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  Sauvez un arbre, bouffez du bucheron...


(10/01/2007)

Il y a quelques années, l’été fut très chaud. Cela a commencé très tôt. Déjà fin mai il n’était pas toujours agréable de faire du VTT sous le cagnard. Du coup, en jouant de la carte, nous avions trouvé un petit parcours qui allait vite devenir un petit must local.

Imaginez plutôt : 40 km de chemins, la plupart en single-tracks ou à peine assez larges pour passer de front, musardant dans des forêts et des bois, grimpant les collines, plongeant dans les vallées, remontant sur les crêtes, longeant les étangs. Mais ce qui rendait cette balade des plus agréables, c’était l’ombre, quasiment omniprésente tout au long des 40 km, de quoi vététer la tête au frais alors que la canicule faisait rage hors la frondaison.

Chaque année, ce circuit était une de nos sorties favorites, on y emmenait les potes de passage. La forêt protégeait les chemins qui restaient sauvages et parfois impénétrables à autre chose que des piétons ou des vtt. Les chevaux et même les motos n’y trouvaient pas leur compte. Que du bonheur.

Mais tout cela c’était avant le drame bien sur...

C’était avant que les ours polaires et les bébés phoques, qui sont normalement payés pour se geler le cul sans empêcher le citadin occidental de quatre-quatrer tranquillement de son V6, viennent nous signifier que le trou dans la couche d’ozone était en train de faire fondre leurs glaçons et que bientôt nous ne pourrions plus jouer à polluer la planète à notre guise.

Et subitement, le poêle à bois de grand père, la cheminée de grand mère, tous ces trucs d’un autre âge, revisités par des ingénieurs thermiciens, sont redevenus des instruments de chauffage à la mode, aidés en cela par les tonnes de bois mort laissés sur la carreau par la grande tempête de 99 et les crédits d’impôt que l’administration fiscale accordait joyeusement pour se chauffer à la bûche ou au granulé de bois plutôt qu’au mazout, qui lui on le sait, colle aux plumes des cormorans.

Mais voilà, une fois brûlé le bois pas cher de la tempête, il a fallu commencer à exploiter les forêt et le bois étant de plus en plus utilisé dans le bâtiments et le meuble, les prix ont fait comme les granulés : ils ont flambés. Aujourd’hui le bois de chauffage a le feu aux fesses, et l’incendie est attisé par le succès de «  l’écologiquement responsable  ». Ainsi les plus gros distributeurs de bois de chauffage, vont se fournir maintenant en Estonie. Voilà un bois qui, en brûlant, doit fleurer bon le gazole du camion qui l’a amené...

Bon et quel rapport avec le VTT ? Il se trouve que les prix du stère ayant atteint des sommets, la moindre petite parcelle de bois devient une petite mine d’or pour ses propriétaires, plutôt emmerdés jusqu’à là avec le petit bois hérité de grand papa. Et voilà donc les belles collines de notre si joli petit parcours, envahis par une meute de terminators des bois, avec 4x4, tracteurs et tronçonneuses. Parcelles après parcelles, on tronçonne, on éradique, on arrache. Tout fait ventre pour granuler la précieuse matière à l’entrée de l’hiver. Et si dans les parcelles communales, ce sont des professionnels qui interviennent, respectant le terrain, il n’en est pas de même des week-end « bûcherons » organisés avec les copains. Pour débarder, on élargit les chemins, on creuse les ornières et on laisse au final un terrain nu, avec quelques moignons qui dépassent.

Ainsi une colline de notre parcours, hier encore complètement couverte d’arbres et traversée par un petit chemin, est devenu une sorte de petit mont pelé, un Ventoux local, où le ruissellement des pluies achève le travail des tronçonneuses. Car - et c’est le pire - si l’ONF replante les parcelles, les propriétaires privés eux laissent souvent le terrain nu et les 4X4 et autres quads y trouvent là un nouveau terrain de jeu. Et cette zone n’est qu’un exemple parmi tout ceux qui jalonnent notre circuit.

Un arbre en brûlant a pour qualité de pouvoir se replanter et son successeur, lui, consommera du gaz carbonique. Une chaîne logique, inscrite dans le développement durable. Mais faut-il, pour en arriver là, détruire nos campagnes, au nom du profit ? Car les campagnes et la nature, c’est le terrain de jeu du vététiste. Et si c’est pour rouler au milieu des engins à moteur dans un paysage de désert minéral, on a plus qu’à faire de la route et se chauffer au mazout...



Auteur - P-à-R




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