Accueil > Magazine > Compte-rendus

  24 Hours in the Old Pueblo


(6/03/2007)

Alors, quelle est la vision de nos cousins d’Outre Atlantique des courses de 24 heures VTT ? Quelles sont les similitudes, les différences, que peut-on en retirer ? Et l’ambiance, est-elle tout aussi magique sur ce genre d’évènement là-bas que dans notre vieille Europe ?

Bon, chaque chose en son temps, et d’abord découvrons comment j’en suis arrivé à participer à cette épreuve là-bas, tout au fond de l’Arizona. Sans remonter aux origines de l’univers, il se fait que je travaille à Tucson et que j’y roule en VTT avec une bande de joyeux lurons. Alors quand cette même bande me propose de compléter l’équipe pour participer à une course de 24 heures, je me dis que c’est l’occasion de découvrir quelque chose de nouveau.

Avant même de préparer la course, ce qui me surprend par rapport aux autres épreuves auxquelles j’ai participé en Europe, c’est le prix d’inscription : plus de 100 $ par participant ! Prohibitif pour un rider du vieux continent, mais tout a fait normal pour un cow-boy du Far West.

Renseignements pris, ce prix ne couvre pas quelque dépense somptueuse de l’organisateur, mais l’assurance qu’il est nécessaire de souscrire pour mettre sur pied une telle manifestation sur un terrain public. Et pourtant l’inscription s’accompagne d’un « disclaimer » de plusieurs pages, entendez par là une déclaration de renonciation à toute poursuite judiciaire en cas de blessure, accident, perte, vol, guerre nucléaire, ... Enfin tout ce qui pourrait potentiellement arriver.

Ayant déjà donné dans le solo, ce n’est pas dans cette catégorie que je suis inscrit mais en équipe de 5. Vu notre entraînement à tous, il est bien entendu que nous ne visons pas la tête du classement mais à prendre du bon temps dans une ambiance relax tout en profitant de la fête.

Et hop, une chose bien identique aux courses européennes, 99% des participants sont là pour passer un agréable moment et non dans un esprit de pur compétition. La course nous rassemble mais elle est accessoire en définitive.

Le site est loin de tout, il faut conduire une bonne dizaine de km sur une piste en sable pour atteindre le campement. L’organisateur a dressé un chapiteau, un énorme groupe électrogène fourni du courant aux volontaires et des rubalises définissent des « rues » sur le côté desquelles les tentes se dressent.

Quand je dis les tentes, entendez par là des énormes mobiles homes tout confort avec une pièce dédicacée à la mécanique du vélo et une autre au système de « home entertainement » constitué d’un écran plasma et d’enceintes THX.

Bon, ce n’est peut-être pas la majorité mais il y en a plus qu’une poignée et les véritables tentes sont minoritaires. De toute façon, pratiquement tout le monde a son propre groupe électrogène.

C’est décidé, étant le plus jeune, je participerai au départ.

Un départ style « Le Mans » à la différence qu’il faut courir plus d’un kilomètre sur une piste en sable/cailloux pour arriver aux vélos. Comme nous sommes plus de 500 à prendre le départ, l’adrénaline monte et il n’est plus question d’une course d’endurance de 24 heure mais d’un sprint pour être dans les premiers à monter sur son vélo.

Au son de la Winchester, je donne tout ce que j’ai et c’est complètement essoufflé que j’enfourche ma machine !

« Quand t’est dans le désert » disait Capdevielle ! Ben, quand on est dans le désert, les jours sont chauds et les nuits sont froides. Et cela a beau être le plein hiver, nous avons quand même près de 30 degrés la journée et du gel la nuit. Et puis, lorsqu’il y a du vent, on ne sait pas s’abriter derrière un arbre.

Donc, là, j’ai chaud et j’ai le vent dans le dos. J’atteins les 30 km/h de moyenne sur la première partie du parcours et mon cœur est a sa fréquence max. je vois la tête de la course. Mais quand il s’agit de faire demi-tour, mes forces s’effondrent et je peine à maintenir un petit 15 km/h. J’arrive exténué de mon premier tour et j’en serai littéralement malade pendant 3 heures. Ah bravo !

Le soir tombe sur le campement, le coucher de soleil est somptueux comme seul l’Ouest américain peut offrir. La nuit est resplendissante avec un ciel parfaitement dégagé. On croirait toucher les étoiles. Il est temps de se coucher, les autres comptent sur moi pour le relais de 3 heures du matin !

Le site web de l’épreuve met bien en garde sur l’eau : « vous allez rouler dans le désert, prévoyez suffisamment d’eau que pour vous hydrater régulièrement ». Sage conseil. Mais rien n’est dit sur le froid. Habitué au confort douillet de nos appartements, nous en avons oublié ce que c’est que de passer une nuit dehors et, quand à la tombée de la nuit le mercure dégringole de 30°C, il faut avoir prévu des épaisseurs pour ne pas souffrir du froid.
2 heures 30, le réveil sonne il fait une nuit d’encre, pas de lune. J’avale ce que je peux, ce que je trouve. J’essaye de me réchauffer sans faire trop de bruit, je quitte le confort de mon sac de couchage pour enfiler mes affaires de vélo froides et humides (si si, même ici elles semblent humides). Et je me dirige vers la tente des relais.

Les concurrents arrivent dans une grande tente, ouverte aux deux extrémités ils sont dirigés vers des tables où des volontaires enregistrent leur passage. On annonce au micro le numéro de l’équipe et le pilote suivant se dirige pour prendre le relais. Le passage du témoin se fait devant un commissaire et le temps est enregistré dans l’ordinateur.

Rouler la nuit a quelque chose de surnaturel, le décor est féerique, vous voyez des points rouges et blancs au loin qui ne sont pas vraiment des coureurs, le sentier vous surprend à chaque virage et il faut rester concentré pour ne pas en sortir.

A ce propos, une sortie de route n’est jamais amusante mais généralement cela se rattrape plutôt sans problème (sauf dans le Vercors).

Mais dans le Sonora, une sortie de sentier c’est une catastrophe qui vous fait perdre pas loin d’une demi heure : imaginez que chaque arbre, chaque buisson, que vous croisez habituellement sur votre parcours soit couvert d’aiguilles acérées prêtes à vous lacérer la peau et à y rester profondément enfoncées grâce à un système imparable de barbules. Imaginez votre pneu troué de part en part par des dizaines de ces aiguilles. Impossibles de les retirer à la main, impossible de regonfler. Vous venez de découvrir les cactus Chollas (pronconcez choyas) et là vous comprenez l’angoisse de la sortie de route, l’utilité du liquide anti-crevaison et des chambres à air renforcées malgré leur poids.

Et cela ne rate pas, tout au long du parcours je croise des concurrents malheureux qui usent désespérément de la pompe pour regonfler leur(s) pneu(s).

L’ambiance sur la course est des plus amicales, personne ne se prend la tête. Les moins rapides essayent de faire de la place pour laisser passer les plus forts et ceux-ci préviennent aimablement qu’ils essayent de doubler par un côté ou un autre.

A la tente des relais, la musique bat son plein, il y a des animations dans le village, c’est la fête...

A l’aube, les échoppes ouvrent à nouveau, les tentes des sponsors se remplissent, cela sent bon le café, le lard et les œufs du petit déjeûner. Telle une fourmilière réveillée par la chaleur printanière, la torpeur de la nuit laisse place à l’activité fébrile de la journée.

Le matin laisse également apparaître les stigmates de la nuit : des centaines (non non, je n’exagère pas) de souris écrasées jonchent les 25 km du parcours. Le phénomène est à chaque fois le même : attirées par les phares des concurrents, les souris rappliquent sur le sentier et, complètement hypnotisées, restent paralysées avant de se faire aplatir sous les roues à crampons. C’est ainsi que, bien involontairement, la course des 24 heures in the Old Pueblo devient une aubaine pour les coyotes et les vautours.
Point de vue participants, on voit de tout : des enfants, des grands-pères, des modèles dernier cris, des épaves, ... Mais ce qui m’a le plus surpris c’est le nombre de single speeds (entendez un vélo sans dérailleur) et de vélos sans suspension. Le 29 pouces se taille une bonne part du lion également. Notez que le peu de dénivelée et de technicité du parcours n’y est pas étranger.

La marque prédominante est sans conteste Specialized, mais on y croise de tout avec une préférence pour les marques de l’ouest tels Santa Cruz, Gary Fisher, Titus, Ellsworth, ... Etrangement, assez peu de Cannondale.

La fin de l’épreuve donne droit à une remise de prix sous forme de foire aux gratuits, les sponsors lancent dans la foule bidons, t-shirt, échantillons de produit, ...

J’arrive même à gagner une paire de freins à disque Hayes dans un « talent contest ». Mais c’est une autre histoire.

Alors 24 heures in the Old Pueblo différent ou similaire aux courses de 24 heures européennes ? Assurément on y retrouve le même enthousiasme, la même ambiance chaleureuse, le même esprit VTT qu’ailleurs. Mais à quelques nuances prêt.

See you folks !

Le site de l’organisateur : http://www.epicrides.com/

L’album photos : http://www.flickr.com/photos/90329953@N00/sets/72157594548698355/

Photos du départ et des cactus tirées de : http://azstarnet.com/metro/169866



Auteur - PAB




Nous contacter - Infos légales - rss - Copyright VTTnet 1997/2013