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  Paris - Roubaix VTT


(29/04/2002)

<REP|SITE/2002/parisroubaix>

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Paris - Roubaix VTT 2002

(Par Philippe Rossi, amateur éclairé)
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A priori, la boue et les pavés ne sont pas le terrain de jeux favoris des vttistes, Ce sont pourtant 356 inscrits
qui se sont élancés de Valenciennes ce samedi 13 avril pour le Paris-Roubaix vtt. Philippe était parmi eux et
témoigne pour Planet Vtt.


Pratiquant depuis un an 1/2 maintenant, j’ai tenu à participer à cette course qui se passe "dans mon jardin"
C’est une opportunité unique de pouvoir vivre une grande course de l’intérieur, et me retrouver en position
d’acteur au lieu de celle de spectateur.


La gageure était de taille puisqu’il s’agit de rallier le vélodrome de Roubaix en 2 jours, 6 étapes et près de 200
kilomètres de chemins et pavés


Premier jour


La première étape se déroule en forêt de Raismes à l’ouest de Valenciennes. Un parcours d’environ 65 km nous est
proposé en 3 boucles avec une seule difficulté qui se présente sous la forme d’un terril à escalader, puis à
redescendre par un singletrack raviné.


Pour cette première étape, j’ai choisi un rythme assez cool dans l’attente du verdict des jambes. Si celles-ci
ont répondu présent, le chronomètre est sans appel : malgré une allure moyenne autour de 22 km/h, je suis
relégué en 315ème position sur 318 rescapés Il est vrai que tout le monde roulant à bloc, les écarts se creusent sur
la première étape et ne se refont plus ou presque sur la suite, mais nous étions dans la course et c’était
l’essentiel. Je dis "nous" car comme je l’avais imaginé, en queue de peloton, l’ambiance était "studieuse" mais
quand même amicale et je me suis trouvé 3 autres coureurs du même niveau avec qui j’ai roulé en cette première
matinée. Voilà qui est rassurant sur la nature des participants, il y a effectivement une majorité de mecs qui
viennent pour le chrono, mais aussi un bon nombre qui sont là également pour l’aspect défi de la chose. En
tout cas dans l’ensemble une bonne mentalité se dégageait.


Par exemple, j’ai vu à plusieurs reprises Filip Meirahege (vice-champion olympique à Sydney) en discussion assez
décontractée avec des cyclistes flamands, ou encore Jérome Chiotti, champion de France en titre de XC entouré
d’anonymes avec qui il parlait sans jouer la grosse tête.


En début d’après-midi, nous avons eu droit à une étape de liaison vers Marchiennes, non chronométrée. Cela permet de
rouler en peloton, également à des anonymes comme moi de venir en tête un petit moment et taper la discute avec
les pros pendant quelques kilomètres, jusqu’à ce qu’on arrive à la fameuse trouée d’Arremberg où le rythme s’accélère
vivement et le peloton s’étire en dégageant un impressionnant nuage de poussière ; au passage, on pense aux
routards qui vont rouler là dessus et on comprend mieux l’étendue de leur performance car c’est vraiment un numéro
d’équilibriste que de rouler sur ces pavés complètement irréguliers avec des pneus de si petite section.


A partir de la spéciale de Marchiennes, les jambes étant toujours là j’ai commencé à rouler un peu plus vite en
laissant 10 personnes derrière moi et au bout de la première journée, je suis toujours en course, en 293° place
sur 300.


Un petit mot sur l’hécatombe : un grand nombre de coureurs venant pour la course, il n’est pas rare de les voir
abandonner après une crevaison qui ruine leurs espoirs de classement. De plus, le parcours est très roulant et
cassant, et le matériel souffre beaucoup. J’ai toutefois été stupéfait de voir le nombre de crevaisons et encore
plus surpris par le nombre de coureurs en tubeless qui partent sans chambre ni pompe et qui se retrouvent plantés
dès le moindre incident.


Pour ma part, après un dernier "troll" sur la liste vttnet, j’ai opté pour la sécurité avec 2 pythons gold et des
chambres vertes Hutchinson ; ce choix s’est avéré payant puisque je n’ai connu aucune crevaison sur le week-end
(il faut avouer qu’à mon rythme j’ai le temps d’anticiper sur les trous, pavés et autres irrégularités ! !)


Seconde journée


Le dimanche matin a commencé par un pépin qui aurait pu m’être fatal. Pendant l’échauffement, je trouve que mon
vélo à quelquefois tendance à pédaler dans le vide puis à se remettre à tracter, bizarre mais comme je suis nul en
technique, je n’y prête pas attention.


Puis au moment d’aller me mettre en grille, catastrophe, le vélo n’avance plus, les pédales tournent dans le vide.
Je fonce au stand d’assistance Shimano et le diagnostic est clair : le corps de roue libre est mort, il y a entre
20 et 30 mn de réparation et le départ est dans moins de 10 mn.

Heureusement, mon sauveur arrive en la personne de
Vincent Julliot du team Lapierre. Il avait eu la gentillesse de m’amener un maillot que j’avais commandé et
j’avais eu la chance de faire un peu connaissance dès le vendredi soir. Après lui avoir expliqué mon malheur, il
me propose de me prêter une roue pour cette étape pour laisser le temps à Shim de réparer.


Me voilà donc au stand Lapierre, le mécano me sort une Mavic X 517 montée avec un pneu route, Vincent Julliot
effectue le changement de pneu et de chambre en 30 secondes (ça a été tellement vite que je n’ai même pas vu
comment il a fait !), et me voilà reparti ; ouf l’aventure continue, je n’aurais pas aimé que ça se finisse "en
sucette" pour une casse technique.


Et c’est go pour la 3ème spéciale très rapide (à plus de 22 de moyenne pour moi) et roulante entre Orchies et Mons
en Pévèle. On y trouve les seuls vrais passages techniques du Paris-Roubaix VTT, un petit coup de cul très raide sur un chemin
tout sec et complètement défoncé et une montée vers Mons sur un singletrack très étroit entre les arbres et les
barbelés. On sent la pression monter par rapport aux routiers, il commence à y avoir quelques personnes sur le
parcours malgré l’heure matinale


Après une liaison voiture, c’est la dernière spéciale chronométrée autour de Willems, et là commence la seule
partie de galère du week-end sans quoi l’épreuve aurait été trop facile. La météo a décidé de se mettre contre
nous, et nous avons droit à de la pluie, du froid en plus du vent habituel dans la plaine autour du fameux
carrefour de l’arbre ;


C’est assez dur par moments quand on se prend de la flotte sur la tête et qu’on remonte des chemins de pavés
complètement défoncés, pleins de boue et face au vent en coinçant à 15 km/h pour une moyenne tout juste au-dessus
de 20 km/h Heureusement, on se réchauffe avec les applaudissements d’une foule extrêmement nombreuse. Tout le long
de ce secteur stratégique pour la course, ce ne sont que camping-cars, banderoles et drapeaux à l’effigie du lion
des .Flandres.


Eh bien voilà c’est déjà fini ! quoi ?? déjà ! ! Mince alors si j’avais su j’aurais un peu plus envoyé samedi
matin. Il me reste plus qu’à récupérer ma roue chez shimano, aller remercier le team Lapierre sans qui l’histoire
aurait pu tourner court et c’est la dernière étape, non chronométrée, mais obligatoire qui nous amène au vélodrome
de Roubaix.


De toutes façons beaucoup ne sont là que pour ça, on va quand même se tirer la bourre pour le plaisir une dernière
fois, cramer les derniers watts sur le dernier secteur pavé et on déboule sur l’avenue motte de Roubaix et le
vélodrome déjà noirs de monde ; on a beau avoir vécu pas mal de choses c’est bien là un moment inoubliable de voir
tous ces gens et d’entendre la clameur, ça donne des petits rires nerveux et des frissons partout !


Une fois arrivés, on retrouve tout un tas d’anonymes du fond de la classe avec qui on a roulé pendant ces deux
jours, on se congratule, on se promet de se revoir à la forestière où ici l’an prochain


Pour l’anecdote je termine 278ème sur 356 inscrits et 284 classés, en 8 heures chrono. Pour apprécier le gap, il
faut savoir que gagner une heure n’aurait correspondu qu’à 30 places au classement. Le vainqueur final est le
belge Filip Meirhaeghe pour une seule seconde devant Bart Brentjens. La loi du sport est parfois dure !


J’espère vous avoir fait partager un peu de cette course qui mérite assurément d’être faite une fois dans sa
carrière, pas forcément pour l’intérêt purement vtt mais plus pour cette ambiance de course à laquelle on se
prend tot ou tard et la sensation toute particulière d’emprunter ces chemins qui ont fait la légende du cyclisme.


Paris - Roubaix VTT 2002

(Par Jean-Paul Stéphan, coureur du team Lapierre)

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Le camion est rempli comme une outre, car Paris-Roubaix vtt, c’est 5 spéciales et une liaison,
pas toujours sous le soleil, doux euphémisme. Cette année, ce sera mitigé, faut pas se plaindre. Détour pas Roissy,
récupération de Gégé Chiotti qui aimerait bien enlever une étape de cette épreuve atypique où il devra saisir le
moindre mètre de montée pour faire la différence. Bref, une gageure pour un gabarit de grimpeur. J-Christophe
Péraud part avec Maxime Chouffe dans le Kangoo "costumisé" (Kangoo roux ? Ah, ah ?). Tous les véhicules sont
flambants neufs, qu’en sera-t-il des pilotes dans deux jours, auront-ils flambé ou seront-ils cuits ?


J-C a fait 5h seul le jeudi, il dit qu’il est cramé, c’est que ça ne va pas trop mal ? Hôtel-resto habituel, le team a ses
habitudes dans ces contrées où il vaut mieux être bien abrité. On retrouve les mêmes têtes, même si Claude Céard a
fait faux-bond cette fois, lui qui vient d’emménager dans l’arrière-pays aixois. En revanche on trouve David et son père

(au resto ça fera donc "Derepas"). David est venu garder le
rythme avant la Flèche Wallonne et liège - Bastogne - Liège. Joli programme avec l’équipe Phonak.


Premier jour


1ère spéciale le
samedi matin, à bloc comme d’hab. les gros moteurs mettent en route puisque c’est Bart Brentjens qui l’emporte.
Les écarts sont déjà très importants, J-C Péraud est 15ème à 3’40, Vincent 18ème à 4’30 et Jérôme 28ème.
Décidément ça ne monte pas assez pour lui. Une place dans les cinq premiers au final devient un doux rêve. David
Derepas prend une belle 4ème place sur cette spéciale.

Vincent a quand même eu le temps d’halluciner en voyant la
majorité des pilotes poser le pied pour passer deux troncs de 10cm de haut ?Paris-Roubaix vtt attire plutôt des
rouleurs que des techniciens !


La liaison de l’après-midi permet aux concurrents de se faire une idée des secousses qu’endureront les routiers le
lendemain lors de la traversée de la tranchée de Wallers - Arenberg. Un grand moment d’histoire et de sport mêlés,
rien que pour cela ça vaut la peine de faire l’épreuve. D’autant que Paris-Roubaix vtt propose bien d’autres
secteurs mythiques de la reine des classiques, tous les derniers en fait, notamment celui du carrefour de
l’arbre ?Vincent Julliot fait cette liaison avec son pote François Dola, maintenant chez Mavic, convivialité
assurée !


La deuxième spéciale (Marchiennes) s’annonce venteuse. Attention, celle-ci fait souvent de gros dégâts, elle
intervient à 16h alors que les coureurs ont déjà 100km dans les jambes et n’ont pas toujours pensé à manger
suffisamment, pris dans le feu de l’action. Vincent Julliot sent tout de suite qu’il n’est pas à la fête. Panne de
jambes. Il se retrouve loin derrière avec Christophe Hérisset qui semble avoir baissé d’un ton cette année, lui
qui avait failli gagner l’épreuve et avait remporté une étape il y a trois ans. Vincent reporte ses espoirs sur
ses équipiers "J-C et Gégé". Mais que fait Jérôme ? Voilà Vincent qui le "prend dans le pare-brise" comme on
dit quand on rattrape un coureur "mort". Énorme hypoglycémie pour Jérôme qui n’est plus que l’ombre de lui-même
(déjà qu’il n’y a plus de soleil).


Il n’est pas le premier à connaître le piège classique de cette étape de
l’après-midi. Quand j’apprends ça me reviennent quelques conseils que j’avais donnés à Damien Piquemal, jeune
haut-marnais roulant "Lapierre" et qui participe à son premier Paris-Roubaix vtt : "Fais gaffe à l’étape du samedi
après-midi, beaucoup y font des hypos". Lui n’en fera pas et terminera 34ème au général final, encourageant à 19
ans. J-Christophe échappe lui aussi au coup de barre, il faut dire qu’il l’avait expérimenté en 2001, je m’en
souviens encore, il n’en pouvait plus sur le plat. Cette fois il tient le choc et termine 25ème tout près des
meilleurs. Meirhaeghe l’emporte devant Brentjens. À toi à moi.


Au soir du premier jour, seul Péraud reste en lice pour une place dans les dix premiers. J-C le messie du team !


Seconde journée


On peut dire que le samedi les jeux sont faits ou presque sur Paris-Roubaix. Les deux spéciales du dimanche matin
sont nerveuses mais apportent rarement des bouleversements au général. La brièveté fait qu’on peut s’accrocher
tant bien que mal et que les écarts ne prêtent pas autant à conséquences que le samedi.


Ça n’empêche pas la lutte d’être de toute beauté pour les victoires d’étape. À ce jeu, David Galle s’impose sur
les 26km de la première spéciale Orchies - Mons-en-Pévèle, malgré une chute au départ. Départ canon, gamelle,
remontée comme un boulet, et droit "au but", voilà un guerrier du Nord ! Vincent, en revanche, dépose les armes
juste après cette spéciale, le genou se rappelle soudain à lui. Ce n’est pas parce qu’on est guerrier qu’on aime
vivre avec certains souvenirs ?


Dernière étape au départ de la base de loisirs (tu parles) de Willems, où la pluie redouble. Meirhaeghe aussi,
qui enlève sa deuxième victoire d’étape et le général par la même occasion. Brentjens le talonne, Chevalier a
crevé et Bailly a chuté, du coup J-C passe de la 11ème à la 9ème place au général final. Et voilà notre J-C en
parfait accord avec lui-même : il avait annoncé qu’il était cramé, il termine dans les dix ! Surtout ne change rien
Jean-Christophe, on aime bien quand tu es cramé. J-C prend la même place que celle du meilleur du team en 2001 :
Gilles Delion. Ça va lui faire plaisir de savoir ça, lui qui, comme moi, apprécie au plus haut point notre jeune
retraité. Le moral de J-C est donc relancé. Celui de Jérôme revient à la hausse car dans la dernière étape
comptant pour le général, il s’est un moment échappé au sein d’un quintette où figurait aussi J-C. ils ont été
repris, mais c’est bon de se sentir devant.


En conclusion, je voudrais mettre l’accent sur le dévouement de toute l’équipe organisatrice. En effet, j’ai
eu ouïe dire que cette édition était peut-être la dernière. Ayant moi-même organisé une grosse épreuve pendant 8
ans avant de jeter l’éponge pour cause de grosse fatigue, je sais l’ampleur de la tâche qui consiste à mettre sur
pied un tel événement. S’il a encore lieu, je serai le premier à essayer d’y retourner (on ne va pas faire un
enfant tous les ans non plus !). S’il disparaît, j’adresse toutes mes félicitations à Daniel Verbrackel et à son
équipe pour avoir créé cette épreuve atypique et de haut niveau.


Vive Paris-Roubaix vtt !

Quelques Liens

Jean-Paul Stéphan sur le site Lapierre
Vélo-club Roubaix


Crédit photo : Dominique dalle et Marc Demere



Auteur - Jean-Paul STEPHAN - Philippe Rossi




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