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  La Loire d’un bout à l’autre


(/02/2001)

<REP|SITE/2001/loire>

Au départ, il y a le mont Gerbier de Jonc d’où s’écoule un mince filet d’eau que l’on appelle la Loire. A l’arrivée, il y a l’Océan Atlantique dans lequel se jette la Loire (qui entre temps a pas mal grossie). C’est le programme du raid estival concocté par Olivier.

Nous sommes quatre à nous lancer dans ce périple :

  • Olivier, l’instigateur du projet, qui m’avait déjà entraîné sur les chemins séparant Clermont-Ferrand de Montpellier il y a deux ans
  • Frank et Jean Paul, avec qui j’étais parti dans l’Atlas marocain l’année dernière
  • Moi-même

L’itinéraire est relativement simple : le GR3 suit le cours de la Loire (à quelques infidélités près) et nous suivrons le GR3 (à quelques infidélités près). La difficulté vient du fait qu’il n’existe pas de topo-guide décrivant précisément les chemins et l’hébergements. Le kilométrage, environ 1300 kilomètres sur 13jours, est également un facteur non négligeable.

Nous sommes en pseudo-autonomie : nous n’avons pas de voiture suiveuse, mais nous logerons tous les soirs dans du dur. Bien que nous nous y soyons pris dès février, réserver les différents gîtes et hôtels n’a pas été une mince affaire dans ces régions fort touristiques. Sans voiture suiveuse, nous trimballerons ce que chacun considère comme le minimum sur notre dos. Toutefois, la notion de minimum a des interprétations différentes selon les individus et ces différences se chiffrent parfois en kg ?

Samedi 29/07

Mont Gerbier de Jonc - Vorey

98 kilomètres - 6h05

Grâce à la soeur d’Olivier et au papa de Frank qui jouent les chauffeurs pour l’occasion (encore 1000 mercis à eux), nous quittons la bonne ville de Lyon vers 5h00 du matin. Nous arrivons au Mont Gerbier de Jonc vers 7h30.

Déjà, sur la route, nous avons rencontré la pluie. On a connu des entrées en matière plus favorables ? Arrivés sur place, le plafond est bas, le vent souffle et il fait plutôt froid (moins de 10°C). Tout le monde plonge dans son sac pour sortir fourrures polaires et autres coupes-vent.

Après la photo de départ effectuée par nos généreux chauffeurs, nous enfilons nos sacs et enfourchons nos VTT, direction l’océan !

S’il fait froid et gris, il ne pleut pas. Cette première partie du GR contourne le mont, puis fait cap au Nord par des chemins minés de racines. Les sacs à dos ne nous rendent pas particulièrement adroits, surtout JP qui se vautre à trois reprises pendant la première heure. Nous progressons dans des champs de bruyères odorants qui nous donnent un peu de baume au coeur malgré le temps un peu sinistre.

Petit à petit, la grisaille semble se lever. Le GR passe au milieu d’un camping où les pensionnaires semblent passablement frigorifiés, il y a de quoi. Pour commencer le raid avec de bonnes habitudes, nous nous mettons en quête d’un endroit pour le " goûter de 10h ". Ce faisant, nous retrouvons la Loire qui a déjà pas mal grossie : son lit doit déjà faire dans les 20m de large.

Nous progressons ensuite difficilement le long des berges, d’autant que les balises du GR ont été peintes avec une grande parcimonie. Nous avons recours aux indications des locaux pour nous remettre sur le bon chemin.

Nous passons par un joli village médiéval. Le retour du soleil aidant, la Loire a des allures ardéchoises. Du fait du relief accidenté, notre progression est plutôt lente : à l’heure de la pause pique-nique nous n’avons parcouru que 50kilomètres en cinq heures... En plus, un panneau nous apprend que la suite du GR est fermée. Si nous voulons rejoindre notre étape du soir avant la nuit, une séance de route s’impose.

Durant l’après midi, nous suivons les départementales qui suivent la Loire à gros trait. Traversée du Puy au milieu des voitures, puis route de nouveau dans une vallée encaissée mais relativement plane.

Nous arrivons à bon port vers 16h45, alors que nous avons pas mal coupé par rapport à l’itinéraire du GR. Nous avons fait presque 100 kilomètres aux compteurs. Il semble que les estimations faites sur des cartes au 100 millièmes soient à réévaluer d’au moins 15%.

On sait que pendant un tel raid les 3-4 premiers jours sont généralement les plus critiques en terme de fatigue, d’autant que les plus grosses bosses se concentrent sur les trois premières étapes (traversée du Forez). Mieux vaut donc chercher à économiser nos forces.

Le gîte communal est à l’image du bled, pas particulièrement accueillant, malgré une pancarte à l’entrée du village où l’on peut lire le slogan "Vorey tu me plais"... Par soucis d’économie d’énergie, nous nous trouvons un resto plutôt que de préparer à manger dans le gîte.

Dimanche 30/07

Vorey - La Chamblat

115 kilomètres - 6h55 (ça calme !)

En ce beau dimanche matin ensoleillé, nous tentons sans succès de petit-déjeuner au "café de la halle". Toutefois, la patronne acariâtre grommelle contre nos vélos qui encombre sa terrasse pourtant déserte. Voyageur, si tu t’égare à Vorey (je ne conçois pas qu’on puisse venir sciemment dans ce trou) évites le café de la halle comme la peste !

L’étape du jour s’annonce bien garnie, avec beaucoup de kilomètres, et un gros dénivelé sur la fin. A la lumière des évènement d’hier, nous jugeons qu’il est plus sage de s’avancer par la route dans la matinée, la suite nous prouvera que nous avons eu mille fois raison.

Les routes sont plutôt désertées par les voitures. Nous abandonnons la Loire qui part à l’Est pour monter au Nord, sur un plateau venteux. Nous constatons les dégâts de la tempête de décembre : beaucoup de bouquets d’arbres sont à moitié arrachés, et pas encore débarrassés.

En fin de matinée, nous récupérons le GR. Malheureusement c’est pour peu de temps car pour cause de tempête, il est à nouveau fermé. Un GR de délestage suit une petite route dans la forêt.

Pause pique-nique dans une clairière, suivie d’une sieste. Ensuite, nous retrouvons le GR pour grimper au col "de l’homme mort", puis direction le col du Beal qui surplombe la station de Chalmazel dans le haut Forez.

Tout à notre ascension, nous croisons de nombreux groupes de randonneurs du dimanche. Il faut s’organiser pour répondre à tous les "bonjours" échangés. La pente est régulière mais constante, nous arrivons dans des alpages.

Ce sol mou, voire carrément spongieux, fort agréable pour le randonneur pédestre, est peu propice au vélo. Il faut donc laisser pas mal énergie pour avancer. Le relais TV du col du Béal est un bon point de mire, mais c’est un peu démoralisant de constater qu’il semble toujours aussi loin.

Arrivés au pied du col, au début de la dernière grosse bosse, c’est la panne de jambe pour les quatre. Belle synchronisation ! Nous dévorons nos rares réserves de nourriture puis continuons tant bien que mal.

Heureusement, le chemin qui mène au gîte est globalement descendant à partir du col. Cependant, le moindre faux-plat, la plus petite dénivellation, sont passés avec une grande lassitude. Il est temps d’en finir.

La Chambat est un petit village perdu dans les montagnes, mais son gîte est beaucoup plus confortable que celui de la veille. L’auberge du bled nous réserve un accueil qui restera à jamais gravé dans les mémoires. Complètement crevés par sept heures de vélo, nous avons du mal à nous traîner à table. Mais le repas pantagruélique qui nous attend tombera particulièrement à point.

Une étape un peu similaire à celle-ci nous attend demain : beaucoup de route le matin pour rejoindre les parents d’Olivier qui nous apportent le pique-nique vers 13h, puis chemin dans l’après-midi jusqu’au gîte.

Lundi 31/07

La Chambat - Bert

113 kilomètres - 5h20

Départ routier après un solide petit déjeuner assuré par notre bienfaitrice de l’auberge. Les 20 premiers kilomètres se font quasiment en roue libre : nous quittons le Forez.

Nous arrivons à St Clément, le centre géographique de l’Europe des 12 comme dit la pancarte, vers 12h30, après 66 kilomètres de bitume sans histoire.

La maman d’Olivier nous a préparé un pique-nique copieux auquel nous faisons honneur. Nous voici à l’abri de l’hypoglycémie pour aujourd’hui.

L’après midi, retour dans les chemins. En guise de digestif, la succession de petites bosses en plein cagnard n’est pas des plus indiquée. Il faut rester vigilant pour garder son repas. Durant tout l’après-midi nous subissons une succession de petites ondulations géographiques assassines (montée raide, descente rapide, et rebelotte ?).

Première crevaison du raid pour Olivier, qui s’aperçoit que son pneu a souffert également. Heureusement, nous sommes alors tout proches de Bert.

Luxe suprême, le gîte dispose d’une machine à laver. Ceci nous évite de jouer les mères Denis pour laver nos petites affaires comme tous les soirs.

Le temps est de plus en plus chaud, on annonce de l’orage demain en fin de journée.

Mardi 01/08

Bert - St Léger les Vignes

114 kilomètres - 5h25

Départ tardif, après un petit déjeuner au bar local, où les tenues aux couleurs chamarrées de Franck et Jean Paul remportent un vif succès.

Notre route poursuit l’infâme succession de raîdards d’hier après-midi. Heureusement, au fur et mesure de notre progression, les bosses s’atténuent et le relief devient carrément plat. La température augmente rapidement, cela va être une des plus chaudes journées du raid.

Ici, le GR est une succession de chemins à travers champs et sous-bois, et de petites routes. A Dioux, nous retrouvons la Loire que nous avions quittée dimanche. Cette fois-ci nous ne nous en éloignerons jamais beaucoup.

Vu notre départ tardif ce matin, pas de pause de 10h. En sortant de Dioux, nous perdons un peu le GR et sommes obligés de braver une pancarte de propriété privée pour retrouver les balises. Le chemin est maintenant très plat, la traversée des rares sous-bois est un soulagement par cette température étouffante.

Après le traditionnel pique-nique, nous repartons à la fraîche vers 13h et en plein cagnard. L’après-midi est ponctuée par de nombreux arrêts aux fontaines municipales. Les conditions de progression sont assez contrastées : par endroits nous avançons à 30 km/h sur la route alors que quelques instants plus tard nous progressons tant bien que mal dans d’immondes bourbiers ou des tracteurs ont laissé des ornières d’un mètre de profondeur. Enfin, le GR se transforme en maigre trouée dans un mur de ronce, pour finir sur une route nationale.

A une dizaine de kilomètres de l’arrivée, nous rejoignons un chemin de hallage tout au bord de la Loire. Au bled précédant l’étape du soir, nous faisons halte pour une nécessaire pause Coca. La chaleur étouffante associée au rythme soutenu de l’étape nous ont finalement pas mal entamés. Notons que c’est le premier jour où nous sommes restés aussi fidèle au tracé du GR.

Nous logeons ce soir dans un centre sportif déserté par ses jeunes occupants pendant les vacances. Le repas semble interminable à la seule table du bled. On dirait que le temps change, mais cela ne saurait entamer notre optimisme. Bonne surprise au sujet du couchage : des lits de 2 mètres. Pour une fois, pas besoin de dormir en diagonale dans un lit étriqué.

Mercredi 02/08

Saint Léger les Vignes - Donzy

101 kilomètres - 4h15

La pluie nous a rattrapés pendant la nuit. Vers 8h, à l’heure de se mettre en route, il ne pleut heureusement plus. Par contre, le sol est passablement détrempé et le ciel bien gris.

Nous nous préparons donc pour une journée humide et bitumeuse le long du canal de la Loire. Nous dévastons le buffet de l’hôtel qui nous accueille pour le petit déjeuner sous le regard atterré de la clientèle du troisième age.

Au moment de se mettre en route pour de bon, un crachin breton et persistant fait son apparition. Franck et Jean Paul déploient les housses imperméables de leurs sacs Hi-Tech, et tout le monde se couvre le mieux possible. Nous prenons ensuite la direction de Nevers par la route, soit environ 40 kilomètres. Nous profiterons de notre passage dans une ville pour chercher un magasin de vélo, pour qu’Olivier remplace son pneu malade depuis deux jours.

La liaison dure deux heures. Rouler sous la flotte n’est pas particulièrement réjouissant, mais cela fait partie des aléas de ce genre d’expédition.

Le centre historique de Nevers est perché sur une petite bosse en bordure de Loire. Pendant que Frank et Olivier recherchent des adresses de magasins de cycle à la Poste, nous répondons à un micro-trottoir pour la feuille locale : la question posée (la facturation des chèques) par la sympathique journaliste est bien loin de nos préoccupations actuelles.

Les seuls magasins du bled sont plus spécialisés dans le pot de détente et le kit pour mobylette que dans le VTT. Nous nous rabattons sur le DKT local, sorte de valeur sûre quelle que soit la région.

Arrivé sur place, Olivier trouve son bonheur. Le responsable du rayon est un VTTiste averti, les Fournales de Jean Paul et Olivier le réjouissent, dans la mesure où il est également propriétaire d’une telle usine à gaz. Le brave homme accepte fort gentiment de garder nos vélos pendant que nous allons nous restaurer à la cafette voisine.

En début d’après midi, il ne pleut plus. Il nous reste alors 60 kilomètres de route jusqu’à Donzy. Nous arrivons au gîte vers 15h30 au terme d’une étape exclusivement routière.

La chambre d’hôte ressemble plus à la maison de Barbie qu’à un gîte. Inutile de chercher qui de M. ou Mme a décoré les lieux. Nous sommes cependant fort bien installés, ayant même une piscine à notre disposition.

Repas en compagnie de la maîtresse de maison et d’un couple amateur de loisirs culturels. Nous passons sans doute pour les idiots du village, j’aimerai bien les y voir après 100 kilomètres de vélo par jour !

Jeudi 03/08

Donzy - Sully sur Loire

101k ilomètres - 5h35

Départ vers 9h, alors que le temps semble vouloir être clément. Après quelques kilomètres de route, nous récupérons le GR dans des chemins plutôt gras (pas étonnant, après ce qui est tombé la veille ?). Nous arrivons dans le parc de notre premier château de la Loire (un tout petit).

Le chemin est de moins en moins praticable, se transformant par endroits en authentique bourbier, avec ses traditionnelles ornières, ceci pendant près de 20 kilomètres ?

Au détour d’un chemin, nous surprenons un chevreuil : avec le vent défavorable, il ne nous a ni senti, ni entendu. Sur le moment, incrédules, nous pensons voir un gros chien. Le temps de réaliser, la bestiole disparaît dans les fourrés sans un bruit.

Vers 12h30, nous stoppons sur une zone de pique-nique, couverts de boue. La sieste est nécessaire après une matinée plus occupée à pousser les vélos qu’à rouler, même sous un ciel redevenu menaçant.

La suite est plus praticable et touristique. Nous croisons le pont du canal de Briare qui passe au-dessus de la Loire. Étrange spectacle que de voir des bateaux sur un pont au-dessus d’un fleuve ?

Il fait de nouveau beau, les chemins sont redevenus roulants et nous sommes dans les temps, tout va bien ! Nous traversons la Loire à Gien. Le GR emprunte alors un chemin de hallage abandonné et miné de trous et de gros cailloux qui rendent la progression difficile. D’autant plus qu’un vent défavorable est de la partie. Nous finissons par la route pour les derniers kilomètres qui nous séparent de Sully sur Loire.

Notre hôtel (pas de gîte/chambre d’hôte dans le coin) est en plein centre-ville. Après avoir sacrifié aux rituels de la douche et de la lessive, nous effectuons un petit intermède touristique dans la ville, histoire de voir deux-trois vieilles pierres.

Dans le resto de l’hôtel, on nous cache au fond de la salle. Il semble que 4 cyclistes en shorts font un peu tâche dans ce décor simili-classe.

Vendredi 04/08

Sully sur Loire - Beaugency

105 kilomètres - 4h35

Après avoir quémandé plusieurs fois du rab au petit déjeuner, nous nous mettons en route sous un ciel gris. Nous traversons immédiatement la Loire pour suivre le chemin de hallage qui est en bon état cette fois-ci.

Une petite erreur topographique nous coûte une petite demi-douzaine de kilomètres. Revoici le crachin de l’avant veille, alors que le GR passe par le parc d’un petit château. La succession de petites maisons typiques en bord de Loire, reconverties en résidences secondaires pour parisiens (comme le prouvent les plaques d’immatriculation des voitures des occupants) forme un joli tableau malgré la pluie.

Le chemin large et roulant se transforme ensuite en sentier gras, en dévers, au milieu des ronces. Nous sortons de cet enfer au bout de 5 kilomètres, couverts de piqûres d’orties, d’épines d’acacia et de boue. La pluie devient plus dense, nous rinçant un peu, ce qui nous oblige à finalement nous abriter pour faire le point.

Nous décidons de mettre cap sur Orléans au plus vite car il est déjà 12h30. La pluie se calme, mais une nouvelle calamité s’abat sur nous : nous traversons des nuées de moucherons, il est difficile de ne pas en avaler par kilos.

Au sortir de chaque nuage, nous sommes crépis des ces malheureux insectes qui viennent s’ajouter à la boue récoltée peu avant. C’est dans cet état peu reluisant que nous débarquons dans le premier supermarché que nous croisons. Suit un pique-nique très bucolique sur le parking, sous la pluie.

Encore une fois, il nous faut couper par la route. Nous n’aurons pas non plus le loisir de visiter Orléans. Nous n’en voyons que la périphérie qui ressemble à toutes les périphéries de grande ville. En quittant l’agglomération, nous nous arrêtons dans une station de lavage pour karsheriser nos spads : c’est plus que nécessaire car en séchant, la boue bloque tout : transmission, freins, ?

Nous remontons ensuite un bel embouteillage crée par un convoi exceptionnel. Le convoi générateur de bouchon est finalement rattrapé et doublé. Nous nous retrouvons alors quasiment seuls sur la route. Les effets du chausson aux pommes sont fulgurants pour Jean-Paul, il nous fait la trace pendant 7 kilomètres à près de 40 km/h de moyenne ! En bons apprentis routiers, nous nous calons dans sa roue et n’en bougeons plus.

L’auberge de jeunesse qui nous accueille ce soir est un peu décevante par rapport aux descriptions. De plus, elle se trouve bien en dehors du bled.

À ce point nous sommes à peu près arrivés à mi-chemin. Côté mécanique, rien à signaler à part quelques crevaisons, un pneu fendu, mais changé depuis, et un moyeu aux roulements un peu fatigués. Jean Paul et Olivier, qui craignaient pour leurs genoux respectifs, semblent guéris.

La météo pour demain est incertaine, mais la tendance est à une amélioration par l’ouest. Ça tombe bien, c’est à l’ouest que nous allons.

Samedi 05/08

Beaugency - Amboise

102 kilomètres

Par prudence, nous faisons les courses directement à Beaugency. Le GR suit la Loire par le traditionnel chemin de hallage. Pas de pluie, vent favorable, paysage sympathique avec des petits villages en bord de fleuve, pourvu que ça dure.

A la hauteur du château de Chambord, le GR quitte la Loire pour se diriger vers le parc du château. Nous débouchons finalement sur le fameux édifice. Heureusement il n’y a pas encore trop de monde.

Pause goûter/carte postale dans le parc, puis les affaires reprennent. Le GR met pas mal de temps à retrouver le cours de la Loire. Nous tournons beaucoup dans les terres et les indications sont homéopathiques. Pause pique-nique à Beauregard, alors que nous avons parcouru pas loin de 60 kilomètres en 3h ce matin, bonne moyenne !

L’après-midi, le GR suit la Loire de loin par des chemins qui deviennent assez vallonnés. Nous arrivons à Amboise vers 16h. La ville au pied du château est assez touristique. Une pause terrasse s’impose avant de rejoindre notre hôte dont Olivier nous dit le plus grand bien (erreur fatale !).

Le bonhomme en question s’averre être un personnage haut en couleur, assez porté sur les produits viticoles. Pour nous simplifier la vie, nous sommes censés dîner ici. Arrivés sur place, nous commençons à regretter un peu ce choix : à l’heure du (des) verre(s) de l’amitié, nous constatons avec effroi que pas moins de 4 bouteilles de Jaja nous attendent fermement pour le repas. Voilà qui promet.

Le repas est excellent, bien que les normes d’hygiène en vigueur chez notre hôte soient plutôt " marocaines ". Mais le désinfectant ne manque pas. Nous essayons tant bien que mal de contrôler les pulsions oenologiques de " M. Saladin " comme Jean-Paul surnomme notre hôte.

Les conditions de couchage sont un peu limites. On plaint les malheureux étudiants qui sont censés vivre ici le restant de l’année. Fort de l’adage populaire " pour dormir bien, dormir plein " (merci C12) le sommeil est lourd, à défaut d’être parfaitement réparateur.

Dimanche 06/08

Amboise - Chinon

112 kilomètres - 5h15

Après un petit déjeuner copieux, je signe un peu contraint et forcé le livre d’or (j’ai été dénoncé par mes camarades comme étant le scribe).

Avant de reprendre le GR, petit détour pour voir ’la pagode’ qui fait la fierté d’Amboise. Nous sommes dimanche, il est donc un peu critique de trouver à ce ravitailler. Nous suivons les indications fantaisistes qui sont censées mener au SuperU de MontLouis sur Loire, dont les pancartes disent qu’il est ouvert le dimanche.

Le jeu de piste terminé (qui a eu le don d’énerver tout le monde) nous faisons route vers Tours que le GR traverse. Avant d’arriver dans le centre, les balises nous promènent sur les hauteurs avant de rentrer réellement dans la ville.

Les bords de Loire s’aménagent au fur et à mesure que nous entrons dans Tours. Nous traversons la ville désertée par les voitures en ce dimanche matin. Nous quittons la Loire, direction la Vienne, car Chinon, notre étape de ce soir se trouve au bord de la Vienne.

Dans l’ensemble nous sommes tous plutôt comateux, sans doute les séquelles du repas de la veille.

Pause déjeuner un peu avant Azay le Rideau, au bord de l’eau. S’il ne fait pas encore un grand beau temps, la sieste est techniquement possible, et ce ne sont pas ces touristes anglais venus squatter notre spot à pique-nique (alors qu’il y a plein de place autour) qui vont nous en empêcher.

Petit détour pour voir le château d’Azay, mais il n’y a pas moyen de voir grand chose sans payer l’entrée. Ensuite, direction Chinon par le parc du château. Comme souvent avec ces parcs aristocratiques, des chemins géométriques traversent l’endroit, il suffit de trouver le bon cap, et de suivre une large allée.

Nous finissons la dernière dizaine de kilomètres par la route pour rejoindre Chinon. Nous sommes plutôt inefficaces dès que nous avons du bitume sous nos pneus. Au lieu de rouler groupé en peloton, nous nous éparpillons sur une bonne 100e de mètres à gaspiller nos forces à lutter individuellement contre le vent ? On ne se refait pas.

Pause Coca dans un Chinon presque désert avant de monter vers notre chambre d’hôte. Brève discussion avec un cycliste routier US venu rouler dans la région. Le cow-boy ose traiter nos spads d’" heavy bikes ", alors que le plus " lourd " n’atteint pas les 11kg en ordre de marche, ce qui n’est pas forcément le cas de son ridicule engin à roues profilées et porte-bagages ?

Arrivés chez notre hôtesse, le contraste est flagrant avec le gîte de la veille. Ici, tout est ultra nickel, digne d’un hôtel 3 étoiles. La maîtresse des lieux fait preuve d’un grand professionnalisme et répond à nos questions presque avant que nous les posions. Le mâle de la maison est un gros chat angora qui nous toise, histoire de montrer qui est le patron.

Il existe une laverie automatique dans la ville, bonheur suprême ! Par contre, nous avons un peu de mal à trouver un resto qui ne soit ni fermé ni complet. Nous nous rabattons donc sur une saladerie dont la carte abrite heureusement quelques plats consistants.

Le ciel s’est dégagé dans la soirée. C’est de bon augure pour demain et cela confirme le rapport météo de notre hôtesse impeccable.

Lundi 07/08

Chinon - Mur en Rigné

92 kilomètres - 4h30

Réveil vers 7h30, c’est une habitude maintenant, pour un petit déjeuner vers 8h. Comme toujours, Franck se déguise en cycliste dès le saut du lit, signe d’une motivation indéfectible.

Tout comme pour le reste de la prestation, note maximale pour le petit déjeuner. De plus, la dame nous confirme des prévisions météo au beau fixe, cela devrait même tenir jusqu’à la fin du raid.

Nous suivons la Vienne qui part se jeter dans la Loire dans une vingtaine de kilomètres. Bizarrement, une épaisse couche de nuage recouvre les environs, alors que le ciel semble limpide partout ailleurs. Un observatoire à la confluence Vienne/Loire nous donne l’explication de ce curieux phénomène nébuleux : la centrale nucléaire voisine crache un flot continu de vapeur qui, les fortes pressions aidant, se transforme en épais nuages. Merci EDF !

Une fois à nouveau sur le tracé de la Loire, le GR se promène sur les hauteurs. Le profil est même plutôt en dents de scie : il plonge sur chaque village pour remonter ensuite sur le plateau, et ainsi de suite pendant des dizaines de kilomètres.

Histoire d’avancer un peu, nous récupérons la route peu avant Saumur. Il est déjà 12h et il faut acheter de quoi se sustenter. Le spot à pique-nique du jour est un peu décevant, sur les rives ensablées de la Loire à quelques kilomètres au Sud de Saumur.

La chaleur est bel et bien de retour. Le GR, quant à lui, est assez tortueux. Étant dans un mauvais jour, je fais part à moult reprises de mon mécontentement à mes camarades, quant au manque de logique de ce p ? de GR.

Peu avant d’arriver à Mur et Rigné, nous perdons le GR et finissons une fois de plus par la route. Pause coca/goûter, avant de se présenter chez notre hôtesse dont Jean Paul nous dit le plus grand bien (méfiance, on a déjà eu un précédent). Il est d’ailleurs difficile de trouver un débit de boisson dans cette banlieue d’Angers.

Notre chambre d’hôtes est une maison cossue avec parc. Il semblerait que nous soyons dans une série bonnes surprises quant aux conditions d’hébergement depuis hier. Nous avons passé la barrière mythique des 1000 kilomètres. Cela aura été la plus courte étape depuis le début et chacun semble récupérer assez bien de l’accumulation des heures de vélo.

Repas dans le parc de la demeure, literie de qualité et nuit paisible.

Mardi 08/08

Mur en Rigné - Longrais

99 kilomètres - 5h35

Nous retrouvons rapidement le GR, puis longeons un bras de la Loire de près pendant toute la première partie de la matinée. Le ciel est bas mais pas menaçant.

Le terrain devient plus vallonné lorsque nous arrivons dans la région des vignobles. Nous prenons ensuite une variante du GR3 qui semble plus roulante par rapport au tracé originel.

La première partie de cette variante est assez ludique, avec des chemins monotraces et un peu techniques. Le paysage change vite et nous sommes maintenant dans un décor très breton avec des maisons de granit et un air poisseux comme en bords de mer. La Loire et maintenant très large et semble subir l’influence de la marée.

Nous passons un village fort étrange, MontJean sur Loire. Au bord de l’eau, un bonhomme de 5 métres de haut fait ’pipi’ dans le fleuve, alors qu’à quelques dizaines de mètres, une grosse dame se fait bronzer sur le dos d’un hippopotame à moitié immergé. Curieuses sculptures ! D’après une pancarte, l’endroit abrite également le festival du chanvre, ceci explique peut être cela.

Sortis de ce bled, nous changeons de rive et le GR devient nettement moins facile. Le chemin est plein de ronces et se termine dans un champ à vaches plein de chardons et de bouses. La traversée du champ à l’azimut est pénible et longue car il est impossible de rouler là dedans. Nous en sortons finalement les jambes et les pieds couverts de bouse, pour pique-niquer au bled suivant. La Loire est assez sale par ici.

Le redémarrage post-sieste est comme toujours un calvaire, d’autant qu’il semble que le GR nous embarque dans la même galère que tout à l’heure. Heureusement, les choses s’arrangent vite et le chemin redevient large et roulant. Quelques petites bosses ponctuent notre route, mais globalement nous sommes entre la Loire et une voie ferrée.

En chemin, Jean Paul percute un insecte volant d’une taille respectable et aux propriétés urticantes impressionnantes : son oeil enfle rapidement, mais courageux, il reprend sa route.

Nous quittons la vallée de la Loire pour rejoindre Longrais sur le plateau au Nord. Pour l’occasion nous effectuons une petite séance de route pendant une dizaine de kilomètres. Cette fois ci, ce sont Frank et Olivier qui font la trace. Après avoir un peu tourné, nous arrivons au gîte qui, encore une fois, nous offre une bonne surprise. Il s’agit d’une très vieille ferme parfaitement restauré par un couple de passionnés des vieilles pierres et de leur région. L’endroit est magnifique et très fonctionnel.

Mercredi 09/08

Longrais - Savenay

105 kilomètres

Après avoir quitté ce qui restera la meilleure chambre d’hôte du raid (très sollicitée, si on en juge par le nombre de coups de téléphone que notre hôtesse a reçu pendant le petit déjeuner) nous redescendons sur la Loire, afin de récupérer le GR avant d’arriver sur Nantes.

Arrivés dans la ville, nous sommes censés remonter l’Erdre, une rivière qui se jète dans la Loire à Nantes. Nous nous octroyons une balade touristique dans la ville pour y admirer beaucoup de vieilles pierres. La ville semble cependant très dynamique et agréable.

Après une pause terrasse, nous décidons de sortir de la ville pour déjeuner au calme. Le GR suit l’Erdre par des rives aménagées fort agréables. Nous rattrapons un banc de jeune bicrosseurs qui partent s’entraîner.

Après avoir quitté les rives de L’Erdre, nous perdons un peu le GR. Grosse frayeur peu après avoir récupéré le bon chemin : un morceau de bois vient se coincer dans ma roue libre et je crois bien avoir définitivement saccagé mon moyeu AR déjà fatigué. Heureusement, il n’en est rien, et nous continuons sous la chaleur en quête d’un endroit pour déjeuner.

Nous continuons à avancer avec hésitation par manque d’indications fiables. À ce moment survient la première crevaison pour Franck, une crevaison noble, sur clou. Après un déjeuner pas très light dans une brasserie, au moment de repartir, Frank est à nouveau à plat. En réparant, il perdra son levier de blocage rapide et le range bien à l’abri dans une poche (trouée) de son sac.

Même sans avoir fait de sieste, la première bosse post-repas est assez pénible. Heureusement, le GR devient très ludique par la suite, avec une succession de singletracks jamais plats et relativement techniques.

Franck le maladroit crève à nouveau (c’est là qu’il s’aperçoit qu’il a définitivement perdu son levier de blocage rapide).

Sur le chemin, nous trouvons des prospectus pour une randonnée ayant lieu dans le coin prochainement. La chaleur est maintenant bien présente, mais heureusement les singletracks sont globalement ombragés. La succession des montées/descentes entame pas mal les organismes.

Ma roue arrière a pris un jeu assez sensible. De quelques mm au départ, j’en suis maintenant à un bon centimètre de jeu, ce qui donne drôle de sensation de flou dans les descentes.

L’arrivée sur Savenay est cruelle : en bas d’une descente sous un tunnel d’arbres, nous débouchons sur une piscine municipale. Si il n’y avait pas eu un grillage, nous nous serions initiés au " Water-jump ".

Pause coca comme toujours, avant de rechercher notre étape. Jean Paul nous promet quelque chose d’inhabituel : le seul gîte du coin étant complet, son sympathique propriétaire nous hébergera chez lui. Sans doute emporté par un excès d’enthousiasme, Jean Paul nous promet un accueil mémorable, avec mini concerts des enfants mélomanes. Il aura sans doute trop pris le soleil sans casque ?

Après avoir cherché, demandé notre chemin, nous arrivons finalement dans la ferme de nos hôtes.

Il me faut bien avouer que j’avais tort et que Jean Paul avait raison. Il était même loin du compte, cette dernière nuit sur le GR3 nous laissera un souvenir impérissable. Mr et Mme ??? et leurs 5 rejetons, Christophe, Stanislas, Marie Blanche, Anne Sophie et ??? nous ont réservés un accueil des plus chaleureux, comme si nous étions de la famille. Bref, c’est définitivement la soirée la plus inoubliable de ce long raid.

Le lendemain, nous les quittons presque tristes de devoir nous séparer de ces hôtes exceptionnels.

Jeudi 09/08

Savenay - Guérande

85 kilomètres

Après une série de photos souvenir, nous prenons congé. Direction Guérande par la variante Nord du GR3, qui passe par une réserve naturelle marécageuse.

La matinée est ponctuée par une succession de petites routes et de chemins larges et roulants, mais elle est globalement routière. Après s’être légèrement égarés suite à un petit ’coup de sang’ pour rattraper un routier, nous récupérons le GR juste avant d’arriver dans la réserve.

Le paysage devient alors très marécageux. Nous nous enfonçons dans un labyrinthe semi-liquide. Les chemins sont assez cahoteux et finalement pas très agréables : il faut constamment avoir un oeil à un mètre de sa roue avant pour éviter les gros trous qui minent le terrain. En chemin, Frank sympathise avec une troupe de chasseurs aux manières assez frustes, le moins bête de la troupe étant surement le labrador.

Nous sortons finalement du labyrinthe sans avoir vu grand chose, mais bien entamés par cette séance de " brise miches ". Ce sera le dernier passage en chemin du raid.

Nous rejoignons un bled pour une pause reconstituante à base coca (classique) et de " Quine Aman ", une redoutable pâtisserie bretonne, sorte de mutant entre un chausson aux pommes et un palmito !

Histoire de brûler nos dernières cartouches, la liaison vers Guérande se fait " poignée dans le coin ", à un bon 35 km/h de moyenne sur une 10e de kilomètres.

L’architecture de la citadelle est moyenâgeuse et l’endroit est très touristique. Après avoir engloutit quelques crêpes nous déguerpissons vers la Baule où nous attend la cousine d’Olivier qui nous héberge fort gentiment ce soir.

Photo à la Baule, avec l’Océan et plus de 1300 kilomètres en 13 jours dans les pattes. Le reste de l’après-midi est consacré au farniente, seul Jean Paul résiste à l’appel de la baignade. Frank, Olivier et moi-même faisons profiter les touristes de notre splendide bronzage ’agricole’.

Vendredi 10/08

La Baule - Lyon

900 kilomètres

Le lendemain, nous récupérons deux voitures de location, louées pour pas trop cher, grâce aux tarifs FFC (ça sert au moins à ça), puis cap sur Lyon en traversant la France par les nationales.



Auteur - Fréderic Vailler




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