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  Mon VTT s’en va, vive mon VTT !


(23/07/2006)

Cette année là, la fin de l’été était chaude. Je me souviens très bien de cette terrasse, à l’arrière de ce petit restaurant. Il y avait une tendue de toile blanche et des lampions pendaient aux poutres de bois. Le champagne dans les verres était frais et celle qui me faisait face était décidément très belle.

D’un air mystérieux elle se pencha sur son sac et en retira trois enveloppes blanches, de ces enveloppes allongées que l’on utilise généralement pour la correspondance administrative. Elle les plaça en éventail, un peu comme on le fait avec des cartes de jeu et, appuyée sur ses coudes, les yeux dans les yeux, elle me les tendit et me dit « Vas y, prends en une, une seule, choisis bien. ». C’était le jour de mon anniversaire.

Je tendis la mains. Mon index frôlait les enveloppes, tantôt l’une, tantôt l’autre, sans la quitter du regard, cherchant à lire dans ses yeux un indice quant au contenu des enveloppes. Finalement je me décidais à en saisir une. Je la pris entre le pouce et l’index, m’apprêtais à la tirer et au dernier moment me saisis de celle d’à coté, la tirant brutalement en dehors de l’éventail. « Ouvres... » me dit-elle.

Je glissais mon couteau sous la bande de scellement, déchirais l’enveloppe et plongeais mon regard dans l’enveloppe. Je reconnus tout de suite la photo. Elle était extraite d’un magasine et elle illustrait un article que j’avais dévoré jusqu’à la dernière virgule, tant le sujet - l’essai d’un vtt - avait retenu mon attention. J’avais à la suite de sa lecture échafaudé un plan de financement à base de petites privations diverses pour que cette machine fusse un jour à moi. J’avais longuement barbé celle qui partageait mes jours, avec la perspective de cette somptuaire dépense, pour l’achat d’un engin qui ne valait pas à ses yeux, le voyage qu’elle rêvait de faire avec moi à l’autre bout du monde.

Je revois bien le vélociste, quelques jours plus tard, tenant du bout de son pouce tendu, le cadre brillant de neuf, manière de me montrer combien la machine qui serait montée sur cette base serait légère. Et le vélo complet que nous sommes allé chercher, elle et moi, posé dans la vitrine, attendant que je vienne le chercher. C’était il y a presque 7 ans.

Puis il y eu tout le reste. Les km, enfilés comme des perles, au fils des mois et des
années, le Morvan, le Cantal, le Salagou, les Alpes, l’Isère, le lyonnais, l’Orléanais, le Vercors, le Ventoux, les Ardennes... et toutes ses petites balades sans importances ici et là avec le plaisir renouvelé de manger du chemin, d’est en ouest, du nord au sud...Et aussi toutes ces heures à bricoler, changer des pièces, améliorer, se tromper, recommencer...La quête permanente de la machine idéale, du moins pour moi. Et repartir, rouler, laisser défiler ses pensés tandis que tournent les jambes et que se déroule le chemin, les petits coups d’œil à la machine, appuyée contre un arbre et se dire qu’elle est bien belle, avoir envie de repartir avec elle, une fois de plus. Encore un tour de manége...

Alors quant un jour, on voit ce fidèle compagnon partir, bien des années plus tard, avec un parfait inconnu, en échange d’une poignée de billets ou d’un bout de papier griffé et signé, forcément on a un petit pincement au cœur, un petit sentiment de trahir. Et lui, saurait-il s’en occuper comme il faut ? Eprouvera t-il les mêmes sensations, le même plaisir ?

La passion est déraisonnable et le vététiste n’échappe pas à la règle. L’attachement à sa machine est parfois mâtiné de sentiments humains. C’est ridicule, on le sait bien sur, mais on adore cela.

Une machine part mais cela veut souvent dire qu’une autre arrive. Une nouvelle aventure. Pleine de promesses...vivement demain !

RL

Post-Scriptum juin 2009 : J’ai eu des nouvelles de la machine. Victime d’une naissance et d’agrandissements de la maison familiale, elle prend la poussière au fond d’un garage tandis que son nouveau propriétaire prend lui du ventre. Moi, je roule avec toujours autant de plaisir sur une autre monture. Quand à celle qui m’a tendu les enveloppes, elle m’a expliqué quelques années plus tard, et juste avant de nous séparer, que mes absences vététesques répétées avaient quelque chose à voir avec la fin de notre histoire. On ne peut pas tout avoir...


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Auteur - Rédaction VttNet




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