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  A l’assaut de la Tournette


(/10/2000)

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LA TOURNETTE en VTT

Le 28 août 2000

C’est le genre de projet qui ne peut germer que dans des esprits embrumés par l’abus de rosé, un
soir de barbecue. Mais surtout des esprits passionnés de montagne et de VTT.


LES CEUSSES QUI ONT OSE FAIRE CA :

Avec de gauche à droite : Thomas VALZER, dit "ToM2", Stephane VERTHUY, dit "Steph", mais, surtout,
le responsable de cette idée saugrenue (cependant réalisable, la preuve) : Stéphane PROST-TOURNIER,
dit "Sté"

SITUATION :

Près d’Annecy, Haute-Savoie, France, Europe, Monde, Systeme solaire (on ne sait jamais, ca peut
servir dans 300 000 ans)

ACCES :

Depuis la sortie de l’A41 Annecy nord, prendre la voie des Aravis, direction Thônes. A l’entrée de
Thônes, prendre à droite (en face de la Coop du Reblochon), suivre Montremont, et la route jusqu’au
cul de sac. Se garer au parking avant le pont, à droite.

L’ITINERAIRE :

Voici une description de l’itinéraire que nous avons suivi. C’est le parcours le plus long et le
moins habituel, mais à notre avis, c’est le meilleur pour la pratique du VTT.

Carte IGN : Top25 3431OT

Depart:Montremont (824 m).

Suivre le chemin carrossable (piste de bobsleigh) jusqu’au cabanon.

Traverser vers l’Est un ruisseau (sec) appele "Malnant".

Récuperer rive droite le single "Tour du massif Tournette-Aravis", en s’enfoncant au beau milieu du
cirque du Varo, dominé par :

  • les rochers du Varo
  • la montagne de Cotagne.

Monter par des lacets et des traversées de couloirs (prudence) jusqu’au Chalet du Varo (1372 m).

Continuer par un chemin aérien en lacets jusqu’au col des Fretes du Rosairy (1753 m).

De ce point, monter à droite et récuperer un autre chemin qui vient du chalet en contrebas (refuge
du Rosairy).

Effectuer une traversée ascendante sous les contreforts NE de la Tournette, en laissant a droite
les "Rochers des Tours". Le chemin est évident.

Gagner un petit pierrier à droite sous un cirque calcaire. L’herbe laisse maintenant place aux
rochers.

Monter jusqu’à l’arrête sous le fauteuil (grosses marches sur le sentier).

Vous y êtes. Escalader le fauteuil (avec ou sans vélo, c’est comme vous voulez)

LA BALLADE

Cette randonnée est idéale pour toute la famille. Elle est réservée aux débutants. Un VTT de
supermarché est suffisant pour ce type de parcours. Un short et des tongues sont indispensables.
Inutile d’emporter de l’eau dans la gourde : la montagne est suffisamment arrosée par les orages
d’été.

Plus sérieusement, ce genre de sortie est totalement déconseillé si l’on n’a pas :

  • une bonne connaissance préalable de l’itineraire (attention les impressions de piéton s ont trompeuses sur la practicabilité d’un chemin),
  • un minimum de technique vététesque,
  • une très bonne condition physique,
  • le pied montagnard (certains passages sont "expos" et aériens),
  • un vélo en bon état de marche et solide. Pas besoin d’un tout suspendu cher et léger, le materiel souffre énormément et il faut pouvoir compter dessus les yeux fermés (Sauf pour Sté, mais on ne va pas faire l’inventaire de son spad pour ne pas choquer),
  • eviter de partir seul et prevenir ses proches de l’itinéraire prévu,
  • prévoir a boire, a manger et des vêtements chauds et imperméables (le temps change vite en montagne),
  • et la météo favorable.

Voilà, vous etes prévenus, alors si vous voulez toujours y aller, soyez prudents et surtout faites
vous plaisir. VTT Net décline toute responsabilité en cas d’accident.

PROLOGUE

Toujours est-il qu’en ce matin d’août nous sommes sur le parking de Montremont, se préparant à
gravir La Tournette (2351m). C’est sans doute la montagne la plus connue autour du lac d’Annecy.
Depuis son sommet, on a une vue magnifique sur le lac, mais aussi toutes les montagnes qui
l’entourent.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour des raisons obscures, nous avons décidé de partir de
Montremont. C’est le point de départ le plus bas (800m) mais le chemin qui mène au sommet de ce
coté n’est pas plus praticable en vélo que celui qui part des chalets d’Aulp ou de Belchamp, mais
on n’est pas dérangé par la foule.

Notre équipement diffère un peu de celui du vététiste moyens. Vu les longs portages qui nous
attendent, nous prévoyons des chaussures de marche et des sangles pour fixer les vélos sur les sacs
à dos. Sté a même prévu de prendre ses grosses chaussures d’alpinisme, mais devant le poids et
l’encombrement des Koflach, il renonce à les emporter.

EPISODE I : LE CIRQUE DU VARO

A 8h30 nous partons sur le chemin de l’ancienne piste de luge.

Exactement 8 minutes 30 secondes plus tard nous devons mettre pied à terre pour traverser une
rivière asséchée. Nous sommes au coeur du cirque du Varo, paradis de la cascade de glace en hiver.
Les falaises qui nous dominent sont deja impressioanntes, mais j’apprends avec surprise que le
sommet que nous apercevons n’est pas encore la Tournette mais seulement ses petits freres, les
rochers du Varo. La ballade promet d’etre longue.

Le soleil atteint rarement cet endroit et nous attaquons l’ascension à l’ombre. Le chemin monte à
flanc de montagne dans une foret magnifique. Il nous est encore possible de rouler quand la pente
s’adoucit et les obstacles ne sont pas trop nombreux. Le rythme n’est pas très rapide, mais on ne
s’attaque pas à la Tournette comme à une vulgaire cote. L’effort sera long...

Doucement, la pente se fait plus forte. Le ratio portage/roulage augmente perceptiblement et
bientôt nous ne pouvons plus rester sur le vélo sous peine de griller nos cartouches pour la suite
du periple. Les epingles qui s’enchainent nous promettent une descente d’antologie, mais nous n’en
sommes pas encore la.

Les épingles sont de plus en plus rapprochées et les obstacles plus nombreux. On appelle "obstacle"
les couloirs d’avalanche, où un single taillé dans la roche sert de chemin.

Apres une heure de montée, nous atteignons le refuge du Varo. Ca n’est pas exactement un refuge de
montagne mais plutot une cabane de l’ONF (Office Nationale des Forets) reservee aux randonneurs et
aux amoureux de la nature qui peuvent s’y reposer. Il y a là un poêle à bois, quelques couchettes,
un cahier, un stylo et une bougie posés sur une table. Nous prenons juste le temps de manger une
barre de céréale et d’écrire un mot sur le cahier (bonjour à ceux qui l’ont lu !).

Un panneau au début d’un chemin nous préviens : c’est ici que commence la vraie difficulté.

Le chemin s’est rétréci considérablement et des mains courantes nous rappelle qu’en cas de chute,
on se retrouve 30m plus bas, puis retour direct au fond de la vallée par les couloirs étroits et
raides. A partir de maintenant et jusqu’au col, nous ne monterons plus sur le vélo.


Malgré tout, notre
progression ne faiblit pas. Les derniers arbres ont fait place à une végétation d’alpage. Les
épingles s’enchaînent régulièrement au milieu des tapis de fleurs alpines et des buissons
d’eglantiers. Chacun monte à son rythme. Steph loin devant. Les blagues à deux francs et les chants
paillards ont laissé la place à un silence religieux au sein de l’équipe.

Le portage est un art peu connu et peu apprécié des vététistes. Pourtant avec un peu d’habitude
(i.e. quelques randonnées organisées par Sté ;-) et une bonne technique, le vélo se ferait presque
oublier. Certains n’y voient aucun intérêt, mais en montagne, "si tu veux voir du pays, porte ton
vélo" (proverbe Savoyard).


EPISODE II : LES ALPAGES


Il est 10h00 quand nous atteignons le col des Frettes du Rosairy. Nous voila au
coeur de l’alpage maintenant, au milieu de prairies grasses et fortements vallonees qui forment le
contrefort de la Tournette.. Nous nous autorisons une pause casse-croûte devant le regard surpris
de notre premier randonneur rencontré.

Enfin nous pouvons rouler !! Pas longtemps car, à nouveau, la pente se redresse et malgré le bon
état du chemin, il faut à nouveau descendre du vélo. Le passage du col nous a amené au soleil. Nous
buvons énormément. Au détour d’un virage Steph aperçois des bouquetins. Ils nous accompageront
jusqu’au sommet.

EPISODE III : LE PORTAGE

(bon, OK, ca fait des heures qu’on porte. Mais là, c’est sans appel)

Mon moral remonte quand j’aperçois pour la première fois le sommet. Nous savons maintenant que nous
ne pédalerons plus d’ici l’arrivée. Aussi, Sté décide de mettre en branle son système de fixation
du vélo sur sac a dos : le Stévelofix(tm) qu’il a mis des heures à mettre au point dans son garage.
C’est un mélange de sangles et mousquetons, qui fixent son vélo sur son dos. Steph et moi préférons
poser le vélo sur notre sac dos et le déposer à terre à chaque pause. C’est moins pratique mais
tout le monde n’a pas la chance d’avoir un TS lourd a porter. Sté se promet de descendre les névés
sur son vélo.

Steph a troqué ses Sidi pour des grosses chaussures de marche, car nous attaquons l’ascension
finale. L’alpage a fait place a un univers mineral fait de pierrers, de gros rochers et de falaises
abruptes. Notre silence est juste trouble par les sifflements de quelques marmottes au loin. Mon
dos commence à me faire mal et les genoux souffrent un peu. Il fait chaud et les derniers mètres
semblent interminables. Enfin, au détour d’un virage, nous nous retrouvons parmi des dizaines de
randonneurs montés par l’autre versant.

Les regards sont amusés, étonnés, voire incrédules. Des questions fusent :
"vous êtes montés
comment ?"
"vous allez redescendre par ou ?"
"Pourquoi vous êtes venus en vélo ?".

Mais nous ne sommes pas encore au sommet. Il nous reste la cerise sur le gâteau qui nous mènera au
Nirvana : une vingtaine de mètres d’escalade, avec chaînes et échelles entre deux rochers, pour
atteindre le Fauteuil.

C’est la que tout se corse, car le passage est étroit et périlleux. Sté garde son vélo fixé sur le
sac a dos, Steph va porter le sien sans le démonter et moi je démonte les deux roues que je fixe
sur mon sac. Je porterai le cadre à bout de bras. C’est dans ce genre d’occasion qu’on apprécie
vraiment un vélo petit et léger.

EPISODE IV : LE SOMMET

Une fois le champ libre
(le passage est très fréquenté et certains n’ont pas le pied sûr), nous attaquons la grimpette.
Cela se passe sans trop d’encombres, en ayant des bases d’escalade. Seule la dernière échelle un
peu étroite nous impose des manoeuvres tordues devant quelques touristes effarés. Un chose est sûre
 : ce dernier troncon n’a pas été prévu pour un VTT !

Enfin nous y sommes !

Il est 12h30. La vue du sommet est magnifique. Devant nous le lac d’Annecy s’étale tout en
longueur, et à gauche, les Bauges. Derriere, le massif des Aravis qui surplombe La Clusaz et le
Grand Bornand. Aux pieds, on devine la vallée de Thônes, le berceau du Reblochon. Au fond, le Mt
BLanc, la Vanoise ... La routine, quoi ! Une seule ombre au tableau : les 2 litres de nos poches à
eau n’ont pas suffit et nous sommes tous les trois à sec. Avec le soleil et l’atmosphère lourde,
nous allons cruellement manquer de boissons pour la descente.

Apres s’être assuré que les choucas ont bien été nourris, nous faisons quelques photos pour la
postérité et entamons la descente.

EPISODE V : LE BUT DE POURQUOI ON MONTE LES VELOS.

Je profite du remontage de mes roues en bas du Fauteuil pour changer mes patins de freins. Nous
descendons les selles et zouuuu, en avant direction Montremont ! Apres 100m de descente je mets pied
a terre. Difficile de rouler sur les grosses pierres du chemin. Je suis découragé de voir Steph
descendre sur le vélo, là où je marche péniblement. Le paysage est magnifique, c’est un désert
minéral ou les bouquetins nous observent d’un regard dubitatif. Il faut se méfier de nos
impressions de piétons. Ce petit chemin qui nous avais paru roulant en montant, est en fait très
technique. Mais pas le temps de soufler, il me faut suivre coute que coute, sur le vélo, a pied ou
sur les fesses.

Mais son optimisme est vite ébranlé par une terrible chute. Après s’être fait remarqué a la DH Net
(souvenez-vous, le petit pont de bois, c’était lui), il fait un superbe OTB qui envoie sa tête
taper contre un gros rocher. Le casque joue bien son rôle, il se fend sous le choc. Steph s’en sort
avec une grosse bosse au front, des éraflures sur les mains, un hématome à l’épaule, et surtout une
bonne frayeur qui réduit sérieusement ses ardeurs. Surtout que ca aurait pu se solder par une chute
de 4 m en contrebas.

La descente se poursuit doucement. Sté est devant sur le vélo, Steph et moi derrière en marchant.
Je commence à sentir des crampes dans les cuisses et la déshydratation n’y arrange rien. Il faut
quand meme rester vigilant car, si le chemin est assez roulant par endroits, de grosses pierres
surgissent parfois au détour d’un virage et nous obligent à des freinage violents pour eviter le
carambolage. Au petit jeu "d clui qui reste le plus longtemps sur le velo", Sté est largement
vainqueur devant Steph et moi. Comme quoi, un débattement de 100 mm ... Qu’a cela ne tienne, nous
nous faisons tous autant plaisir.

Nous sommes tous les trois morts de soif et aucun point d’eau n’est prévu jusqu’à l’arrivée. Aussi,
au col des Frettes du Rosairy nous décidons, au grand dam d e Sté, de modifier notre itinéraire. On
évite la superbe descente du Varo, mais un point d’eau devrait nous permettre de nous ravitailler
au chalet du Rosairy.

Enfin, nous sommes heureux de trouver un mince filet d’eau qui s’échappe d’un tuyau sortant de
terre.

Apres ce ravitaillement la descente parait plus facile. C’est un chemin de cailloux rond et gros,
entrecoupé de quelques raccourcis ludiques. C’est raide et large, et ca secoue. Nous dévalons tout
en glisse sur les "galets" jusqu’à la route de Belchamp. Il nous reste encore quelques kilomètres
pour rejoindre Thônes et remonter à Montremont où nous attendent les voitures. C’est là que nous
vidons nos dernières forces, en piquant quelques sprints bitumeux. Sauf Sté qui est liquide.

Il est 16h30 quand nous rejoignons nos voitures, nous avons mis 8h00 pour faire l’aller-retour
(pauses comprises).

Epuisés mais heureux, nous nous quittons en nous promettant de revenir faire la descente que nous
avons manqué.

CE QU’IL FAUT EN RETENIR

Cette ascension fut une experience forte pour nous trois. De part sa longueur, son denivele et sa
difficulte technique, ce genre de randonee est exceptionelle. Si nous avons qulques conseils a
donner a ceusses qui desirent se lancer a l’aventure, ce serais les suivants :

Choisissez un parcours que vous connaissez déja pour l’avoir fait a pied. Certains parcours balisés
pour les piétons ne sont pas intéressants avec un vélo.




Auteur - Ste - Thomas Valzer




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