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  Le Raid du Castor à Miribel (Lyon)


(2/11/2005)

Didier est un membre actif de longue date du club VTTnet. Un jour sur un rendez-vous du club, il découvre la course d’orientation VTT. C’est le coup de foudre. Il pratique cette discipline avec gourmandise pendant deux ans sur la région parisienne. A peine débarqué à Lyon où il vit depuis quelques mois, il se trouve rapidement des compêres pour tripatouiller la carte et la boussole à pied comme à VTT.

Il nous fait découvrir cet autre aspect du VTT au travers du raid du castor, organisé en proche banlieue de Lyon.

"L’équipe de choc :
Luc, 26 ans. S’est toujours demandé ce que peut bien signifier ce mot, « fatigué », que ses équipiers prononcent sans arrêt à chaque raid.
Didier, 35 ans. Une petite boussole (parfois rouillée) dans la tête, et des mollets de grenouille.

Tout a commencé quelques semaines avant le raid, lorsque Luc me propose de tenir la carte au raid du Castor. Un raid à moins de 30mn de voiture, ça ne se refuse pas. J’accepte mais à condition qu’il emmène un tire-minette. Marché conclu ! Ca sera notre premier raid ensemble.
On s’appelle la veille du raid pour mettre au point les derniers détails. Luc m’apprend alors qu’il a une grosse crève depuis le début de la semaine. J’en suis ravi, ça va aider à niveler nos niveaux respectifs. En plus, je me remets tout juste d’un petit épanchement de synovie survenu 15 jours plus tôt. Ces nouvelles peu rassurantes de nos physiques respectifs auront au moins le mérite de nous enlever toute éventuelle trace de pression, on va faire le raid à fond bien sûr, mais avant tout pour s’amuser.

On se retrouve à Miribel samedi en fin d’après-midi pour la découverte du road-book. Luc m’annonce qu’il a dormi toute la journée et qu’il est encore un peu comateux. De mon côté, je me sens calme, très calme, trop calme. Une chance sur 2 que je me réveille à temps !

Au programme de cette soirée :
-  CO de nuit : course au score. Jusqu’à 18 balises à ramasser en 1H, départs toutes les 30 secondes.
-  A l’arrivée, sarbacane, 3 fléchettes par personne, 1 minute de bonification par fléchette au centre de la cible.
Et le dimanche, à partir de 8H30, départ en chasse en fonction des écarts de la veille pour :
-  VTT en suivi d’itinéraire avec 4 balises à ramasser en route
-  CO à pied, 8 balises
-  VTT’O, 8 balises
-  Canoë, 6 balises
-  CO sprint, 4 balises
Le tout sur carte IOF, le bonheur pour un orienteur !

Les forces en présence : 61 équipes, dont 2 équipes du team la Clusaz, des triathlètes assez costauds, et quelques autres raideurs expérimentés. On peut raisonnablement obtenir une place dans les 10 premiers, et finir dans les 5 nous comblerait de joie.

La CO de nuit est à priori mon point fort, on décide donc de partir dans les premiers pour éviter de ramasser trop de monde en route. Et on est bien sûr décidés à tout ramasser dans l’heure. Il est 19H30, la nuit est bien tombée, et il fait pas loin de 20°C. Je m’échauffe un minimum pendant que Luc fait la queue pour le départ. C’est à nous, on part à bloc, Luc me poussant très efficacement. Mais comment fait-il ? Heureusement qu’il ne s’est pas échauffé ! Sur les premières centaines de mètres il faut juste suivre les jalons. Et en 2 minutes on a rattrapé l’équipe partie 30 secondes devant nous. C’est donc pour ça que je suis aussi essoufflé ? Dis, Luc, on va peut-être lever un peu le pied, non ? Sinon dans 5 minutes je m’effondre !
Heureusement le premier poste est en haut d’un grand filet-araignée. Ca me laisse le temps de reprendre mon souffle pendant que Luc escalade pour poinçonner. La première partie de cette CO forme une vague boucle. Les équipes qui nous précédaient sont parties à gauche. Ca tombe bien, je voulais prendre à droite, on va être plus tranquilles. Les postes s’enchainent bien, avec une alternance de grandes traversées de prairies à la boussole et de passages en sous-bois où il faut être un peu plus prudents. Vers le milieu de la boucle, on croise un petit train de 3 ou 4 équipes. J’hésite ensuite sur un poste que je cherche 100m trop tôt le long du chemin. 1 minute de perdue. Pas grave, on repart de plus belle. Les postes s’enchainent facilement jusqu’à la fin de la 1ère boucle, et c’est parti pour la 2ème, un chouilla plus technique. Je ne prends pas de risque et opte pour des choix d’itinéraire sûrs et rapides, avec un minimum de lecture de carte. Avec le rythme imposé par Luc, je suis limite dans le rouge, ce n’est pas le moment de naviguer avec précision. Je privilégie donc les grands axes plus courants. On est tellement bien lancés qu’on passe devant un poste sans le voir sur un chemin large et rapide. 200m plus loin, je ralentis car je sens qu’on est trop loin. On continue quand même un peu et on tombe sur la route. Demi-tour fissa, on retrouve le poste. 1 minute de perdue. Le reste s’enchaine sans problème. Partis 11ème, on est les premiers à revenir, c’est bon signe.
On enchaine sur le tir à la sarbacane. Nos fléchettes ne sont pas très disciplinées, et même si certaines atteignent la cible, aucune ne se fiche en son centre. Pas de bonification de temps pour nous, comme pour le tiers des équipes ! Les 3 meilleures équipes gagneront 4 minutes à ce petit jeu.

Les résultats tardant à venir, on va se coucher sans connaitre notre classement. On viendra de bonne heure demain matin au cas où.

Le lendemain, une bonne surprise nous attend, puisqu’on est 3ème. A près de 6 minutes des premiers, mais à 15 secondes des 2ème, et 10 secondes devant les 4ème. Les suivants (dont les 2 teams la Clusaz) partant environ toutes les 30 secondes. A part les premiers qui ont une bonne avance, les 10 équipes suivantes se tiennent donc en moins de 8 minutes. Ensuite, une poignée d’équipes partira toutes les 5 minutes, et les 45 équipes restantes participeront au départ en masse à 9H.
Il ne fait pas froid, mais il pleut à verse et les prévisions ne sont pas optimistes pour cette journée. Après avoir hésité, on décide au dernier moment de ne pas emporter les chaussures de trail pour la CO à pied au milieu du VTT. On ne regrettera pas ce choix, le terrain détrempé sera assez souple pour nos chaussures de VTT.
Et c’est parti ! Comme on s’en doutait, les équipes classées 2, 3 (nous pour ceux qui n’ont pas suivi) et 4 se retrouvent très rapidement ensemble sur cette section de VTT en suivi d’itinéraire. On forme un petit train qui roule à un très gros rythme. Luc a l’air de se balader, mais personnellement je suis à bloc. La première balise est pointée. La pluie rend le pilotage et la lecture de carte difficiles. Les intersections s’enchainent très (trop ?) rapidement, l’orienteur menant le train faisant plus d’une fois une petite erreur. Mais il s’en rend toujours compte et corrige rapidement le tir pendant qu’un autre prend le relais. Luc insiste pour qu’on passe devant, mais je n’aurais pas les cuisses pour s’échapper en force, et je me sens plus à l’aise que nos amis en orientation. On reste donc en embuscade à l’arrière du train. Et effectivement, l’occasion que j’attendais ne tarde pas à se présenter. Dans un passage un peu plus technique, les 2 premières équipes ratent une bifurcation sans s’en apercevoir. Je saute sur l’occasion, et on plonge à droite en accélérant encore le rythme par sécurité. Et ça marche encore mieux que l’on n’espérait : 500m plus loin, on tombe sur l’équipe partie en tête ce matin au moment où ils pointent la 2ème balise. On a réussit à fausser compagnie aux autres juste au moment où notre train de 6 coureurs revenait logiquement sur les 2 premiers. On repart donc à 4, en tête, toujours aussi vite, et personne à l’horizon derrière nous.
A peine 1km plus loin, c’est à notre tour de rater une bifurcation. Le temps de corriger l’erreur, et on retrouve ceux à qui on vient de fausser compagnie. Tout est à refaire. On passe tous à la 3ème balise, et on entre alors dans une zone plus technique. Le train est de moins en moins compact au gré des arrêts de chacun pour vérifier la carte. Et puis, petit à petit, on finit par se retrouver seuls devant. On ne relâche pas le rythme, j’ai vraiment du mal, mais Luc me pousse à la moindre occasion.

Après 1H10 d’effort, dont les 20 dernières minutes seuls, on arrive enfin à la fin de cette section de suivi d’itinéraire en VTT, personne à l’horizon derrière nous. Mais on n’a vu que 3 balises. Après moins de 5 minutes, juste comme on finit de se ravitailler et de recopier les postes pour la CO à pied, une autre équipe finit le VTT. On ne les avait pas encore vu jusqu’à maintenant. Ils sont partis 9èmes ce matin, 3’30 derrière nous, et ils n’ont eux aussi que 3 balises. En vérifiant plus tard à tête reposée, je m’apercevrai que, sans le vouloir et sous la pression des poursuivants proches, j’ai zappé 100m de single en restant sur le chemin principal parallèle. La 4ème balise était justement sur ces 100m de single ! Ca me servira de leçon. Les organisateurs ont bien joué en plaçant cette balise à un endroit aussi stratégique.

Et c’est donc parti pour la section de CO à pied. La pluie qui n’a pas cessé depuis le départ redouble, et va encore s’intensifier pendant notre course. Le maillot collé à la peau par la force des gouttes pèse une tonne, les flaques sont de plus en plus larges et profondes, la boue de plus en plus fuyante et collante. La traversée de 2 ou 3 champs fraichement labourés est un véritable exploit. Mais notre moral est au beau fixe, et l’on continue à dominer les éléments plutôt que de subir, dans une ambiance très commando de marines. Les postes s’enchainent bien, malgré un ou deux mauvais choix d’enchainements. Vers la fin, on croise quelques équipes tournant en sens inverse. Les coureurs ont l’air de moins s’amuser que nous, ça nous remotive encore un peu plus.

On termine cette section en 50 minutes. Au milieu d’un gros groupe d’équipes qui finissent le VTT, on boit et on mange une bricole, on recopie les postes du retour VTT’O, et on repart à l’instant où les 2èmes finissent la CO à pied. On est donc toujours en tête, et toujours avec 5 minutes d’avance sur nos poursuivants.
Ce retour en VTT est plus facile que l’aller, puisqu’on n’est pas obligés de suivre le moindre petit single. En revanche, certains postes sont à aborder avec prudence car au beau milieu d’un beau plat de spaghetti de singles. On roule à un très bon rythme, en faisant de bons choix d’itinéraire et sans hésitations. Et malgré ça, à partir du milieu du retour, en se retournant en bout de lignes droites, on aperçoit au loin un groupe de 3 ou 4 équipes qui se rapprochent.
A la sortie d’un passage technique, je m’aperçois que j’ai crevé. On tente un coup de bombe de réparation, et... ça semble marcher. Ouf ! Pas plus d’une minute de perdue. On repart encore plus fort, on a la pression. Après quelques minutes, on ne voit plus nos poursuivants, on les a apparemment lâchés. Pour les 3 dernières balises, la pluie a fini par avoir raison de ma carte, ou plutôt des cercles que j’y avais reportés. Heureusement je me souviens à peu près où je les avais tracés, et on débusque les balises et les poinçonne avec soulagement.
Quand on arrive enfin au départ des canoës, après 55 minutes le nez dans le guidon et la carte, on trouve 6 vélos déjà arrivés ! Les boules ! Mais Pascaloup qui était venu donner un coup de main aux organisateurs nous rassure tout de suite, ce sont 3 équipes qui ont zappé la CO à pied et plusieurs balises VTT du retour. On est donc toujours en tête, mais les autres ne sont forcément pas loin. Il ne faut pas trainer.

Et c’est parti pour le canoë au moment où la pluie s’arrête enfin. Les balises sont déjà reportées sur une carte toute neuve. Quelle bonne nouvelle, la notre était détrempée et plus vraiment utilisable. Les postes s’enchainent bien, jusqu’au dernier où je vise la mauvaise île. On en est quittes pour un détour de 5 bonnes minutes. On termine cette section de canoë en 45 minutes, et on s’apprête à en finir avec la dernière CO d’une dizaine de minutes (4 postes).

Quand on sort de l’eau, Pascaloup nous annonce que nos poursuivants sont les 2 équipes de la Clusaz, qui sont rentrées dans l’eau 20 minutes derrière nous. Aïe, ça va être très dur, car ils ont toutes les balises alors qu’il nous en manque une, soit 15 minutes de pénalité. On n’a donc plus que 5 minutes d’avance, qui ont été sérieusement entamées par mon erreur sur le dernier poste du canoë. On est donc virtuellement ex-æquo. Sauf qu’ils sont à priori meilleurs que nous en canoë, et qu’ils ont leurs propres pagaies profilées en carbone. Il va donc falloir faire des miracles sur la dernière CO pour rester en tête.

On part en sprintant comme des fous, les postes sont faciles à trouver, mais les choix d’itinéraires pas évidents et piégeurs, avec certains passages à trouver entre les bâtiments. On finit en moins de 10 minutes, complètement dans le rouge, juste à temps pour voir les 2 équipes de la Clusaz qui sortent de l’eau avec 12 minutes de retard sur nous. De loooongues minutes d’attente commencent alors. En croisant très fort les doigts pour qu’ils aient moins de réussite que nous sur la CO à pied. Ils ne doivent donc pas finir moins de 15 minutes après nous. Et quand les deux équipes passent sous l’arche, toujours ensemble, 16 minutes se sont écoulées depuis notre arrivée. On a réussi !!! On apprendra qu’ils ont fait un mauvais choix d’itinéraire et se sont retrouvés dans un cul de sac.

Pour Luc comme pour moi, cette première victoire en raid multi restera un excellent souvenir. La qualité du tracé, avec une alternance de portions techniques et roulantes. Les pièges de certains postes à postes. La parfaite entente et complémentarité au sein de notre équipe. Les conditions "extrêmes". L’aspect tactique : rester en peloton ou tenter une échappée. La sensation grisante de faire une partie de la course en tête. Le très bon esprit entre concurrents, chacun n’hésitant pas à encourager ses adversaires en les croisant. Et enfin la bonne humeur et la disponibilité des organisateurs. Tous ces ingrédients qui font la recette d’un raid réussi étaient présents.
Sans hésiter, le raid du Castor est un raid à (re)faire !"

Plus d’infos sur le Grand Parc Miribel-Jonage : http://www.grand-parc.fr



Auteur - Didier




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