateur.

Samedi

<PHOTO|43037847|Small|right>Aujourd’hui la journée est consacrée à une visite de Dublin. En effet, en jouant avec le dispositif de réservation en ligne de la compagnie à qui nous avons confié nos précieuses vies nous avions constaté qu’en réservant sur le vol de jeudi nous faisions une économie considérable. De sorte que, combiné à l’hébergement chez Didier, nous pouvons profiter plus longtemps de l’Irlande pour moins cher. Donc pas encore de raid aujourd’hui, mais nous ferons quand même du vtt.

Nous commençons la journée par la transformation du séjour en salle à manger pour le petit déjeuner. Celui-ci nous permettra de goûter aux viennoiseries spécifiques de la région souvent composées sur des variations de petits gâteaux secs et de choses indéfinissables que je qualifierais de crêpes hypertrophiées (muffins, scones, pancakes...).

Nouvelle transformation du séjour pour l’épisode atelier car c’est le moment de remonter les vélos. L’espace disponible ne permet d’œuvrer que chacun à son tour. Au bout d’une heure d’efforts, les trois vélos sont reconstitués. Ils serviront plus tard, pour l’instant c’est Dublin pédibus !

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La balade dans Dublin nous fait découvrir une ville agréable et sans fards. Une architecture faite de maisons de trois à quatre étages de briques d’un rouge particulier. Les monuments monolithiques sont eux tous faits de la même pierre. On sent que les ressources de l’île sont limitées. Le temps est superbe. Le ciel d’un bleu profond, et comme des milliers de Dublinois nous profitons de la verdure de l’énorme parc Saint Steven Green, histoire de se prélasser sur les pelouses très british et tentantes.

Après un déjeuner à base de quiche abondamment pourvue en légumes divers pris sur un coin d’escalier, nous siestons dans un pub du centre ville au rythme de la musique traditionnelle omniprésente en dégustant un cidre pression.

<PHOTO|43037861|Small|right>Fini de glander, il est temps de penser au raid, retour alors à l’appartement-camping. On s’équipe pour le vtt, remplit les sacs et en route pour le prologue. Chargés comme des mulets, nous négocions les escaliers de l’immeuble avec nos vtt. Puis une courte progression nous transporte jusqu’à l’auberge de jeunesse de Dublin où nous devons passer la prochaine nuit.

Nos bagages déposés, Didier nous emmène pour un petit Dublin by bike. Une bonne initiation au roulage à gauche auquel nous allons devoir nous habituer. Nous quittons rapidement l’agglomération pour traverser le parc Sainte Anne puis nous longeons la digue de Bull Island elle même bordée d’une pelouse comme seuls les habitants des îles britanniques peuvent les produire. Enfin nous arrivons dans une zone boisée dans laquelle de nombreux singles tourbillonnent, proposant ainsi autant de zones très ludiques sur lesquelles nous prenons un plaisir non dissimulé à tenter avec un certain succès des figures plus ou moins acrobatiques. Les filles nous qualifierons de gamins attardés, et il faut bien admettre que leur jugement est judicieux.

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Le soir tombe, et il est temps de rejoindre l’auberge de jeunesse où nous prenons une douche réparatrice avant d’enfiler nos vêtements de soirée. Nous nous offrons un petit Dublin by night en vtt pour rejoindre l’appartement de Didier qui va nous nourrir une fois de plus. Le retour à l’AJ se fera à pied histoire de laisser les vtt en sécurité chez Didier car l’AJ refuse, et on peut le comprendre, de nous laisser emporter les vtt dans nos chambres.

Dimanche

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Debout à 8 heures et petit dej’ à 8 heures 30 dans les caves lugubres de l’AJ (car sans fenêtre aucune). Nous confions nos bagages à l’hôtesse de l’accueil. Un transporteur doit venir les prendre pour les déposer chez notre logeur de ce soir. C’est donc tout équipé pour le raid, mais à pieds que nous traversons une fois de plus le centre de Dublin encore endormi pour retrouver nos vtt chez Didier où ils ont passé la nuit.

Un petit briefing plus tard et c’est le véritable départ du raid. Nous sommes cinq. Didier en tête, nous traversons Dublin par la face sud pour rejoindre le massif des Wicklows dont nous distinguons déjà l’imposante masse. Après le roulage à gauche, Didier nous initie maintenant au brûlage des feux de signalisation. C’est en une heure de progression et au mépris du code de la route que nous rejoignons la périphérie de Dublin.

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Nous démarrons le VTT de manière très soft par la traversée d’un parc où nous rencontrons les premiers dénivelés. Dès les premières montées Axelle se plaint de sauts de chaîne. Chaîne qui très vite va casser. Le diagnostic sera assez rapide à poser. La transmission est à bout de souffle et le plateau central est usé. Encore un entretient à la Gre (1) qui porte ses fruits...

La chaîne réparée, nous continuons alors mais Axelle est priée de ne plus utiliser le plateau central dans les montées. Sacré handicap. Encore un peu de route secondaire et nous entrons dans le vif du sujet puisque nous sommes au pied des Wicklows. Par un sentier qui longe un ruisseau, nous grimpons dans une forêt majestueuse que composent d’énormes... arbres (je ne connais pas leur nom !). La progression sera ponctuée de deux nouveaux bris de chaîne sur le vtt d’Axelle qui de maillon en moins en maillon en moins devient trop courte et pose de plus en plus de problèmes d’indexation. Notre progression est aussi régulièrement freinée par des clôtures destinées à empêcher le passage des moutons. Celui des humains est assuré par un système de marches en bois qui permettent d’enjamber la clôture sans difficultés.

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Une trouée dans la végétation nous offre notre premier panorama. Une vue d’ensemble sur Dublin qui nous permet de mesurer la taille imposante de la ville.

Hélène qui bosse le lundi se sépare alors du groupe non sans un échange préalable de vélos afin qu’Axelle puisse continuer plus sereinement le périple.

Quand à nous quatre, nous continuons tranquillement notre chemin par les sentiers qui se déroulent sur les flancs des collines successives et, après une halte réhydratante et salvatrice dans un pub campagnard, nous finissons par atteindre notre B&B du jour. Après une bonne douche et un peu de bricolage sur nos monture (qui donnera pour Axelle - encore pas de bol - un axe de roue arrière cassé), le propriétaire des lieux nous dépose en ville où le programme de la soirée est de goûter aux célèbres Fish & Chips et de « visiter » un nouveau pub !

Nous dégustons notre friture sur un banc en profitant de la douceur du soir, avant d’aller tester à nouveau le cidre local, plus rafraîchissant que la bière (la journée a été chaude et il a fait soif sur les vélos).
En fin de soirée, nous prenons le dernier bus qui nous dépose à 2 kms de notre lit et nous terminons à pied le chemin du retour à travers la lande sombre (qui a parlé de loup-garou ;). La marche a terminé de nous achever.

Fin de notre première journée itinérante. Soleil et paysages sont au rendez vous et l’on s’endort tous avec le sourire en pensant déjà au lendemain.

Lundi

Aujourd’hui nous faisons connaissance avec une spécialité culinaire locale. Le breakfast irlandais. Ca commence comme un petit déjeuner continental avec jus d’orange et céréales, cela se poursuit avec une assiette chaude garnie de bacon grillé, de boudin, d’un oeuf sur le plat et quelques autres cochonnailles. Cela se consomme avec un café, un thé ou un chocolat chaud. Le repas se termine par quelques tranches de pain grillées ointes de confitures diverses. Après un tel festin, on a l’estomac calé pour quelques heures.

Cette agréable formalité accomplie, il nous reste à réparer le vélo d’Axelle avant de reprendre notre itinéraire. Un examen plus poussé de la roue montre que l’attache rapide n’est pas la seule pièce à remplacer. Un écrou s’est fait la malle, et probablement aussi une entretoise. Par prudence nous décidons d’emporter la roue. Direction la petite ville côtière de Bray située à une douzaine de kilomètres. Nous partons à trois, laissant Axelle goûter au calme campagnard de la matinée au B&B.
Nous empruntons la route qui descend vers le littoral.

Une fois sur place nous débusquons le bouclard local qui demande une heure pour procéder à la réparation. Nous profitons de ce répit pour visiter la localité dont le charme balnéaire nous pousse à un brin de flânerie sur la digue. Didier profite de cette escale pour nous proposer une petite virée sur la piste de descente permanente locale toute proche. Un piton rocheux en bordure de
mer qu’il faut escalader à la force des mollets et, par endroit, des bras.

En fait de piste permanente, il s’agit d’un sentier de promenade visiblement surfréquenté par des vélos. Le sentier progresse abruptement dans les taillis et les rochers. L’ensemble est assez technique, car les choix de trajectoires sont assez restreins et surtout ces dernières souvent très étroites. C’est plus trialisant que rapide. A la descente, c’est un véritable régal.

Les passages sont techniques à souhait, et l’on s’amuse plus à faire du franchissement que du downhill.
Une fois en bas, il est temps d’aller prendre livraison de notre roue. Stéphane en profite pour remplacer un câble de frein arrière qui donne des signes de pré-rupture. Le retour vers le B&B est moins fringant que ce qui a précédé. Je parle principalement pour moi qui suis de plus en plus en délicatesse avec les montées. Et ici, ce sont 12 kilomètres de grimpette qui nous attendent.
Après une petite heure de pédalage et quelques litres de transpiration, nous sommes de retour au B&B. On remonte la roue sur le Sunn. Ouf, cela fonctionne. La suite du raid est sauvée.

C’est donc avec près de quatre heures de retard sur l’horaire que nous reprenons notre progression.

Nous commençons par rejoindre le fond de la vallée par un de ces petits sentiers tortueux donc Didier a le secret et qui se termine au bord de la rivière. Cette vallée a un charme fou.

Nous roulons sur un sentier en gazon bordé à gauche par des hectares de fougères, et à droite par la rivière dont le lit bordé d’arbres progresse en contrebas sur la roche et les galets. L’eau est d’une couleur rouille. Didier nous expliquera que c’est la tourbe omniprésente qui lui donne cette coloration. Cet intermède d’une rare poésie culminera par la traversée de la rivière par un petit pont que certains dédaigneront préférant le gué avec un succès discutable.

Il est maintenant temps de passer aux choses sérieuses. Il est vrai que nous avons quelques « montagnes » à escalader. Il est temps de grimper. Nous empruntons une route forestière qui nous emmènera quelques centaines de mètres plus haut. Chaque fois que nous nous arrêtons, nous sommes assaillis par des nuées de mouches particulièrement assidues. La seule parade possible semble être de rouler à plus de 10 km/h. Ce qui n’est pas toujours évident en regard du pourcentage de la pente.

La forêt est en effervescence. Les bûcherons sont à l’oeuvre, et nous traversons plusieurs chantiers de coupe où nous avons la surprise de rencontrer un cheval de trait utilisé pour le débardage. Avec l’altitude, nous découvrons des paysages de plus en plus étendus qui rappellent l’Ardenne ou les Vosges. Mais c’est en sortant de la forêt, dans la partie haute des Wicklows que l’Irlande nous est révélée dans toute sa splendeur. Nous débouchons sur une lande immense qui recouvre les collines à perte de vue. Des arbustes de 30 à 80 cm de hauteur d’essences et de teintes variées parcourus de quelques sentes herbeuses. La roche effleure par endroits, et les versants sont mouchetés de tâches blanches qui sont autant de moutons. Ceux-ci paissent en totale liberté. Leur laine est simplement marquée d’un signe coloré qui identifie leur propriétaire. Nullement effrayés par notre présence, ils ne se laissent pas approcher et respectent une confortable distance de sécurité. Ils seront nos seuls compagnons de randonnée durant toute la traversée de cette lande immense.

Nous traversons un torrent qui coule au fond d’un vallon bigrement encaissé qu’il nous faut évidemment remonter par l’autre versant. De là, nous rejoignons les crêtes par le Wicklow way. L’unique sentier de randonnée de toute la contrée. Le panorama sur les Wicklows est grandiose. Sur la gauche, nous devinons Dublin que nous avons quitté il y a deux jours grâce à la présence caractéristique des deux cheminées de sa centrale thermique. Ca et là nous apercevons des lambeaux de littoral, puis les bocages dont les parcelles aux couleurs variées sont toutes séparées les unes des autres par des murets de pierre formant ainsi un immense patchwork.. Enfin à droite, les hautes collines des Wicklows vers lesquelles nous allons continuer de progresser.

La journée s’avance, et les estomacs commencent à réclamer leur dû. Nous cherchons un endroit abrité du vent qui, sans être violent, n’en est pas moins refroidissant. Le sentier s’engage sur un devers prononcé où nous trouverons un espace herbeux pour profiter du pique-nique. C’est là qu’Axelle nous gratifie d’une magnifique cabriole « Francky approved » (il se reconnaîtra ;), et ne devra son salut qu’à une touffe de genets à laquelle elle s’agrippera pour ne pas dévaler toute la pente.

En rejoignant la crête nous changeons tout à la fois de panorama, de terrain, et d’habitants. Le premier donne sur le moutonnement du massif des Wicklows perdus dans une brume accentuée par le contre jour. Une véritable féerie. Le second passe de la lande à la tourbière. Le troisième est constitué par de minuscules mais infâmes moustiques qui vous agressent dès que vous êtes à leur portée.

Le seule tactique consiste à s’agiter. Nous prenons le parti de ne pas nous attarder. Mais le sentier n’en est plus un car il est maintenant constitué de traverses de chemin de fer posées longitudinalement, accolées deux à deux et recouvertes de grillage afin d’obtenir un semblant d’adhérence (surtout par temps de pluie).

Les tourbières ont de particulier d’être fragiles et aqueuses. Ce chemin de bois permet de préserver le substrat et de ne pas s’y enfoncer comme dans un immense bourbier. Heureusement, il fait sec depuis une quinzaine de jours, et la tourbe est praticable même si nous en sentons l’élasticité sous nos pieds.

Par respect pour cet environnement sensible et puis aussi par jeu, nous choisissons le chemin de bois. Rouler au centre n’est pas possible car la jointure entre les billes n’est pas parfaite. Il faut donc choisir son côté. C’est sur cet étrange single de 30 cm de large, entre 30 et 50 cm du sol et ponctué ça et là de marches que nous allons progresser pendant plusieurs kilomètres bordés à gauche et à droite par les paysages décrits plus haut. Un véritable régal pour les yeux et pour le fun.

Avant de redescendre vers la vallée, nous faisons une dernière pause pour jouir encore une fois du paysage. Toutefois nous ne nous attardons pas. La journée touche à sa fin, les moustiques se font de plus en plus agressifs, et le chemin est encore long. Axelle préfère terminer par la route, et je prétexte lâchement qu’il lui faut un guide pour lire la carte pour l’accompagner. Didier et Stéphane termineront eux par la piste. Rendez-vous à Glendalough (prononcer Glendaloc) pour faire les achats du pique-nique du lendemain et prendre le repas du soir...

Notre petite route nous emmène maintenant dans un paysage plus domestiqué constitué de petites fermes éparpillées dans une campagne constituée de petites parcelles séparées les unes des autres par un bocage et des murets de pierres calcaires. Après deux heures de progression nous atteignons tous Glendalough quasiment en même temps et presque à la nuit tombante.

Une petite visite au « general store » local, puis un petit coup de fil à notre logeur pour le rassurer sur notre arrivée tardive puis nous nous installons dans le pub local qui heureusement propose une restauration reconstituante. Deux heures plus tard, quelques cidres, bières et un excellent « Wicklows lamb stew » ou « irish stew » (ragoût de mouton des Wicklows) nous reprenons notre progression. Il fait nuit noire et l’éclairage public n’est qu’un rêve inaccessible. Après quelques minutes notre vue s’habitue à l’obscurité, et il devient possible de distinguer des nuances de noir. Heureusement la route n’est quasiment pas fréquentée, et c’est dans l’hilarité que nous effectuons les trois derniers kilomètres qui nous séparent du B&B qui nous rejoignons vers 23h30.

Malgré l’heure on ne peut plus tardive, la maîtresse de maison nous accueille fort aimablement et nous découvrons ensuite nos chambres douillettes, voire carrément romantiques. Si Axelle succombe assez rapidement au charme de l’endroit, Stéphane éprouve lui plus de difficultés à se familiariser au rose des murs et aux grandes fleurs qui recouvrent les tentures ainsi que les couettes assorties.

Douche et dodo sont nos derniers soucis de la journée. On ferme boutique jusqu’à demain.

Mardi

La chambre n’était pas seulement cossue et douillette. Elle était également très confortable. C’est donc avec quelques difficultés qui nous nous sortons des plumes pour aller prendre le petit déjeuner vers 8h30. Celui-ci est particulièrement copieux, et dans la droite ligne de la tradition irlandaise.

Nous quittons notre chambre rose presque à regrets et nous confions une fois de plus nos bagages à notre hôte en espérant les retrouver d’ici quelques heures à Wicklow Town.

Une petite bosse plus loin à travers bois et nous rejoignons les ruines du monastère de Glendalough. C’est là que nous nous séparons pour former deux groupes. Axelle aimerait se la jouer cool et désire rejoindre la côte par les routes de campagne. En mari attentionné je m’empresse de l’accompagner et lui servir de guide, tandis que Didier et Stéphane vont se tirer la bourre à grimper toutes les collines des environs. Le rendez-vous est fixé à la gare de Wicklow Town avant 16 heures. Heure à laquelle nous devons embarquer dans le train qui nous ramènera sur Dublin.

Nous nous mêlons aux nombreux touristes pour visiter les ruines. Nous jouons le jeu jusqu’à acheter des cartes postales et déguster une crème glacée puis reprenons la route à un rythme paisible. Les routes secondaires irlandaises sont très peu fréquentées. Durant deux heures nous progressons dans des forêts. Ensuite le paysage devient plus agricole. Des prairies, des champs, et toujours ces petites parcelles en bocages qui font partie du charme de l’Irlande.

Après une petite pause pique-nique, nous attaquons la dernière bosse. En haut le panorama nous livre le littoral qui se déroule au loin et la ville côtière de Wicklow Town en contrebas. Il ne reste plus qu’à se laisser descendre jusque là. Une fois en ville notre instinct nous guide jusqu’au port. Nous poussons jusqu’à l’extrémité du mole, apogée de notre raid.

On se prélasse un peu à regarder la ville et la mer avant de rejoindre la gare. Il ne faudra pas attendre longtemps pour voir arriver Didier et Stéphane qui n’ont pas traîné en route. A quatre nous retournons en ville pour trouver l’agence de transport qui a pris en charge nos bagages. Par chance, le chauffeur est présent et accepte d’apporter nos sacs jusqu’à la gare.

Nous patienterons une heure sur le quai avant d’embarquer dans un train dont les voitures doivent dater de la dernière colonisation, ce qui leur donne un charme très rustique. La ligne de chemin de fer longeant la côte, cela nous vaudra quelques belles vues sur les falaises, les Wicklows dont le relief se découpe au loin et les cités balnéaires des environs. Tout cela tout en dégustant une bière puisque le train tout vétuste qu’il est n’en est pas moins pourvu d’un bar. Ah ces Irlandais !

De retour à Dublin, nous devons encore rejoindre le « cagibi » de Didier. On se la joue sherpa avec les sacs de voyage sur le dos, les sacs vtt sur le ventre, la circulation du centre ville et le roulage à gauche. Une traversée barnumesque du centre ville qui heureusement se déroule sans encombres.

Hélène, notre sauveuse de bagages nous accueille, et c’est avec plaisir que nous retrouvons notre pied-à-terre dublinois dont nous envahissons une fois de plus le séjour. Il reste à décompresser un peu et à remballer les vtt. Nous en profitons pour réduire les dimensions de la grosse caisse de Stéphane histoire de la rendre compatible avec son embarquement dans les cabs (taxis) pour le retour à l’aéroport.

Nous profitons aussi de cette dernière soirée ensemble pour s’offrir une petite bouffe en ville, visiter une dernière fois les pubs de Dublin et goûter à l’ambiance nocturne très agréable de cette métropole attachante. Demain, Stéphane prendra très tôt le chemin de l’aéroport pour rejoindre la France. Didier lui réenfourchera son vélo pour se rendre chez son employeur dublinois tandis qu’Axelle et moi nous nous offrirons un petit extra pour une visite de deux jours dans le Connemara avant de rentrer en Belgique.

Epilogue

Si ce voyage date de juillet 2000, ce n’est que cinq ans plus tard que nous en finalisons le compte-rendu et qu’il m’est donné d’en rédiger l’épilogue. C’est, pour les quatre protagonistes de cette sympathique promenade, avec le sentiment d’avoir vécu un moment d’exception que nous relisons ce texte. C’est dire combien l’Irlande a su nous marquer et nous charmer. J’espère, amis lecteurs, que par la lecture de ce réçit, vous saurez percevoir une part du bonheur que nous rapportons de ces quatre jours et vous souhaite d’avoir la joie de vivre d’aussi agréables expériences.

A voir et à lire

- Notre galerie d’images.
- Images d’Irlande sur le site de Jaques Paris
- République d’irlande sur
Wikitravel

- Irlande sur Wikipedia
- Le guide du routard
- Guide de tourisme en Irlande
- Ambassade de France en Irlande
- Ambassade de Belgique à Dublin

Renseignements utiles

L’Irlande, avec sa superficie de 84 421 kilomètres carrés occupe l’équivalent d’un septième du territoire Français. Une terre peuplée d’environ 5 millions d’habitants, soit une densité de population parmi les plus faibles d’Europe. L’Eire au sud constitue la République d’Irlande avec Dublin comme capitale. L’Ulster au nord, avec Belfast pour capitale, fait partie du Royaume-Uni.

La capacité de logement se décline en plusieurs catégories. Les Bed & Breakfast (B&B), les farmhouses, les guesthouses, les hôtels, et les auberges de jeunesses (Youth Hostels). Les B&B constituent le gros du peloton et permettent de partager la vie des irlandais le temps d’une nuit et d’un petit déjeuner puisque le plus souvent ce logement s’effectue chez l’habitant. Les auberges de jeunesse offrent quant à elles les prestations les plus économiques.

La langue : Anglais et Gaélique. Pour nous, continentaux francophones, les irlandais parlent un anglais facile puisque la tendance à rouler les ’r’ parait généralisée.

Accès : Une carte d’identité suffit aux ressortissants européens pour entrer en Irlande.

Argent : La livre Irlandaise vaut (valait !) 1,27€. Plus de souci à avoir de ce côté puisque la devise en cours dans le pays est l’euro. Dans une grande ville comme Dublin, les possesseurs d’une carte Visa pourront retirer de l’argent depuis les guichets électroniques. Attention, les horaires d’ouverture des banques sont assez réduits.

Offices du tourisme :

- France : 33 rue de Miromesnil, 75008 Paris. Tél : 01 53 43 12 12
- Belgique : Av. De Beaulieu, 25, Auderghem, Bruxelles 1160 . Tél. 02 672 10 66
- Canada : 160 Bloor St. East (suite 1150), Toronto, Ontario M4W-1B9. Tél. 929 67 83
- Suisse : Neumühle, Neumühlestrasse 42 , CH 8406 Winterthur. Tél. 052 202 69 06 7 .



Auteur - Roudou - Didier - Steph’




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